Binge-Eating : la grande bouffe

7. février 2017

Le Binge-Eating-Disorder (syndrome d’hyperphagie incontrôlé) est de plus en plus reconnu comme une maladie spécifique : les malades avalent de grandes quantités de nourriture et ne vomissent pas. Souvent, ils sont en surpoids. Le traitement est donc aussi important en raison du risque de complications physiques.

Le Binge-Eating-Disorder est le trouble alimentaire le plus commun, mais aussi le moins connu. Environ deux à trois pour cent des adultes en souffrent : ils ont régulièrement des crises de fringales, durant lesquelles ils perdent le contrôle de leur alimentation, ils mangent très rapidement et dévorent d’énormes quantités de nourriture. Très souvent, le patient souffre d’autres problèmes de santé mentale tels qu’une dépression, de l’anxiété, des troubles du sommeil, ou un abus d’alcool ou d’autres substances.

« Contrairement aux patients avec boulimie, le Binge Eater ne prend pas de contre-mesures telles que des vomissements, la prise de laxatifs ou un exercice excessif », dit Henrike Pierchalla, psychologue dans le secteur de thérapie des troubles alimentaires à Munich. Les personnes atteintes de troubles de Binge-Eating-Disorder sont donc souvent en surpoids. Cela peut conduire à des problèmes de santé importants : les conséquences les plus fréquentes sont le diabète de type 2, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires et les troubles du système musculo-squelettique.

Durant longtemps, le Binge-Eating n’a pas figuré dans les systèmes internationaux de classification comme un syndrome distinct. La maladie a donc souvent été négligée et n’était pas correctement traitée. Cependant, il est de plus en plus reconnu comme un trouble distinct : dans le DSM-V, le trouble de Binge Eating est considéré comme une maladie indépendante depuis 2013, la prochaine version de la Classification internationale des maladies (CIM), la CIM-11, en 2018, devrait lui emboîter le pas.

Manger pour se détendre ou se consoler

Au cours des crises d’hyperphagie, les patients réagissent à des sentiments et des problèmes négatifs auxquels ils ne peuvent pas faire face autrement. « La nourriture est une distraction et une détente ou permet de satisfaire des besoins qui ne peuvent être satisfaits autrement, elle apporte du réconfort et console », dit Pierchalla. Les déclencheurs des crises d’hyperphagie sont souvent le stress, la colère, la tristesse ou l’ennui. Mais après cet épisode, les Binge Eaters souffrent de honte et de culpabilité, de dégoût et ils se blâment eux-même. Beaucoup essaient de dissimuler les crises devant leurs semblables, et même leurs amis proches et les membres de leur famille.

Selon le DSM-V, les crises d’hyperphagie doivent avoir lieu dans au moins deux jours par semaine sur une période d’au moins six mois. En outre, le comportement alimentaire est également perturbé entre les crises : les malades mangent de façon irrégulière et alternent entre alimentation fortement contrôlée et non contrôlée.

En règle générale, le Binge-Eating-Disorder commence entre 20 et 35 ans. Il peut aussi apparaître pour la première fois entre 45 et 55 ans. Environ deux tiers des personnes touchées sont des femmes et un tiers des hommes. Ainsi, la proportion d’hommes est significativement plus élevée que pour l’anorexie ou la boulimie.

Surpoids : les médecins doivent penser à ce trouble alimentaire

Ainsi le Binge-Eating est plus fréquemment observé chez les personnes en surpoids que dans la population générale, à savoir chez environ quatre à neuf pour cent des personnes. Cependant, toutes les personnes en surpoids ne souffrent pas de crises d’hyperphagie. « Par conséquent, un examen attentif est très important », dit Pierchalla. Souvent, les personnes atteintes de Binge-Eating se tournent vers leurs médecins à cause de leurs crises, ou elles leur sont adressées pour leur surpoids. « Cependant, la plupart des médecins pensent surtout aux conséquences physiques du surpoids et conseillent à leurs patients de perdre du poids », dit Pierchalla. « Beaucoup ne pensent pas qu’un trouble de l’alimentation puisse être caché derrière cette situation. » Et comme les patients ont honte de leurs crises d’hyperphagie, ils ne les mentionnent souvent pas spontanément.

« Il serait utile que les médecins posent au moins une ou deux questions de dépistage, surtout si de grandes quantités de nourriture sont consommées en une fois », a déclaré la psychologue. « Parce que si le trouble de l’alimentation n’est pas détecté et traité, il est difficile de contrôler le surpoids sur le long terme.» Le médecin peut alors donner les adresses de centres de conseil spécialisés ou de psychothérapeutes. « Les cas de Binge-Eating-Disorder peuvent aussi être confirmés dès la première étape de diagnostic » dit Pierchalla.

Difficultés à prendre des décisions

On ne sait pas exactement d’où vient cette tendance à manger de manière excessive. On pense qu’il existe une combinaison de facteurs : des aspects psychologiques, en particulier des difficultés à assumer les sentiments, mais aussi des facteurs alimentaires tels qu’un surpoids préexistant ou un régime peuvent déclencher l’hyperphagie. Souvent, les situations stressantes au cours de la vie jouent un rôle dans ce phénomène. On constate également l’implication de facteurs biologiques, tels qu’une prédisposition génétique et des changements dans le métabolisme du cerveau.

Ainsi, une étude de l’Institut Max Planck pour les neurosciences et les sciences cognitives à Leipzig (Allemagne) a récemment montré que les personnes touchées ont des problèmes pour prendre des décisions même dans la vie de tous les jours et cela se reflète au niveau de l’activité cérébrale. Les sujets de l’étude ont participé à un jeu de cartes au cours duquel ils ont dû adapter leurs décisions à de nouvelles conditions. « Les patients atteints de Binge-Eating testaient de manière répétitive l’option qui était clairement la pire, même lorsqu’ils avaient appris que le résultat pouvait être différent », explique Andrea Reiter, la première auteure de l’étude.

En parallèle les régions du cerveau étaient moins actives chez les patients qui jouaient un rôle actif dans la prise de décisions ciblées ou étaient actifs en cas d’erreurs, et prenaient ainsi finalement des décisions favorables. Apparemment, les patients atteints de Binge-Eating prenaient généralement des décisions défavorables et n’arrivaient pas à adapter avec souplesse leur comportement à des situations nouvelles concluent les auteurs, et cela de manière similaire à leur façon de gérer leur connaissance des conséquences négatives des crises d’hyperphagie mais leur incapacité à les arrêter.

Manger régulièrement et traiter différemment ses sentiments

Selon l’importance du trouble de l’alimentation, différentes approches peuvent être utilisées. « Pour les cas légers, il est souvent suffisant que la personne touchée aie des conseils nutritionnels, fasse plus d’exercice et peut-être se joigne à un groupe de soutien », dit Pierchalla. Mais souvent, les personnes concernées sont très sensibles au point de vue émotionnel. Dans ce cas, une psychothérapie en ambulatoire est le traitement de choix. « Dans les cas de Binge-Eating graves, un surpoids important ou une dépression majeure, un traitement temporaire en milieu hospitalier peut s’avérer utile », a déclaré la psychologue.

En psychothérapie, la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie interpersonnelle se sont avérées efficaces. La procédure est similaire à celle utilisée en cas de boulimie. La prise d’antidépresseurs, en particulier les inhibiteurs de recapture de la sérotonine (ISRS), peut être utilisée comme aide thérapeutique. Ils peuvent aider à réduire les crises d’hyperphagie.

Le but de la psychothérapie est d’obtenir une normalisation du comportement alimentaire. « Les patients apprennent que manger de manière irrégulière ou qu’un jeûne temporaire conduit à des crises et apprennent progressivement à manger régulièrement », explique Pierchalla. Ils suivent également des protocoles d’alimentation et apprennent à reconnaître les déclencheurs de leurs crises d’hyperphagie et à traiter différemment les problèmes et les sentiments négatifs.

« Chez une patiente, par exemple, les crises avaient souvent lieu le mercredi soir », rapporte l’expert. « Elle a alors remarqué qu’elles avait généralement lieu après une réunion d’équipe qu’elle trouvait extrêmement stressante. Dans ce cas, on peut spécifiquement regarder ce que qui peut être fait pour mieux supporter le stress. »

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