Rhume + Ibuprofène = crise cardiaque ?

21. mars 2017
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Les rhumes et la prise d’anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) sont parmi les facteurs qui augmentent le risque de crise cardiaque. Il peut même augmenter d’environ 7,2 fois si l’AINS est pris lors d’une infection respiratoire.

Beaucoup de personnes souffrent d’infections de type grippal avec les désagréments qui y sont associés en particulier durant les mois d’hiver. Pour soulager les douleurs et la fatigue générale, nombreux sont ceux qui prennent des AINS, ou se les font prescrire par leur médecin généraliste. Les plus populaires sont l’ibuprofène et le diclofénac. Cependant, ces agents peuvent avoir des conséquences fatales, comme une étude récente du Journal of Infectious Diseases l’a montré. En cas de traitement des infections respiratoires par AINS, les patients et les médecins qui les prescrivent devront à l’avenir faire attention car ils peuvent augmenter fortement le risque de crise cardiaque dans ce contexte de traitement.

L’effet accumulé des AINS et du rhume examiné pour la première fois

Dans une étude d’observation, les scientifiques ont analysé les données du programme de santé taïwanais au cours d’une période de sept ans (2005-2011). Ces données comprenaient également des informations sur 9 793 patients qui avaient été hospitalisés en raison d’un infarctus du myocarde. Le but de l’analyse de ces données était de savoir si deux facteurs de risque potentiels pour un infarctus du myocarde, une maladie respiratoire aiguë et l’utilisation d’AINS, ont un effet combiné en termes de risque.

En cas d’automédication, le risque d’infarctus du myocarde est augmenté d’un facteur 3,4

Les scientifiques ont déterminé le risque normal de chaque patient de souffrir d’une crise cardiaque et comparé celui-ci avec le risque en cas de maladie respiratoire aiguë pendant laquelle des AINS sont utilisés. Le risque de crise cardiaque était fortement augmenté par rapport au risque individuel de chacun des facteurs. La prise de ces analgésiques au cours d’une maladie respiratoire aiguë a été associée à une augmentation d’un facteur 3,4 du risque de crise cardiaque. L’administration parentérale d’AINS à l’hôpital a augmenté le risque d’un facteur 7,2 par rapport aux situations où aucun des deux facteurs de risque n’était présent.

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Le chef de l’étude, Cheng-Chung Fang, du National Taiwan University Hospital, Crédit : National Taiwan University

Au cours d’un rhume aigu, mais sans prendre d’AINS, le risque pour les patients de subir un infarctus du myocarde augmente d’un facteur 2,7 ; lors de la prise d’AINS sans maladie respiratoire aiguë il est d’un facteur 1,5. Des études antérieures avaient déjà rapporté que les infections respiratoires et certains AINS sont liés à un risque accru d’infarctus du myocarde, mais les deux facteurs de risque n’avaient cependant pas encore été analysés ensemble.

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Représentation schématique d’un infarctus du myocarde de la paroi antérieure (2) – infarctus apical – après occlusion (1) d’une branche de l’artère coronaire gauche (LCA). Crédit: CC BY-SA 3.0

Pas d’AINS en cas de rhume

« Les médecins devraient garder à l’esprit qu’une thérapie par AINS en cas de rhume aigu augmente le risque de crise cardiaque », a averti l’auteur de l’étude Cheng-Chung Fang du National Taiwan University Hospital. Comme alternative, il suggère l’utilisation du paracétamol, bien que cette substance n’ait pas été testée au cours de l’étude.

Les scientifiques suspectent que le processus responsable est la biosynthèse des cytokines pro-inflammatoires et thrombotiques. Elle favorise l’accumulation de macrophages dans les lésions artérielles. « En outre, les infections respiratoires aiguës déclenchent des processus de coagulation et de coagulation systémique qui peuvent conduire à une thrombose », écrivent les chercheurs travaillant avec Fang.

Bien que les AINS agissent effectivement comme anti-inflammatoires, l’inhibition de la cyclooxygénase réduit la concentration de prostaglandine antithrombique I2 et stimule la formation de leucotriènes, ce qui entraîne une agglutination des plaquettes et une vasoconstriction. Les AINS peuvent également augmenter la pression artérielle à cause de la modification des concentrations en sodium et eau et conduire à une occlusion vasculaire. « La prise d’AINS lors d’une infection respiratoire aiguë augmente le risque de crise cardiaque à cause de l’action mécanique qui en découle », a déclaré Fang.

Le risque persiste pendant des années

Comme dans le cadre d’autres études épidémiologiques rétrospectives, une relation causale des phénomènes observés ne peut être déduite. Cependant, ces résultats s’alignent avec des découvertes récentes sur les risques cardiovasculaires des AINS. Une étude de 2012 avait analysé les effets des AINS sur les patients qui avaient déjà subi une crise cardiaque. Ainsi, l’utilisation d’AINS dans la première année après une crise cardiaque est associée à l’augmentation du risque de décès de 59 pour cent. En parallèle, chez les patients qui n’avaient pas pris d’AINS, le risque de subir à nouveau un infarctus du myocarde était de 30 pour cent.

Par ailleurs, dans les années suivantes, le risque cardiovasculaire ne diminue pas. 5 ans après avoir eu un infarctus, la prise d’AINS conduisait à l’augmentation du risque de décès de 63 pour cent et du risque de crise cardiaque de 41 pour cent, alors que les ré-infarctus se produisent moins fréquemment avec l’augmentation de la distance temporelle au premier infarctus.

Depuis Juillet 2015, la FDA met en garde contre les crises cardiaques associées à l’utilisation d’AINS. Cette même année, l’AEM a émis un avertissement à destination de tous les patients prenant de l’ibuprofène à forte dose. Le risque est le même avec les inhibiteurs de COX-2, et le diclofénac. En cas de maladies respiratoires aiguës, les médecins devraient analyser avec leurs patients si la prise d’AINS est réellement nécessaire.

Sources :

Acute Respiratory Infection and Use of Nonsteroidal Anti-Inflammatory Drugs on Risk of Acute Myocardial Infarction: A Nationwide Case-Crossover Study

Long-Term Cardiovascular Risk of NSAID Use According to Time Passed After First-Time Myocardial Infarction: A Nationwide Cohort Study

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1 commentaire:

Une étude ne se résume pas de façon aussi simple! Je me pose par exemple les questions suivantes:
Pourquoi plus de 9000 personnes ont dû être hospitalisées pour un rhume?
Quelle est l’état de santé général de quelqu’un qui reçoit des AINS en parentéral en cas de rhume?
Quelles est le risque en 7 ans de faire un 2e infarctus sans rhume (et sans AINS)?
Le rhume thailandais est plus meurtrier que les AINS: facteur 2,7 contre 1,5 !
Bravo pour déchirer une étude éventuellement intéressante!

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