Patients avec la goutte : les tartines, c’est fini !

2. mai 2017

Beaucoup de graisse et peu de glucides : un régime cétogène peut limiter les symptômes de la goutte chez les rats. Dans une étude de l’Université de Yale, l’inflammasome NLRP3 a également été identifié comme une cible potentielle dans le traitement de la goutte.

Une étude récente de l’Université de Yale montre qu’un changement de régime alimentaire pourrait être une approche thérapeutique potentielle pour la goutte. Cette hypothèse repose sur la constatation que le corps cétonique β-hydroxybutyrate peut inhiber spécifiquement l’inflammasome NLRP3. Les expériences sur l’alimentation de rats réalisées par les scientifiques suggèrent qu’un régime particulier pourrait ainsi aider les personnes souffrant de goutte, sans affaiblir la fonction de défense du système immunitaire en cas d’infection bactérienne.

Les rats atteints de goutte qui avait été soumis à un régime cétogène, particulièrement riche en gras et avec une faible teneur en glucides, ont vu leur taux de β-hydroxybutyrate, qui protège leurs articulations du gonflement, augmenter. En outre, avec ce régime, les dommages tissulaires et les réactions inflammatoires systémiques étaient atténués.

 Une maladie des hommes « privilégiés » âgés devenue une maladie du peuple

La goutte était autrefois considérée comme un « privilège » des hommes âgés riches ayant un mode de vie peu raisonnable. Aujourd’hui, elle concerne un large éventail de la population, incluant les femmes. Parmi les éléments déclencheurs de la goutte, il y a l’acide urique, le produit final du métabolisme des purines. Si la concentration d’acide urique dans le sang atteint celle de la solubilité physiologique, des cristaux d’urate de sodium précipitent dans le tissu.

Attaquer les cristaux d’urate par un médicament a souvent l’effet inverse

La goutte se produit lorsque les cristaux d’urate s’accumulent dans les articulations. Là, ils stimulent de manière incessante le système immunitaire, qui réagit par l’activation des neutrophiles. Ce processus est contrôlé grâce à un complexe de protéines appelées inflammasome NLRP3.

170502_Gicht_Tophus

Tophus de l’articulation du coude. Crédit : Nick Gorton, CC BY 2.5.

La goutte se manifeste par une forte douleur articulaire, une inflammation et de la fièvre. Le traitement des patients souffrant de goutte vise, entre autres, à réduire la concentration d’acide urique dans leur organisme. Mais, paradoxalement, tous les médicaments réducteurs d’urate peuvent déclencher une poussée, ce qui complique l’observance du patient dans la prise de ces substances.

« Malgré les progrès concernant la thérapie de la goutte, les mesures se concentrent à ce jour sur des interventions non spécifiques sur NLRP3 telles que l’utilisation de l’hormone corticotrope et de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) », indiquent les scientifiques de l’Université de Yale à New Haven dans l’État du Connecticut sur la prise en charge thérapeutique actuelle de la goutte.

En cas de carence en glucides, des corps cétoniques β-hydroxybutyrate (BHB) sont créés

Une alternative aux thérapies conventionnelles pourrait être l’utilisation des cétones. Elles sont un sous-produit de la dégradation des graisses dans le foie et elles sont utilisées dans le cerveau et le cœur comme sources d’énergies alternatives lorsque le corps n’a plus de glucides disponibles. Le corps commence alors l’oxydation des acides gras et la production de corps cétoniques β-hydroxybutyrate (BHB) et acétoacétate (AcAc). Toutes ces substances sont utilisées comme substrats principaux pour la production d’ATP pour les fonctions cardiaque et du cerveau.

170502_Gicht_Uratkristalle

Cristaux d’urate dans le liquide synovial. Crédit : Ed Uthman de Houston, TX, États-Unis – Gout: monosodium urate crystals in joint fluid, CC BY 2.0.

« Nous avons démontré il y a deux ans que les cellules myéloïdes expriment la machinerie cétogène et cétolytique et que le BHB bloque l’inflammasome NLRP3 dans les macrophages », écrivent les chercheurs. Les cétones pourraient donc agir comme métabolites inflammatoires au sein d’une cellule.

Moins d’inflammation grâce au type d’alimentation

Les essais d’alimentation par un régime cétogène chez les rats atteints de goutte ont montré que le BHB peut soulager les symptômes de la goutte. Dans le cas d’une alimentation ayant une teneur élevée en graisses et faible en glucides, la concentration de BHB a initialement augmenté dans le sang des animaux. Cela a provoqué une diminution du gonflement des articulations des animaux et de la concentration de marqueurs inflammatoires systémiques par rapport aux animaux nourris normalement.

Les analyses anatomopathologiques des chercheurs ont indiqué que la diminution du gonflement est due à une réponse inflammatoire atténuée. Bien que les neutrophiles et les macrophages aient migré dans le tissu, les chercheurs n’ont observé qu’une destruction tissulaire limitée. Des expériences avec des souris ont également montré que le système immunitaire bactérien n’est pas affecté par un tel régime, une condition importante pour l’utilisation de la thérapie chez les humains.

Dyslipidémie possible en cas de régime cétogène

De plus, lors d’expériences in vitro sur des cellules humaines d’adultes et de personnes âgées, le BHB a empêché les neutrophiles de produire de l’IL-1β. « Cela a bien fonctionné, même à des concentrations faibles qui peuvent être atteintes par un régime cétogène, » a déclaré le directeur d’étude Emily Goldberg. Elle soupçonne que l’inflammasome NLRP3 est un bon point de départ pour soulager l’inflammation au cours d’une poussée de goutte. Mais une des préoccupations principales reste qu’un régime permanent riche en graisses peut déclencher une dyslipidémie qui à son tour peut contribuer au développement d’athérosclérose.

Pour tester le potentiel d’un tel régime chez les personnes souffrant de goutte, d’autres études sont encore nécessaires. Théoriquement, NLRP3 pourrait non seulement être une cible thérapeutique potentielle dans la goutte, mais aussi dans d’autres maladies inflammatoires liées à la vieillesse.

L’incidence et le développement de la goutte

Dans le cadre du vieillissement de la population occidentale, des traitements alternatifs pour les patients atteints de goutte sont une approche de bienvenue. Au moins 1 pour cent de la population dans les pays occidentaux souffre de goutte : chez les hommes de plus de 40 ans, la goutte est, avant l’arthrite, la maladie articulaire inflammatoire la plus fréquente. « Aux États-Unis, plus de 8 millions de personnes souffrant de goutte », écrivent les scientifiques.

Une hyperuricémie, une augmentation du taux d’acide urique dans le sang, avec un taux d’acide urique dans le sérum de plus de 7 mg / dl peut apparaître lorsque le corps produit trop d’acide urique, ou plus fréquemment, si l’excrétion de l’acide urique par les reins est limitée. Les raisons d’une formation d’acide urique importante peuvent varier considérablement. Ainsi, des troubles myéloprolifératifs, certains lymphomes, le psoriasis exfoliant, mais aussi des défauts génétiques enzymatiques et le syndrome de lyse tumorale sont par exemple associés à une augmentation de l’acide urique.

170502_Gicht_Röntgenbild

Radiographie du pied dans un cas de goutte. La localisation typique (principale) est au niveau de l’articulation métatarsophalangienne. De plus, le gonflement des tissus mous autour de l’articulation est très important. Crédit : Hellerhoff, CC BY-SA 3.0.

 Les facteurs de risque : médicaments, purine, fructose

Les raisons d’une faible excrétion rénale peuvent être soit une insuffisance rénale soit les effets secondaires de médicaments tels que les thiazides, les diurétiques de l’anse, l’acide acétylsalicylique à faible dose [AAS], la cyclosporine A, etc. Comme autres facteurs de risque, il y a aussi un régime avec des aliments riches en purines tels que la viande rouge et les fruits de mer, beaucoup d’alcool et la consommation excessive de sucres contenant du fructose. Les facteurs génétiques, le syndrome métabolique et le sexe masculin sont en soi considérés comme des facteurs de risque pour l’hyperuricémie.

Une hyperuricémie asymptomatique

La probabilité d’apparition de la goutte associée à une douleur sévère, en particulier dans les articulations, est directement corrélée avec la concentration d’acide urique dans le sang. Cependant, avant d’en arriver à une arthrite goutteuse aiguë, l’hyperuricémie asymptomatique existe souvent déjà depuis longtemps. Peut-être que dans cette situation, un régime cétogène serait une option thérapeutique idéale.

Source :

β-Hydroxybutyrate Deactivates Neutrophil NLRP3 Inflammasome to Relieve Gout Flares. Goldberg, E.L. et al. Cell Rep. 2017 Feb 28;18(9):2077-2087.

6 note(s) (4.83 ø)


Copyright © 2019 DocCheck Medical Services GmbH
Langue:
Suivre DocCheck: