Mauvaises Vibriotions

6. septembre 2016
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L’été est la période des baignades. Mais à cause de l’amibe « mangeuse de cerveaux » ou les vibrions « carnivores », les voyageurs n’en profitent pas pleinement. Les médecins recherchent en tâtonnant des maladies telles que l’encéphalite amibienne ayant des symptômes non spécifiques. Elle commence insidieusement avec un mal de tête.

« Les bactéries tueuses sèment la peur et la terreur », est l’avertissement donné par les médias à ceux qui aiment la baignade. « Dans le golfe du Mexique, des bactéries carnivores font autant paniquer les habitants et les touristes que les attaques de requins. » Les vibrions sont à l’origine de ces gros titres. Leur représentant le plus connus, Vibrio cholerae, déclenche le choléra. Sur le golfe du Mexique, c’est actuellement Vibrio vulnificus qui fait des dégâts. L’année dernière, la mer Baltique a aussi été affectée.

Baignade en compagnie de bactéries

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Vibrio vulnificus, prise de vue au microscope électronique. © CDC

L’entrée de Vibrio vulnificus dans notre corps peut conduire à une fasciite nécrosante. Dans cette infection potentiellement mortelle, les tissus sous-cutanés et le fascia sont touchés. Les patients souffrant de troubles circulatoires, de complications d’un diabète ou d’artérite tabagique sont particulièrement à risque. Les patients ayant une immunodépression ou une immunodéficience présentent un risque élevé. Si des interventions ont eu lieu peu de temps auparavant sur le tractus gastro-intestinal, des infections peuvent aussi apparaître.

Les bactéries pénètrent les plaies et causent une infection fulgurante. Le tissu infecté doit être aussi rapidement que possible enlevé chirurgicalement. Si les médecins détectent Vibrio vulnificus tôt, il est possible d’intervenir avec des médicaments. Entre autres, des tétracyclines en association avec des céphalosporines de troisième génération ainsi que des fluoroquinolones sont administrées. Cela est plus facile à dire qu’à faire : au début apparaissent des symptômes plutôt non spécifiques comme de la fièvre ou une douleur.

Petit nombre – gros effet

Malgré les derniers rapports, il n’y a pas lieu de paniquer selon les chiffres montrés par le Florida Department of Health. En 2012, 26 personnes ont été touchées, et il y a eu neuf morts. Après une hausse en 2013 (41 malades, douze décès), il y a eu une légère diminution en 2014 (32 maladies, sept décès). Pour 2015, l’Administration a déclaré 45 malades et 14 décès. Étant donné que la déclaration des infections à V. vulnificus n’est pas obligatoire, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) n’ont que des données partielles. Les experts estiment qu’il y a 80 000 malades et 100 décès par an aux Etats-Unis. Ils conseillent aux patients à risque de ne pas aller nager avec des plaies ouvertes ou manger des fruits de mer crus. Par comparaison, plusieurs millions d’Américains de baignent dans la mer chaque années, et 3500 personnes se noient.

Amibes égarées

Il y a d’autres mauvaises nouvelles en provenance des États-Unis. Après le décès d’une adolescente de 18 ans des suites d’une méningite, les experts du CDC en ont analysé les causes profondes. Elle était allée récemment dans un parc d’eau vive en Caroline du Nord. Les pathologistes ont trouvé dans le cerveau de la défunte la bactérie Naegleria fowleri, ce qui a permis le diagnostic de méningo-encéphalite amibienne primitive (MEAP).

Le protozoaire a une faible infectivité. On le trouve dans les lacs d’eau douce peu profonde d’Amérique, d’Australie ou du Sud de la France. Les médecins connaissent deux voies centrales d’infection : si N. fowleri entre par les yeux, il créé une kératite sclérosante, soit une inflammation de la cornée. Si de l’eau contaminée est inhalée lors d’activités aquatiques, les unicellulaires remontent le long du nerf olfactif dans le cerveau et déclenchent une MEAP.

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Cycle de vie de N. fowleri: kyste (1), trophozoïte (2), forme flagellée (3), division par promitose (4) et infection (5, 6). Seuls les trophozoïtes infectent les baigneurs. © CDC

Combattre le mal dès son apparition

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Dans de nombreux cas, les médecins ne détectent une méningo-encéphalite amibienne qu’après autopsie, comme dans cette préparation histopathologique. © CDC

Dans cette situation, le plus compliqué est à nouveau la présence de symptômes non spécifiques. Après cinq jours en moyenne, les patients se plaignent de maux de tête, de fièvre, de nausées ou de vomissements. Plus tard apparaissent une raideur du cou, une altération de la conscience, des étourdissements ou une perte de conscience. Beaucoup meurent cinq jours après les premières sensations d’inconfort.

La mortalité élevée (selon le CDC, entre 1963 et 2016, exactement 138 infections avec seulement trois survivants) est due à un certain nombre de raisons. Dans les zones endémiques, les scientifiques ont découvert des titres d’anticorps spécifiques dans le sang de beaucoup de personnes. La plupart des contacts avec N. fowleri ne semble pas induire de maladie grave de sorte que seules les formes sévères sont documentées. De plus, comme les méningo-encéphalites amibiennes primitives font partie des maladies rares, les médecins n’y pensent presque jamais car les symptômes sont non spécifiques. Aux Etats-Unis, ils demandent un historique des activités de loisirs ponctuelles juste avant la maladie.

Si l’infection est détectée tôt, il y a au moins des possibilités pour intervenir. La Food and Drug Administration (FDA) indique l’amphotéricine B comme médicament systémique de choix. La molécule pénètre la barrière hémato-encéphalique, mais plutôt mal. Les médecins doivent donc administrer l’ingrédient actif par voie intrathécale. En cas d’infection oculaire, le kétoconazole, le miconazole, la pentamidine ou la propamidine peuvent entre autres être utilisés.

Pour se protéger, les experts du CDC donnent aux baigneurs des conseils relativement basiques. Dans le cadre de la natation, il faut utiliser des pinces-nez pour empêcher que l’eau contaminée ne soit inhalée. Et s’il n’y a pas d’eau du robinet accessible, il ne faut pas faire de lavages de nez, expliquent-ils un peu plus loin.

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