Phobies : des algos qui font disparaître l’anxiété

7. mars 2017
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Des neuroscientifiques ont réussi à éliminer des souvenirs angoissants du cerveau de volontaires. Leurs outils étaient des algorithmes, ou « algos », et de petites récompenses. C’est une lueur d’espoir pour les patients qui souhaitent éviter une thérapie par exposition.

La thérapie par exposition est actuellement considérée comme la stratégie de traitement la plus efficace pour les patients atteints d’anxiété et de troubles paniques. Mais un certain nombre de patients échouent à affronter l’effort émotionnel que nécessite une thérapie par exposition. Les neuroscientifiques ont récemment mis au point une méthode qui pourrait supprimer sans traces des souvenirs anxieux du cerveau des patients.

Le « Decoded Neurofeedback » est la nouvelle méthode, qui permet d’abord de reconnaître les souvenirs angoissants, puis de les identifier et enfin de les supprimer plus tard. En utilisant l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, les chercheurs mesurent l’activité dans le cerveau et trouvent ainsi des motifs complexes spécifiques associés à la peur qui correspondent à une mémoire spécifique de la peur.

Au cours de leur étude, les chercheurs ont d’abord créé une telle mémoire spécifique de la peur chez 17 volontaires en bonne santé. Pendant que les sujets regardaient des motifs colorés sur un écran d’ordinateur, ils ont reçu un bref choc électrique devant les motifs rouges et verts. Les scientifiques ont enregistré le motif spécifique de peur associé qui est apparu dans le cortex visuel des sujets. En même temps, le centre de la peur du cerveau, l’amygdale, était actif et les sujets avaient de la transpiration sur leur peau, signe de sueur froide. Lors de la présentation des motifs jaunes et bleus, rien ne se produisait. A la fin du premier jour du traitement, les sujets avaient peur devant les motifs rouges et verts même sans électrochocs, mais pas devant les bleus et jaunes.

La reconnaissance d’image par intelligence artificielle peut lire la peur dans les souvenirs

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Motif au cours des électrochocs © Ai Koizumi

L’auteur de l’étude, le Dr Ben Seymour de l’Université de Cambridge, explique le processus de « Decoded Neurofeedback » : « La façon dont les informations sont représentées dans le cerveau est très compliquée. Avec l’aide de la reconnaissance d’image par intelligence artificielle, nous pouvons maintenant identifier l’aspect que doivent avoir ces informations en fonction de leur contenu. Grâce à un algorithme d’intelligence artificielle, nous avons réussi à lire rapidement et infailliblement les souvenirs de peurs légères. Le grand défi est de supprimer ces souvenirs anxieux sans que les sujets n’en soient conscients ».

Des petites récompenses au bon moment suppriment l’anxiété liée aux souvenirs

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Motif au cours des électrochocs © Ai Koizumi

Après avoir terminé la phase avec le choc électrique provoquant l’anxiété, les scientifiques ont observé leurs sujets pendant trois jours. Même au cours des périodes de repos absolu, les mêmes motifs neuronaux apparaissaient sur les écrans des scientifiques sans que les sujets ne s’en rendent compte.

Et à chaque fois qu’un tel motif était au moins partiellement visible, les scientifiques récompensaient les participants concernés par une petite quantité d’argent. Ainsi, ils remplaçaient les souvenirs angoissants du choc électrique par un sentiment positif. Les scientifiques expliquèrent uniquement aux sujets que les petits dons d’argent étaient en accord avec leur activité cérébrale. Mais ils n’indiquèrent pas exactement comment. En récompensant systématiquement le motif d’anxiété inconscient immédiat avec une petite somme d’argent, les chercheurs essaient de remplacer les associations négatives.

Après 3 jours, des signes d’anxiété considérablement atténués

Le cinquième jour de la série de test a commencé avec un petit nombre d’électrochocs non liés avec des images qui devaient rappeler des souvenirs aux sujets les ayant déjà expérimentés. Quand les scientifiques ont montré par la suite à leurs sujets les images qu’ils avaient vues lors des chocs électriques, ils ont obtenu les observations suivantes : « Étonnamment, nous ne pouvions pas détecter de transpiration typiquement associée à l’angoisse sur la peau. Dans le centre de la peur du cerveau, l’amygdale, tout était calme », a déclaré la directrice de l’étude, le Dr Ai Koizumi de l’Advanced Télécommunications Research Institute International à Kyoto, au Japon, et a poursuivi : « Cela signifie que nous avons réussi à faire disparaître la mémoire de la peur chez nos sujets sans qu’ils ne l’aient remarqué du tout. »

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Scanner du cerveau d’un sujet ayant peur. Crédit : Ai Koizumi

Bibliothèque de décodage de la peur

Malgré le petit nombre de sujets, les scientifiques espèrent que la technologie testée dans l’étude pilote pourra permettre de développer un traitement clinique pour les patients souffrant de troubles de stress post-traumatique ou de phobies. La thérapie pourrait ressembler à ceci : « Pour pouvoir appliquer notre système aux patients, nous devons mettre en place une bibliothèque de décodage d’information du cerveau concernant les différents types d’anxiété inspirés par des choses telles que les araignées, mais aussi des situations que subissent les patient » selon le Dr. Seymour. « Ensuite, le patient pourrait venir régulièrement à des sessions de « Decoded Neurofeedback » au cours desquelles nous ferons disparaître la peur qui est déclenchée par certains souvenirs ! » Le stress de la thérapie par exposition et les effets secondaires de la thérapie médicamenteuse appartiendraient ainsi au passé. Mais sera-t-il bientôt si facile de se débarrasser de ses peurs ?

«Probablement pas, » admet Seymour, parce que « les angoisses des patients réels sont sûrement de 100 à 1000 fois plus fortes et ont également existé beaucoup plus longtemps que les craintes générées au cours de l’expérience. Cela pourrait représenter un obstacle important, si l’on applique cette méthode en cabinet. » Seymour suppose, cependant, que les phobies spécifiques, comme par exemple des araignées, pourront bientôt être traitées relativement simplement. « Mais cela sera plus difficile pour les peurs conceptuelles comme celle de la hauteur ou la peur de voler ». Dans ce cas, le patient aura besoin de patience comme dans le cadre de la thérapie par exposition.

Publication originale :

Fear reduction without fear through reinforcement of neural activity that bypasses conscious exposure
Koizumi et al.; Nature Human Behaviour, doi: 10.1038/S41562-016-0006

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1 commentaire:

Dr François-Marie Michaut
Dr François-Marie Michaut

Merci de bien vouloir nous faire savoir quelles sont les preuves scientifiques que la mémoire est bien stockée dans le cerveau ? Qu’elle transite par ce noble organe est une certitude actuelle. Mais, qu’elle y soit stockée ( où, comment, et sous quelle forme) ce n’est encore, à ma connaissance, une simple opinion admise sans discussion par les neurosciences.

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