Dîner à l’âge de pierre

10. janvier 2017

Les régimes Paléo ou LowCarb dans lesquels l’apport en glucides est réduit de façon spectaculaire sont en vogue. Cependant, les résultats d’une étude récente indiquent qu’un régime complètement à l’opposé est la clé d’une vie longue et saine.

Les régimes Paléo et LowCarb sont, depuis quelques années, un sujet de discussion à la mode, et une manière originale de se nourrir. Beaucoup de personnes ne jurent que par cette forme de régime alimentaire et défendent l’alimentation à l’âge de pierre, avec une forte consommation de viande et de légumes crus, pour être en bonne santé. Une renonciation complète aux céréales et aux légumineuses correspond au type de nutrition des personnes de l’âge de pierre avant l’ère de l’agriculture.

La renonciation aux glucides coûterait de précieuses années de vie ?

Mais une protéine qui pourrait permettre de « rajeunir » serait, selon de nouvelles études, produite en grande quantité dans le cadre d’un régime alimentaire tout à fait contraire comprenant une consommation importante de glucides et un apport en protéines réduit.

Dès 2015, les résultats d’une étude de l’Université de Yale avaient attribué des propriétés allongeant la vie à celle qu’on appelle la « protéine de Jouvence », le Fibroblast Growth Factor 21 (FGF21). Ainsi, cette hormone joue, par exemple, un rôle important dans le métabolisme du glucose et des lipides. Elle est produite à cet effet notamment dans le foie et induit dans certaines situations la combustion des graisses pour maintenir constants les niveaux de sucre sanguin.

En plus, FGF21 diminue la dégénérescence du système immunitaire due à l’âge et prolonge ainsi la durée de vie. En fait, les chercheurs ont pu montrer dans la première étude que FGF21 a pu rallonger jusqu’à 40% la durée de vie de la souris.

Mais dans l’étude publiée récemment, les chercheurs de l’Université de Sydney ont réussi à prouver un lien entre régime alimentaire et FGF21. Ils ont étudié chez des souris les effets de 25 régimes différents sur les niveaux de FGF21 dans le corps. Et leurs résultats montrent un taux de FGF21 significativement élevé dans les régimes alimentaires avec un taux de protéines restreint.

La valeur maximale de FGF21 a finalement été obtenue avec une forme de régime dans laquelle un apport en protéines réduit était couplé à un apport important en glucides. Les régimes avec un apport élevé en protéines et un apport réduit en glucides comme le Paléo ou le LowCarb ne sont donc pas capables d’induire un taux élevé de FGF21.

Les glucides mauvais, mais pourquoi ?

En plus de graisses et de protéines, les glucides sont les principaux constituants de notre alimentation. Le corps les utilise, entre autres, pour produire de l’énergie à court terme et les convertit en graisse de stockage pour les temps difficiles. Selon certaines recommandations, plus de 50% de l’apport énergétique devrait se faire sous forme de glucides dans le cadre d’une alimentation complète. Mais de plus en plus de personnes évitent consciemment cet ingrédient nutritionnel et considèrent les glucides comme malsains.

Dans un entretien, le spécialiste en psychologie alimentaire Prof. Christoph Klotter de la Hochschule Fulda en Allemagne présente sa position : « Dans la société d’aujourd’hui, la nourriture est souvent discréditée. Les glucides en sont un exemple. Les acides gras saturés ont aussi, entre autres, été considérés comme mauvais pendant des années, mais maintenant il semble que cette théorie doive être à nouveau discutée. Les glucides ont naturellement toujours été présentés comme un problème pour la santé en raison du sucre qu’ils contiennent. Bien sûr, une forte consommation de sucres peut être problématique pour la santé, mais l’apport en glucide dans l’alimentation est difficilement critiquable d’un point de vue purement scientifique ».

L’éviction des glucides est malsaine ?

Une grande quantité de graisse et de protéines provenant de viande, de poisson ou de produits laitiers est apportée en lieu et place des glucides dans les régimes Paléo ou faibles en glucides. Si l’apport journalier recommandé de protéines pour un adulte est de 0,8 g par kg de poids corporel, avec de tels régimes, quatre à cinq fois cette quantité est souvent consommée chaque jour.

En ce qui concerne les graisses, il est recommandé que leur représentation soit de 30% de l’apport énergétique quotidien. Cette valeur est, dans les régimes alimentaires réduits en glucides, souvent dépassée, et critiquée par certains nutritionnistes. Entre autres choses, un risque élevé potentiel d’athérosclérose peut être discuté dans le cadre de l’apport élevé en matières grasses et un apport important en protéines est souvent lié à la goutte et à des maladies hépatiques et rénales.

Le régime crée l’identité

Indépendamment du fait que les partisans des régimes Paléo&Co risquent de mourir plus jeunes, se pose la question de savoir d’où vient réellement cette tendance vers les régimes alimentaires et les nouvelles diètes et pourquoi tant de personnes se laissent emporter par ces modes.

Alors qu’auparavant un régime n’était qu’une manière de perdre du poids, il s’agit maintenant d’une véritable philosophie de vie. Cela explique l’engouement et l’enthousiasme pour les régimes radicaux comme le Paléo. Tout à coup, vous pouvez vivre comme Fred Pierrafeu ou Barney Laroche. Les vrais hommes de l’âge de pierre mangent de la vraie viande. Il n’est donc pas étonnant que le régime Paléo soit un phénomène qui attire en particulier les hommes. Dans ce cadre, on peut même distinguer l’idée d’être un mâle alpha, avec un grand steak et « un vrai régime d’homme ».

Ainsi, le sujet de la nutrition aujourd’hui est n’est clairement plus uniquement une question de santé, de goût ou de bien-être, mais aussi la définition de ce que nous sommes et que nous voulons représenter à l’extérieur. « Nous vivons dans le luxe. Dans les supermarchés, il y a une variété incroyable de nourriture et les gens sont libres de choisir leur propre nourriture. Il est maintenant possible de se créer sa propre identité grâce à la nourriture. Notre manière de manger peut permettre de se démarquer des autres, être unique », dit Klotter, le psychologue spécialiste en nutrition.

Des conseils en diététique ? Difficile

En fait, il semble y avoir plus de régimes actuellement qu’auparavant. Outre le régime Paléo, le régime LowCarb et le régime Atkins, on observe aussi que les régimes LowFat, divers Crash Diet ou le régime Glyx ont une popularité croissante. L’abondance des régimes est inépuisable. « Les personnes peuvent se permettre de penser à leur régime alimentaire et le faire les rend plus forts. La relation avec de la nourriture devient plus consciente et est de plus en plus utilisée dans leur mode de vie », explique Klotter.

Mais au final, toutes les recommandations nutritionnelles ne sont qu’une ligne de conduite et cela pose la question de savoir comment l’individu gère son alimentation en fonction de cette ligne. « Pour moi, actuellement, aucun conseil alimentaire général ne peut être donné. Chaque organisme métabolise la nourriture différemment et si quelqu’un se sent bien avec le régime Paléo et qu’il lui convient bien, je ne vois aucune raison de s’y opposer », dit Klotter.

9 note(s) (4.22 ø)

3 commentaires:

… je termine mon dernier post envoyé par erreur : … comme un gamin jouer à associer les deux mots. On entend que le régime ment avec « régiment ». Honni soit qui mal y pense, n’est-il pas ?

#3 |
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Quand j’entends régime, je ne peux pas m’empécher de le relier au mot régiment. Et comme j’adore comme un gamin jouer

#2 |
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Invité
Invité

Bien entendu, nous sommes ce que nous mangeons. Chacune des protéines nous constituant n’a pas d’autre origine que notre assiette ou notre verre. Alors, si on faisait l’effort de donner la parole à son organisme personnel au lieu de suivre les fluctuations capricieuses des modes collectives ? Libre-arbitre au pouvoir.

#1 |
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