Infections : Du sucre pour les virus

27. décembre 2016
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De nombreuses maladies coupent totalement l’appétit. Les chercheurs ont récemment démontré que l’absence de nourriture aide à lutter contre les infections bactériennes. Notre système immunitaire en bénéficie également. Mais pour les virus, le fonctionnement est inversé.

Un vieux dicton que les enfants anglo-américains apprennent de leurs grands-parents, « Feed a cold and starve a fever » (« Nourris un rhume et affame une fièvre ») vient d’être testé. Le Professeur Dr. Ruslan M. Medzhitov l’a récemment réinterprété. « Cold » se réfère aux infections virales, tandis que « Fever » indique les infections bactériennes.

 Alimentation mortelle

Medzhitov est un chercheur en immunologie à la Yale School of Medicine. Il a fondé son étude sur l’observation suivante : lorsque notre corps lutte contre les agents pathogènes, l’appétit diminue. Cette réponse biologique est-elle appropriée ?

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Ruslan M. Medzhitov. Photo: Yale School of Medicine

Avec ses collègues, le scientifique a conçu une expérience pour répondre à cette question. Il a infecté des souris avec la bactérie Listeria monocytogenes ou avec un virus murin de type grippal. Par la suite, les rongeurs ont été nourris de force avec un régime standard ou avec une solution saline. Lorsque les animaux atteints d’une infection bactérienne recevaient de la nourriture, ils mouraient. Dans le groupe recevant du chlorure de sodium, au moins une souris sur deux avait survécu.

Si elles avaient été inoculées par un virus, le rapport était inversé. Environ 78 pour cent des sujets du groupe alimenté et dix pour cent ayant reçu de la solution saline ont survécu.

Les cellules se ruent vers le sucre

Les aliments utilisés ont alors été précisément analysés. Ruslan Medzhitov a découvert que le glucose est d’une importance capitale. S’il empêchait l’absorption du sucre par l’inhibiteur 2-désoxy-D-glucose (2-DG), les animaux dans le groupe des bactéries survivaient, alors qu’il y avait une mortalité élevée dans le groupe des virus. Ce résultat est exactement l’opposé de la première expérience.

Si on se remet dans le contexte, on observe que pour minimiser les effets délétères des espèces réactives de l’oxygène (ROS) lors des infections bactériennes, les cellules ont besoin des cétones. En cas de jeûne, la décomposition des corps gras créent des corps cétoniques dans le foie, créant une alternative à la fourniture de glucose à partir de glucides. La cétogenèse est connue depuis longtemps, mais elle apparaît maintenant sous un angle nouveau. Cependant, la réaction est tout à fait différente dans le cas des infections virales. Les cellules répondent à de fausses protéines par une Unfolded Protein Response (UPR, réponse aux protéines dépliées). Ce processus nécessite du glucose.

Comment doit-on analyser l’étude de Medzhitov ? Comme les mécanismes dans les étapes cruciales du métabolisme sont similaires chez les humains et les souris, le chercheur espère pouvoir à l’avenir mieux traiter les patients atteints d’infections graves. D’autres études confirment son hypothèse selon laquelle les résultats des études animales peuvent être transférés aux humains.

L’inflammasome a des comptes à rendre

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Vishwa Deep Dixit. Photo: Yale School of Medicine

Il y a déjà un an et demi que Vishwa Dep Dixit de la Yale School of Medicine a découvert un lien entre le jeûne et les processus inflammatoires. Lors d’un jeûne apparaît entre autres du betahydroxybutyrate (BHB). Après une longue période de jeûne, le métabolite atteint des concentrations plasmatiques significatives. Le BHB inhibe les processus inflammatoires en ayant pour structure-cible l’inflammasome NLRP3. Ce complexe protéique se trouve dans le cytosol des macrophages et des neutrophiles. Il est stimulé, entre autres, par les bactéries. Après plusieurs étapes, les interleukines sont finalement activées déclenchant des réactions inflammatoires.

Les scientifiques ont réalisé leurs études non seulement sur des souris, mais aussi sur des cellules humaines. Ils ont constaté qu’aussi bien des doses ciblées de betahydroxybutyrate qu’un régime cétogène ont diminué les réponses inflammatoires. Ainsi les travaux de Medzhitov ont permis de trouver une preuve indiquant que le métabolisme influence les processus inflammatoires.

Les cellules du système immunitaire au recyclage

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Valter D. Longo. Photo: SC Leonard Davis School of Gerontology

L’effet est plus complexe que prévu. Si des mammifères sont affamés, leur corps commence à régénérer les cellules du système immunitaire. Valter D. Longo de l’Université de Californie du Sud, Los Angeles, est à l’origine de cette conclusion. Chez les animaux de laboratoire, le jeûne intermittent ralentit l’immunosénescence. Ce terme se rapporte à la baisse des performances du système immunitaire avec l’âge.

Longo a ensuite regroupé 19 volontaires en bonne santé dans une étude pilote. Ils ont ingéré cinq jours par mois seulement 1.090 kilocalories (jour un) ou 725 kilocalories (jours deux à cinq) au lieu des habituels 2.000 à 3.000 kilocalories. Leur glycémie à jeun a diminué de onze pour cent. Les corps cétoniques ont augmenté d’un facteur de 3,7, le taux d’IGF-1 a diminué de 24 pour cent, et le taux d’IGFBP-1 a augmenté de 50 pour cent. Au cours de ce programme spécial, les niveaux de base de protéine C-réactive se sont stabilisés à un niveau légèrement plus élevé. Longo a même observé une légère augmentation du nombre de cellules souches du système immunitaire dans le sang.

De nombreuses pièces de ce puzzle montrent que le métabolisme affecte le système immunitaire. Mais on ne sait pas actuellement comment cette connaissance peut être valorisée dans la pratique clinique. Seule la réalisation de nouvelles études permettra de répondre à cette question.

14 note(s) (4.36 ø)
Copyright de l'image: Mike, flickr / Licence: CC BY-SA

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1 commentaire:

Donc si on interprète correctement ces 3 infos, en cas d’infection virale comme on devrait s’y attendre en janvier en Europe continentale, il faudrait favoriser une alimentation riche en hydrates de carbone car les patients auraient une amélioration significativement meilleure qu’en cas d’inf bactérienne. Il ne reste pluscqu’à mettre au point un procédé diagnostique hautement spécifique pour démasquer à >95% les inf virales des inf bactériennes et on pourra passer à autre chose… Whaouhhhh !!!!! MM

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