Névralgie du trijumeau : Bas les pattes

21. mars 2017
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La névralgie du trijumeau se concrétise, pour ceux qui sont touchés, par une douleur faciale unilatérale violente. Assez souvent, elle est accompagnée d’une humeur dépressive. Des interventions chiropratiques promettent un soulagement rapide, sans effets secondaires. Les experts critiquent cette méthode.

L’ouverture de la bouche pour manger et parler et même le contact accidentel avec une zone particulière du visage est suffisante pour déclencher la douleur, qui est parmi les plus fortes à laquelle on puisse penser. Ces attaques peuvent durer jusqu’à deux minutes et se produire jusqu’à une centaine de fois par jour. Souvent, la douleur se déclare sans signe préalable, parfois elle est annoncée par une brûlure, des démangeaisons et une sensation de tension. Cependant, entre ces attaques, les personnes concernées n’ont pas de symptômes. Ces périodes appelées périodes de rémission peuvent durer des mois ou des années. Cependant, plus ce temps sans douleur raccourcit, plus la période durant laquelle la maladie se déclare augmente.

Ces attaques dues à la névralgie du trijumeau « classique » ne sont pas déclenchées par des tumeurs cérébrales, une sclérose en plaques ou des accidents vasculaires cérébraux, comme dans d’autres formes de douleur faciale. On pense que la douleur d’une névralgie du trijumeau « classique » se produit lorsque les vaisseaux sanguins ont un contact direct avec le nerf et exercent une pression sur celui-ci. Cela endommage la gaine de myéline qui entoure le nerf.

Selon le professeur Dr. Steffen Rosahl, l’un des deux médecins en chef en neurochirurgie de l’Helios Klinikum Erfurt (Allemagne), la pression n’est probablement pas nécessaire pour déclencher une névralgie du trijumeau « classique ». « La cause serait plutôt un conflit entre les vaisseaux sanguins et le nerf trijumeau, au niveau du tronc cérébral, qui est la zone où la gaine de myéline protectrice n’enveloppe pas complètement les nerfs ». Entre les nerfs et les vaisseaux existe probablement une connexion, qui conduit directement à une excitation électrique.

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Représentation typique : D’un seul coup, la personne concernée tressaille, fait une grimace et amène sa main sur la zone douloureuse. © Geralt pixabay

La thérapie médicamenteuse est un modèle de référence

Le médicament de choix pour le traitement des douleurs du trijumeau « classiques » sont les anticonvulsivants, en particulier la carbamazépine et l’oxcarbazépine. « Le traitement présente un problème, car chez les personnes âgée, un taux élevé d’anti-épileptiques est nécessaire, il y a alors des effets secondaires tels que de la somnolence, une incoordination et une hyponatrémie. Mais sinon, le traitement de la névralgie du trijumeau est aujourd’hui standardisé et très efficace », explique le Dr Axel Heinze, Médecin en chef de la Schmerzklinik de Kiel (Allemagne). Et dans le cas où les médicaments ne fonctionnent pas (ou plus) ou si les effets secondaires sont trop sévères, les opérations (par ex compression microvasculaire par Janetta.) peuvent être évoquées, selon la recommandation de la Société allemande de neurologie.

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Steffen Rosahl est l’un des deux médecins en chef en neurochirurgie de la clinique Helios © S. Rosahl

Cependant, les neurochirurgiens ne sont toujours pas impliqués dans la mise en place de cette ligne directrice allemande, même 40 ans après que Peter Janetta ait publié un rapport sur les signes cliniques de la maladie. « C’est dommage, parce que les recommandations officielles comportent un risque de dommages pour les patients qui est évitable », préoccupe Steffen Rosahl.

Selon lui, il faut traiter la cause primaire de la névralgie du trijumeau classique, comme toutes les maladies dans lesquelles cela est possible. « Le conflit microvasculaire qui conduit à une éphapse, c’est à dire une transmission électrique défectueuse entre les vaisseaux et le trijumeau, devrait être éliminé par microchirurgie. Dans une névralgie du trijumeau « classique », le taux de réussite est supérieur à 90 pour cent. La douleur disparaît dès le jour de la chirurgie, les médicaments ne sont alors plus nécessaires », a déclaré Steffen Rosahl.

L’échec du traitement est souvent dû à un diagnostic erroné de la cause de la douleur et chez les patients atteints de sclérose en plaques, le taux de réussite est nettement inférieur. Si la chirurgie n’entre pas en ligne de compte, un traitement radiochirurgique pourrait aussi être une option, mais les procédures percutanées et les interventions dans le ganglion trigéminal ne sont toutefois pas indiquées dans la névralgie du trijumeau « classique ».

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Conflit entre l’artère cérébelleuse supérieure et le nerf trijumeau. L’artère est éloignée du nerf à l’aide d’un micro-crochet. Ensuite, un rouleau de coton de Teflon est glissé entre le nerf et l’artère. © S. Rosahl

Chiropraxie en cas de névralgie du trijumeau ?

Mais, les médecins reconnaissent que les patients sont à la recherche de solutions alternatives, attitude devenue habituelle. En effet, chaque opération comporte un risque de complications et chaque médicament à des effets secondaires. La question de la chiropraxie apparait alors. Et des articles sur la question éveillent de l’espoir chez les personnes concernées. Selon une publication dans la revue de l’organisation à but non lucratif « Facial Pain Association », les patients pourraient ne plus ressentir de douleurs en quelques séances, sans risque de complications et sans effets indésirables.

L’explication serait que les traumatismes dus aux chocs à la tête, au cou et dans le haut du dos changent la position et l’orientation des trois premières vertèbres cervicales, en particulier de l’Atlas. Presque toutes les informations qui circulent du cerveau vers le corps et du corps vers le cerveau doivent passer par l’Atlas. En outre, le noyau du nerf trijumeau passe à travers tout le tronc cérébral jusqu’à la moelle épinière supérieure. Selon l’auteur et chiropraticien Larry Arbeitmann, la douleur lors d’une névralgie du trijumeau peut non seulement être déclenchée par une blessure du nerf du visage, mais aussi par des dommages dans le système trigéminal central. Il est situé dans la partie supérieure de la moelle épinière et le sillon ponto-médullaire dans le tronc cérébral.

Diverses techniques

Les traumatismes après un choc pourraient donc blesser les nerfs, de sorte qu’une névralgie faciale du trijumeau puisse se développer en une fois ou sur plusieurs années. Du moins, c’est ce qui est indiqué dans la publication du magazine de la « Facial Association Pain ». Des chiropraticiens spécialisés pourraient corriger ces perturbations et les déplacements des vertèbres cervicales supérieures ou les « ajuster ». Certains cliniciens utilisent seulement leurs mains, d’autres des instruments, d’autres encore complètent le traitement par des stimulations électriques ou des traitements par le froid ou le chaud.

Pendant le traitement, le patient doit uniquement sentir une vibration légère ou des petits coups, de fortes pressions ou l’action de la force doivent en effet être absolument évitées. « L’ajustement des vertèbres cervicales supérieures doit être ressenti de la même manière qu’une infirmière qui prend le pouls », a déclaré Larry Arbeitmann.

Avantages de la chiropraxie

À ce jour, aucun essai clinique n’a été publié sur le sujet de la chiropraxie dans la névralgie du trijumeau. Cependant, un article présentant une étude pilote à laquelle ont participé huit patients atteints de névralgie du trijumeau est paru en 2000. Chez deux des participants, les douleurs ont disparu après le premier ajustement vertébral et cette situation s’est maintenue au cours des huit semaines suivantes (durée de l’étude). Chez les six autres patients, les symptômes ont été améliorés d’à peu près 70% en moyenne dans les quatre premières semaines. Mais il n’y a pas de sources pour cette étude. Larry Arbeitmann écrit plus loin qu’en collaboration avec ses collègues, il aurait obtenu que 73 pour cent d’un total de 68 patients traités n’éprouvent plus de douleur de névralgie du trijumeau. Chez 21 pour cent, les symptômes se sont améliorés et chez seulement six pour cent la chiropraxie a échoué.

Chiropraxie – oui ou non ?

Les interventions chiropratiques pour la névralgie du trijumeau n’ont pas d’intérêt, selon Axel Heinze. La douleur nerveuse survient lorsque le nerf trijumeau est endommagé, que ce soit par la pression ou l’inflammation traumatique. Elle ne peut donc pas être influencée par une manipulation. Le problème est aussi que dans l’article aucune distinction n’est faite entre la douleur faciale et la névralgie du trijumeau. « […] Le patient qui lit cet article peut croire que toutes les mesures indiquées seraient appropriées pour traiter n’importe quelle douleur faciale. La manipulation de la colonne cervicale peut agir sur un mal de tête cervicogène qui peut se manifester par une douleur faciale. Pour la névralgie du trijumeau, elle est complètement inutile », explique Axel Heinze.

Le neurochirurgien Steffen Rosahl a une vision similaire de la situation. Certaines formes de névralgie du trijumeau atypique peuvent peut-être répondre à des méthodes chiropratiques. «En général, il faut aussi se rappeler que ces patients souffrent souvent du fait que la douleur n’avait pu être améliorée avant la prise en charge en chiropraxie et que jusqu’à ce moment précis, personne ne leur avait accordé de l’attention et de la compassion. A cet égard, l’aspect psychologique potentiel du traitement doit être pris en compte. »

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