Le suicide dans les chambres d’enfants

15. novembre 2016
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La majorité des enfants qui se suicident est de sexe masculin et ces enfants se suicident chez eux. Un tiers des enfants avaient précédemment communiqué leur intention. Parmi les signes d’alerte, il y a la dépression, mais aussi le trouble de déficit d’attention diagnostiqué.

Jusqu’à présent, les causes et les circonstances des suicides chez les enfants étaient peu connues. Mais récemment, une nouvelle étude a comparé des données concernant des enfants en école primaire (âgés de 5 à 11 ans) avec celles de jeunes adolescents (âgés de 12 à 14 ans) qui se sont tous donnés la mort pour mieux comprendre les raisons du suicide chez les enfants.

Il est rare que des enfants de moins de 11 ans se suicident, mais même à cet âge, cela peut arriver. En 2014, le suicide était la dixième cause de décès chez les enfants américains à l’école primaire. Ainsi, les dernières statistiques de décès des Centers for Disease Control and Prevention américains en 2014 montrent que le taux de suicide est, chez les enfants âgés de 5 à 11 ans, de 0,17 pour 100 000, alors que parmi les 12 à 17 ans, 5,18 sur 100 000 meurent par suicide.

Une étude devrait nous éclairer sur les circonstances des suicides

Les chercheurs dirigés par Arielle Sheftall de l’Ohio State University à Columbus (États-Unis) ont utilisé des données de 2003 à 2012 provenant du « National Violent Death Reporting System » des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), un registre de données d’état dans lequel les informations de toutes les morts violentes aux Etats-Unis sont enregistrées. Dans ce cadre, les données provenant de 17 États américains ont été évaluées par les chercheurs. Dans l’étude, toutes les données des enfants et des adolescents âgés de 5 à 14 ans qui s’étaient suicidés ont été récoltées. Sur le total des 693 cas, 606 concernaient des adolescents âgés de 12 à 14 ans, et 87 étaient des enfants âgés de 5 à 11 ans. Les résultats sont publiés dans la revue « Pediatrics ».

Lors de l’évaluation, quelques similitudes entre les groupes d’âge ont été démontrées : la majorité des suicidés dans les deux groupes était de sexe masculin, les suicides avaient surtout lieu à la maison, et près un tiers des personnes concernées avait une maladie mentale diagnostiquée. Environ un tiers des personnes concernées avait récemment eu un problème à l’école avant le suicide, et un tiers avait également eu une crise. Enfin, dans les deux groupes, de nombreux enfants et jeunes, à savoir 29 pour cent, avaient parlé à quelqu’un au sujet de leur intention suicidaire.

Des différences significatives entre les groupes d’âge

Cependant, il y avait également des différences significatives entre les groupes d’âge. Ainsi, par rapport aux adolescents, les enfants sont plus souvent morts par pendaison, strangulation ou étouffement, et dans le groupe des plus jeunes, les personnes de sexe masculin et noires étaient les plus représentées. C’était le cas de 37 pour cent des plus jeunes, alors que seulement 12 pour cent des suicidés plus âgés étaient noirs.

En termes de diagnostics psychiatriques, les deux groupes différaient aussi : chez les enfants qui souffraient d’un trouble psychique le diagnostic de « trouble déficitaire de l’attention » (avec ou sans hyperactivité) était le plus fréquent. Ce trouble concernait 60 pour cent des enfants touchés, tandis que 33 pour cent avaient un diagnostic de dépression. Mais parmi les adolescents avec un diagnostic psychiatrique, 66 pour cent avaient une dépression diagnostiquée tandis que seulement 29 pour cent souffraient d’un trouble déficitaire de l’attention (avec ou sans hyperactivité).

Le taux de prise d’alcool ou de drogue était faible dans les deux groupes. Néanmoins, au cours de l’autopsie, des opiacés ont été retrouvés dans le corps de 7,5 pour cent des adolescents et 3,9 pour cent des enfants. « Ce fut un résultat surprenant et aussi inquiétant auquel nous devrons accorder une attention spécifique », écrivent les auteurs.

Enfin, chez les 5 à 11 ans, les problèmes relationnels avec les membres de la famille ou les amis apparaissaient plus souvent que chez les 12 à 14 ans, alors que dans le groupe plus âgé, les problèmes les plus communs étaient liés à leur relation avec leur partenaire.

Adapter des stratégies de prévention ciblées

« Les résultats suggèrent que les facteurs à l’origine un suicide chez les jeunes adolescents ne peuvent être totalement transférés sur les enfants à l’école primaire », dit Sheftall. Donc, il se pourrait que les enfants qui se suicident réagissent de manière plus impulsive que les adolescents, plutôt par exemple en cas de problèmes interpersonnels. « Les études futures devraient analyser s’il existe un processus évolutif au cours duquel le risque de suicide chez les jeunes enfants est plus fortement influencé par un comportement impulsif et, avec l’augmentation de l’âge, plus par une humeur dépressive et un stress émotionnel », écrivent les chercheurs.

Jusqu’à présent, les approches pour la prévention du suicide ont porté principalement sur les enfants et les adolescents souffrant de dépression. Ces résultats indiquent, cependant, que des approches de prévention spécifiques sont nécessaires pour les enfants à l’école primaire. « Peut-être que, pour eux, nous devons être plus vigilants sur des caractéristiques comportementales plus typiques », dit Jeffrey Bridge, auteur principal de l’étude.

Des programmes d’intervention durant lesquels les enfants vulnérables apprennent de manière adaptée à exprimer leurs sentiments, à avoir un contact humain positif et à faire face aux problèmes interpersonnels pourraient être utiles. « Les jeunes enfants manquent souvent de vocabulaire pour parler de leurs sentiments ou résoudre un conflit dans le cadre d’une conversation», dit Jill Harkavy-Friedman, vice-président de l’American Foundation for Suicide Prevention. Un exemple est le programme « PATHS » pour promouvoir les compétences émotionnelles et sociales chez les écoliers.

Des pédiatres mieux informés

Mais il est également important que les membres de la famille, le personnel scolaire et les pédiatres soient mieux informés sur la façon de reconnaître les signes avant-coureurs d’un suicide imminent et comment y répondre, indiquent les auteurs. Ces signes avant-coureurs pourraient être, par exemple, une dépression persistante, un éloignement soudain de ses amis et activités ou une augmentation de l’agressivité et l’irritabilité.

« Par ailleurs, des propos qui indiquent des idées suicidaires doivent toujours être pris au sérieux, quel que soit l’âge », dit Harkavy-Friedman. Ainsi, un tiers des enfants et adolescents de l’étude avaient parlé à quelqu’un de leur intention de se suicider.

Cependant, beaucoup ne verbalisent pas de telles intentions, c’est pourquoi les soignants devraient aborder concrètement le sujet, selon Harkavy-Friedman. « Il n’y a pas de problème de demander à un enfant : « Est-ce que tu as parfois l’impression que tu ne souhaites plus être là ? » dit le psychologue. « Cela ne donnera pas à l’enfant l’idée de se tuer. Mais cela ouvrira plutôt la possibilité de parler de ce sujet ».

Des outils de dépistage qui pourraient être utiles

Pédiatres et autres professionnels de la santé pourraient évaluer le risque de suicide à l’aide d’outils de dépistage qui prennent relativement peu de temps. Des études montrent que le risque de suicide est détecté quatre fois plus souvent lorsque les médecins utilisent de telles méthodes.

Enfin, il existe des programmes qui peuvent réduire de manière significative le comportement suicidaire, comme le « SOS – Signs of Suicide Prevention Program ». Ils contiennent également des informations pour les personnes encadrantes, c’est à dire les membres de la famille, les pédiatres et les enseignants, sur comment reconnaître les signes précurseurs du suicide et les étapes à suivre dans ce cas.

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1 commentaire:

etudiante Hafida Finsi
etudiante Hafida Finsi

ces enfants prenaient un traitement pour leur trouble psychologique ou pas?

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