Hypertension : Beaucoup à gagner

4. avril 2017

Chez les patients souffrant d’hypertension artérielle, les changements de style de vie ne sont pas toujours suffisants. Des cardiologues ont récemment montré que les personnes concernées tirent bénéfice d’une combinaison de quatre médicaments anti-hypertenseurs à faible dose. Mais leur étude n'est pas sans faiblesses.

« L’hypertension artérielle est devenue un problème social et imprègne tous les niveaux de la société, et pas uniquement la population âgée, comme on le croit généralement », a déclaré le professeur Dr. Burkhard Weisser lors du dernier congrès de la ligue de l’hypertension. Il fait ses recherches à Kiel (Allemagne) à l’Institut des sciences du sport de la Christian-Albrechts-Universität. Selon Weisser, actuellement, environ trois pour cent des enfants et des adolescents souffrent d’hypertension artérielle. Les cercles professionnels considèrent en particulier l’obésité et l’inactivité physique comme en étant la cause. Selon les médecins, le changement de mode de vie est privilégié, et cela aussi chez les personnes âgées. S’il ne réussit pas, il ne reste plus qu’à agir par l’intermédiaire du carnet de prescription.

C’est la combinaison qui fait la différence

« La plupart des patients ne reçoivent qu’un seul agent thérapeutique ce qui entraîne des résultats médiocres », critique le professeur Dr. Clara K. Chow de l’Université de Sydney. Les valeurs de pression artérielle ne sont réduites que de 9/5 mmHg. « Par conséquent, de nouvelles stratégies sont nécessaires de toute urgence. »

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Clara K. Chow. © Université de Sydney

Au cours de recherches dans la littérature, la cardiologue a trouvé un certain nombre d’indices. Elle a évalué 36 études antérieures impliquant 4 721 participants. Elle a constaté qu’un médicament réduit la pression artérielle par rapport au placebo de 5/2 mmHg selon le dosage indiqué dans la ligne directrice. Avec deux ingrédients actifs, ils atteignent 7/5 mmHg. Chow a alors eu une idée. Elle a combiné 37,5 mg d’Irbesartan, 1,25 mg d’Amlodipin, 6,25 mg d’Hydrochlorothiazide et de 12,5 mg d’Aténolol dans une quadruple pilule.

Petite quantité, grand impact

La scientifique a testé son concept dans le cadre d’un petit essai randomisé. 21 personnes souffrant d’hypertension artérielle ont été recrutées. Les participants avaient une valeur de pression artérielle moyenne de 154/90 mmHg mesurée en cabinet. Grâce à une mesure de la pression artérielle à long terme sur plus de 24 heures, les médecins ont déterminé une valeur de 140/87 mmHg.

Le chercheur a choisi de réaliser un essai croisé. Tous les sujets ont reçu des pilules quadruples randomisées ou des placebos. Au bout de quatre semaines, une période de sevrage thérapeutique de deux semaines a suivi. Ensuite, ils recevaient l’autre option. Sous verum, la pression artérielle a diminué dans le cabinet du médecin autour de 22/13 mmHg. Lors de l’ECG à 24h, la pression systolique était diminuée de 19 mm Hg. Toutes les différences se sont révélées être statistiquement significatives.

Pour diverses raisons, seulement 18 patients ont terminé l’étude. Avec la quadruple combinaison, ils ont tous atteint l’objectif de 140/90 mmHg. Seul six des 18 patients étaient sous placebo. Chow explique que la combinaison est efficace en traitement initial. « La minimisation des effets secondaires est importante pour les traitements à long terme, nous n’avons vu aucun problème relatif à cela dans cette étude. » Ils espèrent ainsi une observance du patient plus élevée. Étant donné que tous les ingrédients sont autorisés à la vente individuellement, l’expert ne prévoit pas d’obstacles majeurs.

Aucune raison d’être euphorique

Néanmoins, il reste quelques questions critiques. Le Professeur Dr. Thomas Eschenhagen, directeur de l’Institut de pharmacologie expérimentale et clinique et de toxicologie à l’hôpital universitaire de Hambourg-Eppendorf (Allemagne), a indiqué dans un billet de blog que l’Aténolol « n’est plus en première ligne » pour le traitement antihypertenseur, à l’exception suivante : « En cas de maladie coronarienne après un infarctus du myocarde, une insuffisance cardiaque, une fibrillation auriculaire ou d’autres troubles du rythme cardiaque, les bêta-bloquants restent le premier choix ».

Ces chiffres doivent être traités avec prudence. Le George Institute for global Health parle d’une « étude pilote » mais c’est beaucoup dire pour une étude avec 21 patients souffrant d’hypertension. De plus, la période est trop courte pour détecter les effets secondaires potentiels. Des conséquences cardiovasculaires ou rénales peuvent également ne pas apparaître pour la même raison. Et ce sont précisément ces données qu’attendent les cercles internationaux de spécialistes.

Bonne idée – mauvaises données

Chow et ses collègues veulent maintenant réaliser une étude à grande échelle et à long terme. Il se pourrait bien que les résultats soient moins positifs, comme le montre un regard rapide sur cette « Polypilule ».

Nicholas Wald, directeur de longue date de l’Institut Wolfson de médecine préventive à Londres a proposé de donner à tous ces patients au-delà de 55 ans une polypilule, indépendamment du risque cardiovasculaire. La préparation contient trois antihypertenseurs et une statine à la moitié de la dose standard. Il y a ajouté 0,8 mg d’acide folique et de 75 mg d’acide acétylsalicylique.

L’espoir de Wald de réduire le taux de maladies cardio-vasculaires de 80 pour cent et prolonger l’espérance de vie de 11 ans n’est cependant pas confirmé. Selon une méta-analyse sur 7 047 participants, la pression artérielle systolique a baissé de 7,05 mmHg. Mais les patients ont payé un prix élevé en raison de divers effets secondaires. Des rapports concernant les conséquences cardiovasculaires ou rénales n’étaient pas non plus disponibles. Même au cours de l’étude HOPE-3, les attentes n’ont été que partiellement satisfaites :

Il nous reste maintenant à voir quel sera le destin de la pilule quadruple de Chow.

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