Analyse de cheveux : peu de faits pour aider Raiponce

13. décembre 2016
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L’analyse de cheveux joue un rôle croissant en médecine. Analyse de drogues, détection d’alcool, découverte de carences en vitamines et minéraux ne sont que quelques champs concernés. Mais il n’est pas rare que certains résultats soient exagérés.

Durant la croissance des cheveux, les drogues, les produits chimiques et les médicaments peuvent être fixés dans leur matrice. Comme avec un tachygraphe, une preuve d’exposition à un moment donné est enregistrée, au moins pour ce qui est des prises qui ont eu lieu avant l’examen.

Sirène de pompiers à cause de l’antimoine

Mais de nombreux cas ont aussi démontré que les résultats de l’analyse de cheveux sont faux : il y a huit ans, un chef des pompiers en Floride tira la sonnette d’alarme parce qu’il croyait que bon nombre de ses employés étaient empoisonnés. L’autorité de santé américaine, le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) fut alertée, parce que chez 30 pompiers, des valeurs significatives d’antimoine avaient été trouvées dans leurs cheveux. Plus d’un million de pompiers portent des uniformes qui sont traités avec de l’antimoine comme ignifuge. Le CDC attesta alors la valeur élevée obtenue par l’analyse des cheveux et donna le signal de fin d’alerte.

Des échantillons de sang et d’urine ne montrèrent alors aucune augmentation des taux. Une preuve que la mauvaise interprétation de l’analyse des cheveux peut conduire à des erreurs d’appréciation. Une fin d’alerte a aussi été donnée par le CDC dans d’autres cas concernant des concentrations élevées de mercure.

Analyse de drogues et erreurs potentielles

Dans le cadre de l’analyse de drogue en médecine légale, l’analyse de cheveux joue un rôle extrêmement important. L’utilisation de substances illégales peut être détectée pendant des mois, voire des années. La nécessité d’un tel test est importante. Il semblerait qu’on puisse maintenant trouver sur Internet un moyen de résoudre ce problème contre un peu d’argent. Le Zydot® pourrait débarrasser l’urine de toutes les toxines et substances illicites. Le Zydot ultra clean pourrait même nettoyer la matrice des cheveux des drogues et des médicaments.

Le dépistage des drogues dans les cheveux est perfide

Auparavant, on croyait que l’analyse de drogues dans les cheveux fournissait des preuves tangibles. Pour réfuter cela, un toxicologue, le Professeur Volker Auwärter, et son équipe à l’Université de Fribourg (Allemagne) ont avalé des gélules contenant un cannabinoïde synthétique, le dronabinol.

Sur une période d’un mois, ils ont ingéré 2,5 mg par jour. L’ingestion orale permettait de s’assurer que les cheveux ne pouvaient pas être contaminés de l’extérieur. Du THC a en effet été détecté dans le sang des sujets, mais n’était pas présent dans les cheveux et les poils du visage ou du corps. Le produit de dégradation, le THC-COOH, qui est fabriqué exclusivement dans le corps, a quant à lui été retrouvé dans les cheveux.

Auparavant, il a été supposé que la substance atteignait la racine de cheveux par la circulation sanguine et prouvait ainsi que le consommateur ayant un résultat positif avait une consommation active et non une exposition passive au cannabis. Le test réfute cette hypothèse qui est pourtant exploitable au niveau judiciaire. Le métabolite passe par la sueur et le sébum à la surface du cheveu. D’autre part, cela signifie également qu’un échantillon de cheveux négatif n’indique rien à propos de l’utilisation réelle de cannabis.

« Ces nouveaux résultats sont particulièrement utiles dans le cadre de l’analyse des échantillons de cheveux des enfants lors des demandes de droit de garde », selon Auwärter, « car une transmission de cannabinoïde est particulièrement probable lors d’un contact corporel étroit et peut conduire à des conclusions complètement fausses ». Dans plusieurs affaires judiciaires, les parents ont été privés de la garde de leurs enfants parce que des métabolites étaient détectables dans les cheveux des enfants, même si les parents avaient nié avoir donné de la drogue à leurs enfants.

Couper au lieu de souffler ?

Depuis une dizaine d’années, l’historique de la consommation d’alcool peut être obtenu de façon rétrospective par l’analyse de cheveux. Ainsi, les deux marqueurs directs de l’alcool, l’éthylglucuronide (EtG) et les esters éthyliques d’acide gras (FAEE) peuvent être quantifiés.

L’éthylglucuronide est produit dans le foie au cours du métabolisme de l’alcool, même en cas de faible consommation d’alcool. Lors du contrôle de l’abstinence dans le cadre d’un « examen médico-psychologique », l’analyse des cheveux est particulièrement adaptée. Le taux-seuil est de 7 pg / mg. Dans les cheveux, la consommation abusive d’alcool et l’abstinence peuvent être détectées sur une longue période. Dans le cadre de l’aptitude à la conduite, en général, trois centimètres de cheveux près du cuir chevelu sont ainsi examinés et peuvent confirmer la déclaration d’abstinence pendant trois mois en tenant compte d’une valeur seuil.

Dans certains cas, une analyse supplémentaire sur les esters éthyliques d’acide gras (FAEE) peut être utile. Le métabolite est produit à partir d’acides gras libérés par les des graisses qui réagissent avec de l’éthanol pour faire des esters éthyliques d’acides gras. Ils entrent par l’intermédiaire des glandes sébacées dans la matrice des cheveux, où ils sont stockés et répartis sur la longueur au cours de la croissance.

Les métabolites de l’éthanol restent dans le sérum pendant des heures, sont détectables dans l’urine pendant près de sept jours, dans le sang total pendant deux semaines et dans les cheveux pendant des mois. Selon un consensus de la Society of Hair Testing, une concentration de FAEE de plus de 0,5 ng / mg de cheveux et / ou une concentration d’EtG supérieure à 30 pg /mg de cheveux à une distance de 0 à 6 cm du cuir chevelu est interprétée comme une démonstration claire d’une consommation d’alcool excessive et régulière.

Blonde ou brune, cela change tout

L’analyse capillaire en vue de la détection du dopage est autorisée dans certains pays, par exemple en France. Mais elle n’est pas autorisée par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Des résultats positifs seuls ne suffisent donc pas pour obtenir une suspension.

Les colorants et les pigments tels que la mélanine dans les poils peuvent fixer de manière plus importante les substances spécifiques. Ainsi, si les cheveux sont foncés, une quantité plus importante de drogues ou d’autres substances peut être retenue. A l’inverse, dans les cheveux blonds, une quantité moindre de substances est stockée, selon une étude menée par Skopp et al.

Biosurveillance capillaire contrôversée

Les patients, pour lesquels les troubles seraient dus à la pollution, au stress au travail, ou à un manque d’oligo-éléments, ont l’espoir d’obtenir une aide grâce à l’analyse de cheveux.

L’analyse de cheveux dans le but de quantifier la pollution dans l’environnement est de plus en plus souvent offerte au cours de ces dernières années par différents organismes.

Mais dans l’analyse des résultats lors d’étude en médecine environnementale, aucune référence, standard ou valeurs seuils ne sont données. Selon la norme utilisée, les données doivent mettre en relief des variations significatives au cas par cas d’un élément à l’autre et d’un laboratoire à l’autre.

Une conclusion qui donne à réfléchir

Lorsque le dépistage sera utilisé sur de grandes populations, l’analyse des cheveux ne peut, selon la Commission sur la biosurveillance humaine de l’Agence fédérale de l’environnement autrichienne, être utilisée que pour l’évaluation de l’exposition à la nicotine, des composés inorganiques de l’arsenic et du plomb.

L’Agency for Toxic Substances and Disease Registry (ATSDR) américaine prévoit l’analyse des cheveux dans la détermination du taux de méthylmercure afin de déterminer le taux de polluant individuel.

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