SEP : guérison par thérapie à haut risque

9. août 2016
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Une méthode radicale semble pouvoir arrêter la SEP, mais le traitement est potentiellement dangereux. Dans un premier temps, les chercheurs détruisent presque totalement le système immunitaire des patients par chimiothérapie. Puis ils leur transplantent des cellules souches autologues.

Les manifestations de la sclérose en plaques peuvent varier considérablement. Mais elles ont une chose en commun : aucun médicament ne peut guérir la maladie. Cependant, si on ne peut pas arrêter la SEP, on peut ralentir son développement. Dans les stades avancés, les médicaments ne sont en général plus efficaces.

Grâce à une nouvelle forme de traitement extrême, des chercheurs ont récemment réussi à parvenir à cet objectif tant souhaité : comme décrit dans une étude [Paywall] publiée dans Lancet, ils ont été en mesure d’arrêter la sclérose en plaques chez un petit groupe de patients. Cependant, un participant est décédé à la suite de ce traitement radical. Les scientifiques de l’Université d’Ottawa ont testé une méthode qui est par ailleurs utilisée dans le traitement de la leucémie : ils ont inactivé le système immunitaire des patients, puis ils leur ont transplanté leurs propres cellules souches hématopoïétiques qui avaient été prélevées auparavant.

Supprimer le système immunitaire

Au cours du traitement de la sclérose en plaques, on a longtemps cherché à supprimer le système immunitaire. Et le problème a toujours été de contrôler les effets secondaires. Les chercheurs canadiens ont été plus loin dans leur tentative : ils ont presque totalement détruit le système immunitaire des patients par chimiothérapie avant de leur transplanter des cellules souches autologues.

Sujets présentant un mauvais pronostic

 Pour leurs expériences, les chercheurs ont choisi dans trois hôpitaux canadiens des sujets avec la SEP qui avaient un mauvais pronostic et étaient déjà clairement touchés par la maladie. Les sujets devaient avoir, selon l’Expanded Disability Status Scale (EDSS), un handicap de 3-6 et étaient âgés de 18 à 50 ans. Dans un premier temps, de la moelle osseuse leur a été prélevée et conservée au titre de réserve. Ensuite, les chercheurs ont stimulé les cellules souches hématopoïétiques des sujets de manière à ce qu’elles passent dans leur sang. Enfin, ils ont séparé les cellules souches obtenues pour la greffe des cellules immunitaires matures en utilisant les anticorps CD34. L’objectif était de supprimer la mémoire immunologique du patient : ainsi le système immunitaire cesse de détruire la myéline. Les sujets ont ensuite reçu sur plusieurs jours des cytostatiques : du busulfan et de la cyclophosphamide, et des globulines anti-lymphocyte T (ATG) de lapin, un mélange d’anticorps contre les cellules immunitaires. 48 heures après la dernière dose de chimiothérapie, les cellules souches des patients leur ont été transplantées.

Patient mort de nécrose du foie

 Chez certains participants à l’essai, le traitement a réussi. La SEP a été arrêtée chez 16 d’entre eux. Au cours du suivi d’une moyenne de six ans et demi, il n’y eut pas de rechute clinique et aucun nouveau foyer d’inflammation dans le cerveau. Certaines déficiences dues à la SEP ont même partiellement reculé. Cependant, dans sept cas, la maladie a continué à progresser en dépit du traitement.

Un sujet n’a pas survécu à cette cure radicale. Une lésion hépatique toxique a bouché ses veines hépatiques, une complication fréquente dans le traitement avec des cytostatiques. Il a également souffert d’une septicémie à Klebsiella. Deux mois après le traitement, le sujet est décédé d’une nécrose hépatique massive. Un autre sujet dû être admis en soins intensifs, lui aussi à cause de troubles hépatiques, mais a survécu. D’autres patients ont développé des effets secondaires graves. Le « taux de survie » se situe dans la gamme habituelle pour une greffe de moelle osseuse, indiquent les auteurs. Les risques étaient connus.

Trop dangereux pour son application

 Même si la guérison réussie de certains sujets semble remarquable, ce procédé ne convient pas dans le cadre d’une application clinique. Le prix que le patient aurait à payer pour un éventuel succès du traitement est trop élevé. En effet, il risque sa vie, bien que la guérison ne soit pas garantie. De plus, la SEP, contrairement à la leucémie, n’est généralement pas une maladie mortelle. On peut même se demander pourquoi une telle procédure risquée a été appliquée.

En outre, le développement de la SEP est difficile à prévoir. Comme chaque patient a des symptômes différents, elle est considérée comme une maladie à 1000 facettes. Chez les participants à l’étude, les scientifiques ont simplement utilisé comme repère la progression significative de la maladie au cours des 10 années suivant l’intervention. On ne peut d’ailleurs pas assurer que leur qualité de vie se détériorerait à un point tel que des actions mettant leur vie en danger sont justifiées. Même pour les patients eux-mêmes, cette décision individuelle est profondément compliquée et difficile à évaluer. Théoriquement, on pourrait essayer de rendre cette approche plus compatible avec cette situation. D’un autre côté, c’est aussi la nature radicale de cette méthode qui a conduit à son succès.

Par ailleurs, comme la période de réflexion et mise en place fut longue, ce traitement extrême remonte tout de même à une autre époque : les chercheurs ont commencé leur étude dès 2000. Depuis, les options de traitement conventionnelles contre la SEP ont été améliorées de manière significative. Ainsi, le traitement (approuvé en Europe depuis 2004) par ester d’acide fumarique réduit de moitié la fréquence des rechutes. La recherche sur la SEP étant en progrès constant, nous devons dans les prochaines années nous attendre à de nouvelles innovations.

L’avenir du traitement de la SEP est donc très probablement dans le développement d’autres médicaments, mieux tolérés.

7 note(s) (4.29 ø)

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3 commentaires:

Docteur en pharmacie Nadir Mrabet
Docteur en pharmacie Nadir Mrabet

Il y a des essais cliniques avec taux de succès inférieurs qui valent néanmoins une AMM.
En recherche, il me semble indispensable de pouvoir se débarrasser de tous les préjugés ou dogmes qui sont le fait de l’archaïsme culturel et/ou philosophique des institutions médicales et politiques européennes.
La culture du sensationnel par la presse est un handicap aggravant. Mais il vaut mieux que l’absence d’informations.

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Xavier Ledent
Xavier Ledent

Je partage assez bien l’avis de Melissa Alexander.
Il est évidemment important de publier tant les échecs que les réussites de recherches scientifiques afin de progresser. Néanmoins, dans un contexte de lecture parcellaire comme on la rencontre souvent sur le web, le titre accrocheur par la combinaison des termes SEP et guérison sont en discordance la tendance générale de l’article et particulièrement avec perspectives évoquées en conclusion.

#2 |
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DR PROF MELISSA ALEXANDER
DR PROF MELISSA ALEXANDER

Ne pensez vous pas, qu’étant une journaliste vous devriez écrire avec plus de prudence et ne pas rechercher le sensationnel à tout prix même si vous pensez apporter une forme d’espoir?????

#1 |
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