DCM : un crac dans la mâchoire

5. septembre 2012
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Si une douleur ne semble pas avoir de source évidente, il est souvent utile d’examiner le système stomatognathique. Les personnes atteintes souffrent souvent de lésions articulaires et de troubles fonctionnels dans cette zone. Il y a une part de connaissances empiriques, mais des études ont aussi montré que le hasard n’existe pas.

La mastication est, pour la plupart des gens, un mouvement quotidien et banal. « Pas du tout », dit le docteur en chirurgie dentaire Rainer Schöttl d’Erlangen. « La mastication est un processus très complexe au cours duquel les muscles jouent un rôle unique dans l’organisme. Vous devez amener la mâchoire inférieure à un point défini avec précision dans l’espace et produire une occlusion précise des 16 paires de dents ». La position des mâchoires est en permanence déterminée par le jeu réciproque des muscles de la mastication et des muscles du cou d’une part et de récepteurs de haute précision d’autre part. « Même la position de repos n’est rien de plus qu’une position-cible finale de l’occlusion », déclara Schöttl.

Harmonie dans la fosse d’orchestre stomatognathique

Mais cette harmonie symphonique peut facilement être malmenée – par exemple par des défaillances de la mâchoire, des blessures, des maladies articulaires et des déplacements du disque lorsqu’une de ces raisons, ou d’autres, amène à une position de morsure anormale. « Ainsi, la position de la mâchoire, même au repos, doit être adaptée à la charge musculaire unilatérale », explique Schöttl. En outre, de nombreux patients développent une sensation d’occlusion perturbée et des parafonctions, comme un frottement (ou une pression) permanent des dents. « Si la durée cumulée des contacts dentaires chez les personnes en bonne santé est d’environ 20 minutes par jour, il est souvent de plusieurs heures dans le cas de ces patients », explique Schöttl.

Les spécialistes expliquent leurs découvertes sur la dysfonction cranio-mandibulaire (DCM, ou temporomandibular disorder TMD en anglais). Selon les études, elle est largement répandue. En cas de signes et symptômes classiques, comme des craquements de l’articulation, une ouverture limitée ou asymétrique de la mâchoire, une sensibilité à la pression dans la région de la mâchoire ou des dents abrasées, il a été rapporté que le taux de prévalence aux USA varie entre 40 et 75 pour cent, l’étude Study of Health in Pomerania (SHIP) rapporte que la moitié des presque 7 000 participants sont touchés.

3 à 10 pour cent des patients ont signalé des symptômes cliniquement pertinents. Habituellement des douleurs et des sensations anormales au niveau du visage, de la mâchoire, de la tête et du cou, ainsi que des acouphènes, des troubles de la vision et des maux de dos sont associés à la DMC. Ce désordre peut même jouer un rôle dans la fibromyalgie et les syndromes de douleur régional complexe SDCR. « Ces observations sont connues depuis un certain temps dans le domaine des thérapies manuelles », explique le spécialiste en médecine physique et de rééducation, le Dr Michael J. Fischer, de Munich. Mais des données obtenues lors d’études sont aussi disponibles. Elles indiquent que jusqu’à trois quarts des patients atteints de fibromyalgie ont une DCM – dans une étude sur 20 patients gravement atteints de SDRC, tous en ont même été atteints. Naturellement, de telles études épidémiologiques ne donnent aucune information quant à savoir si, derrière ces associations, on peut trouver une relation de cause à effet ou si la DCM n’est qu’un phénomène d’accompagnement. En dehors de cela, est-il plausible qu’une douleur de DCM se déclenche non seulement localement, mais aussi dans tout le corps ?

Centre de décision du nerf trijumeau

Oui, en effet, disent les partisans de ce concept. En conséquence, au niveau local, des maladies articulaires ou la position de morsure anormale précitée peuvent provoquer une irritation chronique des muscles de la mastication. Cela conduit à des tensions et des douleurs qui se maintiennent entre elles dans un cercle vicieux, voire se renforcent mutuellement.

A ce point, le nerf trijumeau entre en scène. Il est formé par la réunion des fibres conductrices de la douleur provenant de différentes régions. Dès réception des signaux nociceptifs de la zone de la mâchoire, et en raison de cette liaison aussi appelée refered pain – c’est-à-dire douleur déplacée – ils seront perçus ailleurs, peut-être sous la forme de douleurs au cou ou de maux de tête. De plus, des signaux proprioceptifs venant de projections issues des muscles du dos et de la région lombo-sacrée sont également liés au nerf trijumeau. Les asymétries et les douleurs articulaires temporo-mandibulaires peuvent ainsi rayonner dans tout le corps.

« Là aussi, nous avons les résultats de la médecine manuelle », a confirmé Fischer. « Nous voyons à maintes reprises que les interventions au niveau du système stomatognathique affectent considérablement les résultats du test de Patrick ou le test modifié par Marx ». Dans son étude, Fischer observe aussi cet aspect de manière scientifique. « Chez les patients souffrant de SDRC, nous avons montré que la diminution du tonus des muscles crânio-mandibulaires permet de nettement améliorer la mobilité de la hanche », dit Fischer.

Diagnostic simple, traitement difficile

Les dentistes et les orthodontistes ayant reçu une formation appropriée demandent alors d’utiliser des médecines et thérapies manuelles, il est donc aussi plus naturel pour eux de penser à la DCM en cas de douleur chronique. Selon Schöttl, le diagnostic peut se poser facilement sur la base des signes et symptômes cliniques typiques. « Il faut toujours veiller à ce que les plans des yeux, des oreilles, des mâchoires et des épaules soient inclinés ». Il peut également y avoir un problème lorsque le milieu des incisives de la mâchoire supérieure et inférieure n’est pas centré sur la verticale du visage. « D’autres preuves de DCM sont une posture de tête décalée vers l’avant, des craquements articulaires et l’abrasion sévère des dents », a déclaré Schöttl. Dans la mesure où une occlusion perturbée est présente, on peut rapidement essayer d’utiliser l’Aqualizer. Il s’agit d’un coussin d’eau que le patient maintient, idéalement toute la nuit, entre les dents. « En cas de pression anormale lors de la morsure, on remarque souvent une amélioration après un court laps de temps », indique Schöttl par expérience. Les techniques d’imagerie fonctionnelle et l’analyse instrumentale peuvent étayer le diagnostic ou le concrétiser.

Pour le traitement de la DCM, on utilise principalement des techniques de diminution du tonus musculaire ou des gouttières – selon que l’étiologie est plus myogène ou arthrogénique. La nécessité d’autres mesures dépend du processus fonctionnel et de savoir si les structures anatomiques sont touchées et si une comorbidité psychiatrique existe. Une thérapie multimodale à laquelle contribuent des médecins et thérapeutes de différentes disciplines donne les plus grandes chances de succès en cas d’affections chroniques longues et globales.

Il est évident qu’il s’agit d’un chemin difficile pour le patient. « Mais », insiste Fischer, « en médecine manuelle, nous avons souvent observé que la douleur chronique peut difficilement être traitée de manière durable si la DCM coexistante n’est pas prise en compte. »

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Dentisterie, Médecine

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1 commentaire:

Monique De Lise
Monique De Lise

J’ai mis pendant 18 mois une gouttière qui a soulagé la pression de mes dents. Quand je me réveillais, j’avais les dents douloureuses car je les serrais . Après une période de plusieurs mois sans gouttière, je remarque que je recommence car lorsque je me réveille la nuit, je constate automatiquement que je serre les dents.j’essaie de me rendormir avec les dents déserrées. je ne sais pas jusqu’à quand mais si j’ai besoin, je remettrai ma gouttière. Je remarque actuellement que j’ai plus d’acidité gastrique avec brûlures, est-ce que ça joue un rôle?! J’ai aussi des points fibromyalgiques définis par mon médecin, pas encore la fibromyalgie. Merci pour votre article qui donne des renseignements et est très instructif. Salutations.
Monique De Lise

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