OMS : on dirait bien du (café) réchauffé !

26. juillet 2016
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Après que le département spécialisé de l’OMS ait récemment examiné les viandes transformées, c’est maintenant au tour des boissons chaudes. Café ou thé ne seraient soudainement plus cancérogènes, contrairement aux estimations antérieures. Mais une question reste sans réponse : n’est-ce pas dangereux de réchauffer des études anciennes ?

Inoffensif ou cancérogènes ? Cette question est posée par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), une institution de l’Organisation mondiale de la Santé. L’année dernière, des publications sur le risque de cancer lié à la viande faisaient les gros titres. Mais ce n’est pas un cas unique : en 1991, les experts du CIRC avaient classé les boissons avec du café comme « peut-être cancérogènes ».

Les préparations de Mate étaient même « probablement cancérogènes » selon leur conclusion. Les lésions thermiques augmentent le risque de carcinomes à cellules squameuses. Mais les ingrédients aussi étaient la cible des critiques. Il y aurait par exemple des « preuves limitées » dans le cadre du cancer de la vessie chez l’homme.

Au sein du CIRC, les oncologues utilisent cinq catégories : « cancérogène pour l’homme » (groupe 1), « probablement cancérogène » (groupe 2A), « peut-être cancérogène » (Groupe 2B), « inclassable » (Groupe 3) et « probablement pas cancérogène » (groupe 4).

Infusé chaud et bu froid

En raison de l’impact sur la société, la majorité des gens consommant des aliments, des soupes et des boissons avec des températures comprises entre 55 et 70 degrés Celsius, les chercheurs ont repris leurs travaux. Dans « Lancet Oncology », ils ont fait marche arrière sur certains points. Ils ont analysés près de 500 études épidémiologiques avec des orientations, des méthodologies et des qualités différentes parues depuis le classement initial des boissons chaudes. Sur cette base, les scientifiques ont indiqué que les boissons de café ou de Mate préparées selon le style européen, ne sont plus classées comme « peut-être cancérogènes ».

« La nouvelle évaluation les positionne dans le groupe 3, c’est-à-dire « inclassable » » : cela signifie que le CIRC n’a trouvé aucune preuve convaincante d’une association entre la consommation quotidienne de café et un risque accru de cancer dans la population », explique le Professeur Dr. Gerhard Eisenbrand de l’Université technique de Kaiserslautern en Allemagne.

« Au contraire, on peut même observer une réduction du risque de certains cancers individuellement ». Le CIRC mentionne en particulier le cancer du foie et le cancer de l’endomètre. « Cependant, même avec d’autres types de cancer, il y a des indications récentes d’une réduction du risque, par exemple, de cancers de la vessie, de l’œsophage, de la prostate, pour lesquels les travaux doivent être poursuivis », a en outre déclaré Eisenbrand.

Ce nouveau classement surprend. L’an dernier, des scientifiques chinois travaillant avec Wu Weixiang ont obtenu des résultats différents. Ils ont analysé des études de cohorte et des études cas-témoins pour un total de 250 000 participants. Ils obtinrent une relation statistiquement significative entre la consommation de café et le risque de cancer de la vessie. Les fumeurs qui buvaient du café, quant à eux, s’en tiraient un peu mieux.

Bouffées de chaleur dans l’œsophage

Selon leur évaluation, les scientifiques du CIRC ne sont donc pas en accord avec ces résultats. Mais en parallèle, ils mettent en garde contre les aliments très chauds qui peuvent conduire à un cancer de l’œsophage. « La majorité des personnes dans le monde consomment des aliments solides, des soupes et des boissons ayant une température comprise entre 55 à 70 degrés Celsius » a déclaré le Professeur Dr. Daniel Palmes de l’hôpital universitaire de Münster en Allemagne. « Plusieurs essais prospectifs randomisés et méta-analyses ont clairement démontré le lien entre la nourriture et les boissons chaudes et un nombre accru de nouveaux cas de cancer de l’œsophage. » Comme preuve, il a cité des publications parues dans BMC Cancer, et l’American Journal of Preventive Medicine.

Si la fonction de barrière de l’épithélium squameux de notre œsophage est détruite et que des substances cancérogènes, telles que les nitrosamines, le tabac ou l’alcool sont ajoutées, le risque de maladies malignes augmente. Selon Palmes, « le café, cependant, peut à cet égard avoir un effet protecteur en raison de sa haute teneur en polyphénols, antioxydants et anti-inflammatoires et agir potentiellement à long terme comme anticancérogène ». Eisenbrand se réfère aussi à des effets positifs du café. Pour lui, cette boisson aromatique est liée à un risque réduit de maladies chroniques, comme le diabète de type 2. « De nombreuses autres études, d’études en culture cellulaire jusqu’à des études d’intervention contrôlées sur l’humain, soutiennent l’idée que la consommation de café est davantage associée à un effet protecteur sur la santé qu’à des effets indésirables. »

Le fin mot de l’histoire

Mais ces résultats sont-ils vraiment pertinents ? Le Professeur Dr. Ute Nöthlings de la Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn remet cela en perspective avec des agents cancérogènes importants : « Le tabagisme demeure l’un des principaux facteurs de risque modifiables dans le cancer de la vessie », a déclaré Nöthlings. « Pour le cancer de l’œsophage, en plus du tabagisme, la consommation d’alcool est également l’un des facteurs de risque évitables connus ». La science perd également beaucoup de sa crédibilité dans ce type de situation : il est compliqué d’expliquer au grand public qu’un produit d’abord considéré comme risqué devienne soudainement inoffensif. Mais le message principal reste identique : il faut éviter de consommer des aliments et des boissons brûlants.

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