Cellules souches après un AVC : ça (re)part

12. juillet 2016
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Une patiente ayant subi un AVC qui peut marcher à nouveau après l’injection de cellules souches directement dans le cerveau, d’autres patients qui parlent mieux ou déplacent mieux leurs mains : il semblerait que nous ayons jusqu’à présent sous-estimé la capacité de régénération du cerveau.

Dans cette étude conçue sur deux ans, le groupe dirigé par Gary Steinberg, professeur de neurochirurgie à l’Université de Stanford en Californie, a réalisé une étude sur 18 participants dans le cadre de la sécurité, la faisabilité et l’efficacité de l’injection de cellules souches génétiquement modifiées. Tous ces sujets étaient des personnes qui avaient eu un AVC six mois à trois ans plus tôt et dont la rééducation avait atteint un plateau. Les résultats de l’analyse intermédiaire après 12 mois ont été publiés récemment dans la revue Stroke [Paywall].

Grâce au traitement par des cellules souches, des succès importants pourraient être obtenus selon Steinberg : « Une femme de 71 ans, qui, au début de l’étude, était seulement capable de bouger son pouce gauche peut maintenant marcher et lever son bras au-dessus de sa tête ». Des progrès significatifs ont aussi été observés chez les autres sujets. Par exemple, le score Fugl-Meyer pour déterminer la fonction motrice a été augmenté d’une moyenne de 11,4 points ; une augmentation de plus de 10 points est considérée comme cliniquement pertinente. « Les améliorations les plus importantes concernent la force, la coordination, la capacité de marcher, la possibilité d’utiliser les mains et la capacité de communiquer», dit Steinberg.

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Gary Steinberg, professeur de neurochirurgie à l’Université de Stanford et directeur de l’étude sur les cellules souches (© Stanford Medicine)

Les cellules souches mésenchymateuses, une cure de jouvence pour le cerveau

Les chercheurs ont utilisé des cellules souches mésenchymateuses de la moelle osseuse de deux donneurs sains pour l’étude ouverte de phase 1/2A à un bras. Ces cellules allogéniques ont été modifiées génétiquement de sorte qu’elles expriment temporairement une partie du récepteur Notch. La voie de signalisation Notch joue en particulier un rôle important au cours du développement embryonnaire, mais également dans l’organisme adulte dans lequel, par exemple, elle régule la différentiation cellulaire.

2,5×106, 5,0×106 ou 10×106 cellules ont été implantées de manière stéréotaxique dans la région péri-infarctus chez chacun des patients. Les scientifiques ne savent pas encore exactement dans le détail ce que les cellules font à cet endroit, mais il est évident que ce n’est pas ce qu’on a toujours pensé. « L’hypothèse de départ était que les cellules souches se transforment en neurones et restaurent les circuits », a déclaré Steinberg. « Mais cela n’est certainement pas ce qui s’est passé, en particulier pour ces cellules, parce qu’il s’agit de cellules qui ont été obtenues à partir de moelle osseuse, et qui ne peuvent donc pas être transformées en neurones. Au lieu de cela, elles libèrent des facteurs de croissance et des facteurs angiogéniques très efficaces ainsi que d’autres molécules et protéines qui favorisent la plasticité. Expliqué simplement, elle transforment le cerveau adulte en un cerveau de nouveau-né, qui peut particulièrement bien récupérer d’un accident vasculaire cérébral ».

Cellules à vie courte, longue durée d’effet

Une de leurs particularités est que ces cellules souches ont apparemment une durée de vie plutôt courte : dans les modèles animaux, les cellules transplantées ne sont détectables dans le cerveau que pendant un mois. En revanche, les changements qu’ils stimulent pendant cette période semblent être durables, par exemple les effets des traitements cliniques étaient toujours observés deux ans après l’implantation (période d’observation maximale de l’étude). « Cela change toute notre conception de ce qui se passe après un accident vasculaire cérébral et de ce qui se passe après une blessure du cerveau et de la moelle épinière », dit Steinberg. « Nous avions tendance à considérer que les circuits étaient morts ou irrémédiablement endommagés après un AVC. Mais maintenant, nous devons repenser cette hypothèse. Je crois personnellement que les circuits sont inhibés, et que notre traitement aide à inverser l’inhibition. »

Mais cette thérapie n’est pas non plus sans aucun inconvénient. Tous les participants ont subi au cours de l’étude des effets indésirables qui n’étaient apparemment pas directement liés aux cellules souches. Trois participants sur quatre ont souffert de maux de tête, par exemple, qui se sont produits suite à la chirurgie. Mais globalement, il n’y eut pas d’effets secondaires graves qui rendraient le traitement difficilement utilisable. Néanmoins, d’autres études avec un plus grand nombre de participants sont nécessaires pour confirmer l’innocuité et l’efficacité de la thérapie. Steinberg a expliqué qu’une étude de phase 2b avec 156 patients avait déjà été lancée, un tiers des participants recevra comme contrôle un traitement placebo. Si les résultats sont prometteurs, il y aura un essai de phase 3.

La compétition ne dort pas

L’étude de Steinberg a été financée par SanBio, une société américaine basée en Californie qui est spécialisée dans les produits à base de cellules pour le traitement de troubles neurologiques. Toutefois, cette société n’est pas la première à être en mesure de présenter des résultats d’essais positifs avec des cellules souches injectées : l’année dernière, la société britannique ReNeuron avait annoncé avoir complété avec succès une étude de phase 1 chez 11 patients ayant subi un AVC. Les résultats de cette étude appelée PISCES ont cependant été présentés uniquement lors de conférences, une publication officielle est toujours attendue. Mais, cela n’a pas dissuadé cette société de commencer une étude de phase 2 avec 21 patients.

À l’opposé, d’autres entreprises souhaitent éviter l’injection intracrânienne et essayent plutôt d’obtenir une application par voie intraveineuse. Environ 30 études correspondantes sont actuellement en cours, mais selon Steinberg, aucune n’a donné de résultats aussi remarquables que ceux des deux études dans lesquelles les cellules souches ont été implantées directement dans le cerveau. Néanmoins, il y a encore de nombreux obstacles à surmonter, dit Steinberg : « Nous avons encore beaucoup à apprendre, et entre autres quelle est la meilleure cellule pour ce travail, et quelles sont la bonne dose et la meilleure méthode d’administration. » Cependant, il est clair que cette forme de thérapie est une véritable lueur d’espoir pour les patients atteints d’AVC, une opinion partagée par Shamim Qadir de la Stroke Association britannique : « les résultats de cette étude font partie d’un ensemble de plus en plus large de données disponibles qui suggère que les thérapies par cellules souches pourraient aider à la rééducation même des mois ou des années après un accident vasculaire cérébral, ce que beaucoup de gens qui vivent actuellement avec un handicap attendent avec impatience ».

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