Fœtogenèse : un nouveau cas de paracétanoia ?

18. octobre 2016
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TDAH, autisme, asthme… Le paracétamol pourrait avoir de nombreux effets secondaires indésirables pendant la grossesse. Une nouvelle étude aurait trouvé un lien entre paracétamol et troubles du comportement chez les enfants. Un élan de panique se préparerait-il ?

Comme il n’existe pas d’études contrôlées par placebo randomisées sur les avantages et les risques des médicaments contre la douleur chez les femmes enceintes, il n’y a pas d’autre choix que de compter sur d’autres études moins significatives. Dans le cas du paracétamol, plusieurs études observationnelles ont montré une association entre son utilisation pendant la grossesse et divers troubles tels que le TDAH, l’autisme, l’asthme et la cryptorchidie. En Juillet, une étude espagnole a apporté sa contribution au débat.

L’étude publiée récemment dans JAMA Pediatrics est une étude de cohorte prospective dans le cadre de l’« Avon Longitudinal Study of Parents and Children » (ALSPAC) qui inclut 7796 mères de Bristol, en Angleterre. L’utilisation du paracétamol a été déterminée en utilisant l’un des questionnaires remplis par les femmes entre la 18ème et la 32ème semaine de grossesse et peu de temps après le 5ème anniversaire de l’enfant. Lorsque les enfants ont eu 7 ans, les mères ont évalué les problèmes de comportement de leurs enfants en utilisant un questionnaire sur les « forces et faiblesses » (« Strengths and Difficulties Questionnaire », SDQ).

 

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Formule développée du paracétamol (N-acétyl-p-aminophénol) Source: Wikimedia Commons

L’analyse des données a montré que la prise de paracétamol était régulière : au cours de la 18ème semaine de grossesse, 53% des mères ont rapporté qu’elles avaient utilisé du paracétamol au cours des trois derniers mois, au cours de la 32ème semaine, elles étaient 42%. Les chercheurs ont également constaté que le risque relatif de troubles du comportement et hyperactivité dans le groupe des utilisateurs de paracétamol était de 31 à 42% plus élevé que dans le groupe non-utilisateur. En outre, l’utilisation du paracétamol durant la 32ème semaine de grossesse était généralement associée à un risque accru de 29% de symptômes émotionnels chez les enfants et une augmentation de 46% du risque de développer des troubles du comportement.

Paracétamol sur la liste noire ?

Mais comment utiliser ces chiffres ? Tout d’abord, une étude d’observation de ce type ne peut pas prouver de causalité, c’est à dire que des facteurs non anticipés pourraient avoir influencé les résultats. Une des faiblesses de l’étude est que la prise de paracétamol ne se mesure pas directement, mais a été déterminée par les réponses des femmes, la mémoire joue donc un rôle important ici. En outre, aucune information sur la dose et la durée du traitement par paracétamol n’ont été recueillies.

De plus, les ratios de risque indiqués sont relatifs : en fait, les valeurs absolues sont faibles, parce que les problèmes de comportement ne sont présents que chez 5-6% des enfants d’utilisatrices de paracétamol, et 4-5% des non-utilisatrices (déterminé sur la base du score total du SDQ). Et si l’effet observé du paracétamol n’est pas dû à des artefacts ou des facteurs perturbateurs, il n’aboutit qu’à une petite augmentation d’un niveau de risque déjà faible. C’est aussi ce que remarque la responsable de l’étude, le Dr Evie Stergiakouli, qui met en garde contre tout comportement alarmiste : « Utiliser du paracétamol pendant la grossesse est toujours considéré comme un acte sûr, de sorte que les médecins et autres professionnels de la santé des femmes enceintes ne devraient pas recommander de restreindre l’utilisation du paracétamol. »

Néanmoins, il est important d’étudier le phénomène plus en détail, de faire une estimation plus précise des avantages et des risques du paracétamol sur la base de meilleures données, car jusqu’à présent, en raison de son profil présentant une dangerosité limitée , le paracétamol est considéré comme le médicament de choix pour soulager la douleur chez les femmes enceintes : le paracétamol n’augmente pas le risque de malformations et il n’y a aucune preuve de toxicité fœtale ou néonatale.

Qu’en est-il des alternatives ?

Pendant la grossesse, les femmes sont plus souvent touchées par les douleurs, car en plus des problèmes tels que les maux de tête et les rhumes qui existent même chez les femmes non enceintes, le corps de la femme pendant la grossesse subit des changements importants. Par exemple, le poids supplémentaire joue sur les articulations et la colonne vertébrale, ce qui explique qu’une femme sur deux se plaint de douleurs au dos pendant la grossesse. Si la douleur persiste, cela peut créer un poids psychologique important, ce qui augmente le risque de complications au cours de la grossesse. « Ne pas traiter la douleur ou la fièvre pendant la grossesse comporte des risques, » explique le Dr Stergiakouli, « et cela doit être soigneusement évalué par rapport aux effets négatifs potentiels sur l’enfant. Par exemple, une fièvre non traitée pendant la grossesse peut conduire à des contractions précoces. »

Bien sûr, la douleur au cours de la grossesse doit toujours être traitée de prime abord par des options non médicamenteuses, mais dans de nombreux cas il n’est malheureusement pas possible d’obtenir un soulagement adéquat de la douleur. En alternative, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) tels que l’ibuprofène et le diclofénac peuvent être mis dans la balance, mais ils peuvent causer des effets secondaires gastro-intestinaux graves, tels qu’ulcérations et saignements suite à la prise. Au cours du troisième trimestre, ils sont également contre-indiqués en raison du risque de fermeture prématurée du canal artériel. En outre, les AINS présentent un certain nombre d’interactions médicamenteuses potentielles et il peut également y avoir pendant le traitement des complications cardiovasculaires telles qu’infarctus du myocarde et accidents vasculaires cérébraux ou des insuffisances rénales.

Une alternative dans le traitement de la douleur modérée à sévère, lorsque cela est indiqué, serait l’utilisation d’analgésiques opioïdes, cependant, il existe un risque de dépendance psychique et physique. Il est également prouvé qu’après traitement de la mère, il peut y avoir des symptômes de détresse respiratoire et de manque chez le nouveau-né.

Et maintenant alors ?

Étant donné que tous les analgésiques ont des effets secondaires, aucun médicament ne doit être utilisé sans raison valable pendant la grossesse. Et si des doutes légitimes sont soulevés quant aux avantages ou à la sécurité d’un médicament utilisé de longue date, ils doivent aussi être examinés au cours du traitement. À l’heure actuelle, les données disponibles semblent indiquer que le paracétamol reste le choix le plus sûr parmi les options pharmacologiques disponibles. D’autres études doivent préciser si la consommation maternelle est réellement associée à un risque accru de problèmes de comportement chez les enfants, mais la crainte d’hypothétiques problèmes ne devraient pas amener les femmes enceintes à souffrir inutilement.

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2 commentaires:

Yves Roubeix
Yves Roubeix

TDAH????
Merci Google pour m’avoir fourni la traduction!
Ne nous submergés pas sous les sigles, SVP!!!

#2 |
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Étudiant en médecine humaine

Quid des massages et de la réflexologie ? dommage car on y obtiens de très bon résultats !

#1 |
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