Schizophrénie : tout se partage entre frères

29. novembre 2016
Share article

Les facteurs génétiques jouent un rôle important dans les maladies psychiatriques telles que la schizophrénie. Une importante étude a analysé le risque de maladie chez les frères et sœurs des personnes touchées. En conclusion, les médecins devraient être plus conscients que le risque de développer une maladie mentale est plus important.

Le risque de développer un trouble mental est élevé : une étude récente estime que chaque année, 38 pour cent de la population de l’Union Européenne est touchée par une maladie mentale, ce qui correspond à 164,8 millions de personnes. Les troubles les plus fréquents sont les troubles anxieux, les troubles du sommeil, la dépression, les troubles somatoformes et la dépendance à l’alcool ou à la drogue. Ce nombre relativement élevé est également dû au fait que, dans cette étude, les maladies de l’enfance et l’adolescence ainsi que chez les personnes âgées ont été prises en compte.

Pour estimer l’influence des facteurs génétiques dans ces maladies, le risque de maladie chez les parents directs est souvent examiné, en particulier chez les parents et les enfants ou chez les jumeaux mono- et dizygotes. Mais même dans la fratrie de patients souffrant de troubles mentaux graves, le risque de maladie augmente. Donc, les parents de patients schizophrènes ont un risque accru pour déclarer la maladie elle-même, ainsi que des troubles liés à la schizophrénie.

Cependant, il y a peu d’études approfondies qui estiment le risque de maladie dans la fratrie. Récemment, une équipe de recherche a, pour la première fois, pris en compte dans son étude* tous les patients d’un pays qui étaient sous traitement pour un trouble mental grave et a examiné le risque pour leurs frères et sœurs de développer également une forme quelconque de maladie mentale.

Des données des patients de toute l’Israël

L’équipe de recherche dirigée par Mark Weiser du Sheba Medical Center à Ramat Gan (Israël) a examiné le taux de maladie mentale chez les frères et sœurs de 6.111 patients israéliens qui ont été traités pour la schizophrénie, le trouble bipolaire ou la dépression dans un hôpital ou un service de jour de psychiatrie. Ceux-ci ont été comparés à environ 74.900 sujets témoins dont la distribution en âge et sexe était comparable à celle du groupe d’étude. Les données du groupe de contrôle proviennent du « Israeli Population Registry », dans lequel toutes les naissances, les décès, les mariages et les divorces du pays sont enregistrés.

Des chercheurs du King College de Londres et de l’Hospital Clinic de Barcelone ont aussi été impliqués dans cette étude. Les résultats ont été présentés par l’équipe de recherche au Congrès de l’European College of Neuropsychopharmacology à Vienne.

Risque accru dans la fratrie pour la schizophrénie et le trouble bipolaire

Si une personne souffre de schizophrénie, les frères et sœurs ont en général un risque 10 fois plus important de développer également une schizophrénie par rapport à la population générale. Ils avaient aussi un risque 6 à 8 fois plus important de développer un trouble schizo-affectif, et le risque de développer un trouble bipolaire a aussi augmenté de 7 à 20 fois.

Si un patient était traité pour un trouble bipolaire, les frères et sœurs avaient un risque accru de déclarer une maladie mentale : le risque de développer un trouble bipolaire, une schizophrénie ou d’autres troubles psychiatriques est quatre fois plus élevé que dans la population générale. Les frères et sœurs de patients qui sont traités pour une dépression ont également un risque accru de schizophrénie et d’autres troubles psychiatriques. Parmi les autres troubles mentaux qui ont été détectés dans l’étude, il y avait les troubles anxieux, les troubles d’adaptation, le trouble de stress posttraumatique (TSPT), les troubles alimentaires, les troubles dissociatifs, et les troubles de développement et de la personnalité.

1640_psychErkrankungenGeschwister_block

Risque de développer un trouble mental particulier dans la fratrie de patients atteints de schizophrénie par rapport à la population générale (selon l’âge et le sexe). © Mark Weiser, Sheba Medical Center, Israël

Les résultats sont importants pour la pratique clinique

« Ceci est une étude importante et représentative qui fournit des chiffres significatifs sur le risque de maladie mentale dans la fratrie lorsque le frère ou la sœur souffre de certains troubles mentaux », dit Weiser. « Les chiffres sont assez impressionnants, avec une augmentation d’un facteur 10 du risque pour la schizophrénie si un frère ou une sœur a été diagnostiqué avec la maladie ».

Les résultats sont également importants pour la pratique clinique, dit Weiser. « Ils encouragent les professionnels de la santé travaillant avec des patients en soins psychiatriques à se renseigner sur le risque de troubles mentaux chez les frères et sœurs des patients ». Ainsi les médecins pourraient, par exemple, reconnaître plus tôt les symptômes d’alerte précoce chez les parents de patients et donc réagir plus rapidement.

En outre, les résultats sont également utiles pour les chercheurs qui travaillent sur les causes génétiques des maladies psychiatriques selon Weiser. «Ils suggèrent que les mêmes gènes sont associés à un risque accru de déclencher plusieurs maladies mentales ».

Les troubles mentaux sont souvent « liés » génétiquement

Les experts estiment que la plupart des maladies mentales sont causées par une interaction entre la prédisposition génétique et les facteurs de stress environnementaux, comme un traumatisme grave dans l’enfance ou un stress fort. Des études précédentes ont déjà démontré l’existence d’une influence génétique claire dans les principaux troubles psychiatriques. Ainsi, le risque de développer une schizophrénie est de 13 pour cent si l’un des parents est affecté par cette maladie, à comparer aux un pour cent de la population générale. Les parents au premier degré de patients bipolaires ont un risque dix fois plus élevé de développer eux-mêmes la maladie, et un risque trois fois plus élevé de développer une dépression par rapport à la population générale. Et dans le cas de la dépression, l’héritabilité est estimée à 35 pour cent.

Les mêmes gènes de risque semblent jouer un rôle dans différentes maladies mentales : il y a un chevauchement génétique significatif entre la schizophrénie, le trouble bipolaire et la dépression. Des études récentes montrent également que les facteurs de risque génétique impliqués à la fois dans la schizophrénie et le trouble bipolaire sont aussi liés à des différences anatomiques dans le cerveau, qui pourraient à leur tour favoriser l’apparition de maladies.

* Indiquer sur la page le titre du résumé (Abstract Title) « Risk of psychiatric disorders in siblings of patients diagnosed with schizophrenia or affective disorders »

5 note(s) (4.8 ø)
Copyright de l'image: JoyfulErika, flickr / Licence: CC BY

Comments are exhausted yet.

1 commentaire:

Si la fréquence de survenue d’une affection psychiatrique est bien de 38% dans la population européenne, c’est inquiétant. Comme les composantes génétiques demeurent largement méconnues, et surtout encore non modifiables par quelque traitement que ce soit, une seule voie pour faire bouger les lignes demeure.
Pour quelles raisons les cultures humaines que nous avons bâties ont-elles fait le lit de cet ensemble de maladies terribles ?
Pourquoi sommes-nous ainsi  » entrés dans le mur » ?
La psychiatrie ne peut pas échapper à cette réalité. Le veut-elle ?
François-Marie Michaut MD, site Expression médicale http://www.exmed.org

#1 |
  0
Langue:
Suivre DocCheck: