Traverser l’enfer

23. octobre 2007
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L'Internet montre ses véritables bienfaits dans le domaine de la médecine psychique. " Virtual Iraq " est un programme thérapeutique qui amène désert et grenades dans la salle de soins des vétérans américains traumatisés. En retournant dans l'enfer virtuel de la guerre, ils pourraient ainsi assimiler les évènements refoulés.

Le nombre des victimes de la guerre en Irak augmente presque tous les jours – et avec lui, le nombre de personnes portant, directement ou indirectement, des séquelles psychiques. Les personnes touchées sont non seulement des proches des civils et soldats tués mais aussi des personnes ayant vécu un évènement traumatisant et qui revoient sans cesse mentalement les images d'un massacre ou d'une situation angoissante.

Retrouver les moments clés par l'exposition virtuelle

Outre des psychologues, des programmeurs de logiciels s'occupent depuis peu des soldats américains qui ont survécu à la guerre en Irak et qui souffrent de stress post-traumatique. À l'université de Californie du Sud, un groupe de travail a été créé à cet effet au sein de l'Institut des technologies créatives . Il a développé un logiciel pouvant aider à resocialiser les vétérans traumatisés par la guerre en Irak. Virtual Iraq fait resurgir des évènements refoulés vécus sur les champs de combat ou lors d'attentats afin de permettre aux personnes touchées de mieux analyser la situation, et parfois même de le faire pour la première fois. Ce n'est pas une nouveauté pour la médecine psychique : certaines maladies liées à l'angoisse telles que les phobies sont traitées par thérapie d'exposition. Il n'y a pas que dans le cas des phobies que l'individu tente d'éviter les situations et les facteurs déclencheurs qui pourraient lui rappeler l'événement traumatisant. Le Dr. Michael Kramer, qui travaille avec le nouveau logiciel dans une des cliniques de l'armée à New-York, affirme que "l'évitement est l'un des principaux symptômes du stress post-traumatique". C'est justement l'évitement qui entretient le traumatisme – l'explosion qui a tué un bon ami, la situation qui a conduit des civils innocents à la mort parce que les soldats craignaient eux-mêmes pour leur propre vie.

Des francs-tireurs arbitrés par presse-bouton

Les scénarios de "Virtual Iraq" ont pour but de le combattre. Les patients ne sont pas brusquement renvoyés à l'instant du traumatisme mais progressivement et de manière contrôlée. Le logiciel dispose de plusieurs scénarios et notamment d'un scénario où le patient voit à l'écran les rues d'une ville typiquement iraquienne et peut s'y déplacer librement. Dans ce scénario, le thérapeute peut volontairement faire apparaître des personnages qui auraient pu, "autrefois en Irak", donner des indications sur une situation potentiellement angoissante et auxquels les patients associent par conséquence un sentiment de peur. Une reconstitution de la situation devenant de plus en plus angoissante s'opère étape par étape et le patient doit l'affronter en tout état de cause. Dans un autre scénario, le patient conduit un véhicule militaire sur une route de campagne et doit faire face à des explosions, des échanges de balles ou autres évènements semblables. Dans ce monde virtuel, il n'a pas la possibilité d'utiliser une arme et il est ainsi confronté à la situation vécue d'une autre manière. Il est primordial que, dans tous ces scénarios, l'exposition paraisse la plus réelle possible. "Une exposition doit déclencher une forte peur pour pouvoir être efficace", déclare Andreas Ströhle, maître de conférences de la Clinique pour psychiatrie et psychothérapie de la Charité à Berlin, qui a tenu une conférence sur la thérapie des phobies et autres maladies d'anxiété mi-septembre au Congrès 2007 des médecins allemands à Berlin.

Comment cet Irak virtuel devient-il le plus réel possible ?

C'est justement le problème qu'ont beaucoup de thérapeutes qui tendent vers cette technique moderne : l'élaboration de scénarios thérapeutiques, comme par ex. la simulation d'une scène en hauteur pour le traitement des personnes atteintes d'acrophobie, devient rapidement coûteuse. Car si la hauteur ne semble pas réelle, cela ne sert à rien. Dans le cas des vétérans américains, c'est un peu différent : il est difficile de créer des situations adaptées pour une thérapie d'exposition dans le monde réel sans avoir à monter des décors de coulisses façon Hollywood ou tourner sur un terrain d'exercice militaire. Dans ce cas, la réalité virtuelle peut rendre possible une exposition thérapeutique. Elle ne doit pas la simuler. Malgré tout, il faut être ici aussi au plus proche de la réalité : "Virtual Iraq" essaie de remplir cette condition à l'aide de bruits de fond et autres effets.

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