Anti-âge : un Forever Young à emporter, s’il vous plaît !

5. avril 2016
Share article

Dans les études animales, une chose fonctionne très bien : la prolongation de la vie grâce à l’alimentation ou aux additifs alimentaires. Mais on en sait beaucoup moins sur la cause. Il semble y avoir quelques points d’interconnexions cruciaux entre l’approvisionnement en énergie cellulaire et les processus de vieillissement.

Europe, la maison de retraite du monde ? Si on en croit les prévisions, dans dix ans, un Européen sur cinq sera âgé de 65 ans ou plus. Dans les pays industrialisés, les centenaires ne sont plus si rares. À l’heure actuelle, l’âge de Mathusalem ne commence plus à 99 ans mais dix ans plus tard. En fait, on pourrait penser qu’il s’agit d’une chance et d’un succès dus à une bonne hygiène et à la diététique moderne permettant, contrairement aux siècles précédents, à plus de personnes de connaître leurs petits-enfants et aussi leurs arrière-petits-enfants.

Les réparations de vieillesse

Malheureusement, plus l’âge avance, plus les facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires, ainsi que pour les maladies neurodégénératives avec comme représentant le plus éminent la maladie d’Alzheimer, augmente. Quiconque veut ralentir le vieillissement, indépendamment de ses bases génétiques, doit veiller à maintenir ses fonctions cellulaires et corporelles. Il doit ainsi maintenir un niveau bas d’inflammation dans son organisme et garder en bonne forme le système immunitaire adaptatif. En bref, il doit garder un risque faible qu’un petit problème devienne un gros dommage.

L’utilisation flexible du combustible ralentit le vieillissement

Au-delà des campagnes anti-vieillissement et des recours qui sont disponibles sur le marché libre, il semble y avoir quelques moyens éprouvés pour prolonger non seulement la durée de vie, mais aussi rester en bonne santé lors des dernières années. Les modèles animaux du vieillissement, des organismes unicellulaires jusqu’aux primates, ont confirmé à plusieurs reprises que la diminution de la prise alimentaire augmente l’espérance de vie.

Cependant, tous les animaux de laboratoire ne répondent pas de la même manière à la restriction calorique de leur régime alimentaire. En comparant, par exemple, environ 40 souches de souris entre elles, les souris qui vivaient beaucoup plus longtemps étaient celles qui maintenaient leurs réserves de graisse malgré un régime alimentaire avec une réduction calorique de 40 pour cent. Lorsque ces souris perdent du poids, la graisse blanche est principalement affectée. Le tissu musculaire humain perd avec l’âge la possibilité d’utiliser le glucose comme énergie. Peut-être, spéculent certains experts, la fourniture limitée de sucre pourrait conduire à entraîner la flexibilité des cellules. La possibilité de brûler divers substrats, qu’il s’agisse de glucose ou d’acides gras, est donc susceptible de prolonger la vie.

Les capteurs d’énergie : mTOR, SIRT et AMPK

Mais comment fonctionne dans le détail l’interaction entre la disponibilité limitée de nutriments, l’ajustement correspondant du métabolisme et la longévité ? Un rôle clé dans la chaîne de signal entre les contrôleurs pour ces deux domaines semble venir, entre autres, de mTOR (mechanistic Target of Rapamycin). La sérine-thréonine kinase fonctionne comme une sorte de capteur d’énergie intracellulaire. Les facteurs de croissance ou un excès d’acides aminés dans la cellule activent mTOR et veillent à la coordination générale du métabolisme global et la croissance cellulaire sur les niveaux de nutriments disponibles. L’inhibition de mTOR est à l’origine de nombreux modèles animaux pour une prolongation de la vie. Ainsi, cette enzyme semble être un point central dans le couplage du « vieillissement » et de « l’alimentation ».

Cela vaut également pour les sirtuines. Elles jouent un rôle dans la désacétylation NAD-dépendante des histones et des protéines non-histones. L’un des sept membres de la famille, SIRT1, est, au moins chez la souris, régulé par l’approvisionnement alimentaire. Chez les souris avec surexpression de SIRT1 dans le cerveau, les scientifiques observent peu de changements liés à l’âge dans les mitochondries des souris âgées. Ces rongeurs dans la phase finale de leur vie étaient toujours actifs, avec des déplacements et une consommation d’oxygène correspondants.

L’AMPK (kinase dépendante de l’adénosine monophosphate) joue aussi probablement un rôle important dans le couplage énergie-durée de vie. En cas d’épuisement en ATP intracellulaire, la cellule s’assure que les molécules de stockage avec un contenu énergétique plus faible comme l’ADP et l’AMP sont disponibles. L’AMPK régule donc la consommation d’énergie dans la cellule et assure une utilisation des ressources avec parcimonie. Globalement, d’autres protéines en particulier mitochondriales apparaissent aussi comme pouvant influencer la durée de vie directement ou indirectement. Les radicaux oxygénés réactifs, précédemment décriés comme cytotoxiques, favorisent même la longévité selon de récentes conclusions. Et cela peut-être aussi parce qu’ils fournissent l’impulsion pour le renouvellement des organites cellulaires.

Immunosuppresseur et extrait de vin rouge

Qu’en est-il dans la pratique ? Si nous savions toujours exactement où nous devons attaquer, la voie pour trouver la pilule appropriée ne devrait pas être trop difficile. L’un des plus célèbres, mais aussi les plus discutés, activateurs de protéines SIRT est le resvératrol, le fameux polyphénol du vin rouge. Curieusement l’ajout de resvératrol a augmenté la vie de souris ayant une nourriture maigre ou hautement énergétique, mais pas celle des animaux nourris « normalement ». Des études humaines ont montré que le resvératrol agit efficacement contre la calcification des artères coronaires et en particulier chez les personnes en surpoids conduit à un métabolisme actif et l’amélioration de la fonction musculaire. Mais le mécanisme exact d’action conduisant à ces résultats n’est pas encore connu.

La rapamycine a été présenté par l’US National Institute of Aging comme un remède prometteur contre le vieillissement. La substance active provenant des bactéries a été longtemps utilisée comme un immunomodulateur pour les transplantations d’organes et dans le traitement des tumeurs du rein. Chez la souris, des prises de rapamycine prolongent la durée de vie, en particulier chez des souris femelles, de 10 à 20 pour cent, probablement à cause de l’inhibition du complexe mTOR. Le traitement à court terme affaiblit le système immunitaire et abaisse les niveaux d’insuline. Cependant, un traitement prolongé apporte une amélioration de la sensibilité à l’insuline et le métabolisme est stimulé. La vigilance du système immunitaire est aussi améliorée. Des études montreront probablement au cours des prochaines années que la rapamycine permet aux personnes âgées en bonne santé d’avoir une vie saine plus longue. Pour le moment des études sur les singes doivent confirmer les bons résultats obtenus chez les souris.

Anti-âge sur ordonnance ?

Des effets similaires à la réduction des calories sont également provoqués par la metformine, précédemment connue comme agent médicamenteux chez les diabétiques. Les souris âgées prenant de la metformine vivent non seulement plus longtemps et en meilleure santé, mais sont également moins sujettes aux cancers. Des doses plus élevées sont nuisibles, mais de petites quantités de metformine permettent une plus grande activation de l’AMPK, une meilleure absorption du glucose et une oxydation efficace des acides gras. L’étude TAME (Targeting Aging with Metformin) vérifie actuellement que ces résultats sont aussi vrais chez les humains. Au moins les diabétiques qui prennent la metformine ont un risque réduit de cancer. Les organisateurs de l’étude TAME admettent ouvertement qu’ils souhaitent convaincre la FDA américaine de reconnaître le vieillissement comme une maladie qui peut être traitée avec des agents pharmacologiques.

L’intervention dans le métabolisme de l’insuline dépend apparemment étroitement du processus de vieillissement. Une diminution de la signalisation de la voie de l’insuline / IGF-1 (Insulin-like Factor-1 Croissance) est également liée à des jours supplémentaires dans la vie d’une souris de laboratoire.

Le vieillissement est un processus individuel

Il est encore relativement peu clair dans quelle mesure tous ces nœuds métaboliques sont interconnectés et interdépendants. Il est probable que les tests des agents anti-vieillissement se concentrent sur un marqueur spécifique du processus de vieillissement dans la réalité. Par exemple, la dégradation musculaire chez l’homme apparaît assez tôt au cours de sa vie, alors que la capacité mentale réduite ne peut être déterminée que très tard. L’augmentation de la proportion de matière grasse dans le poids corporel est finalement très différente entre les individus. Beaucoup d’agents mentionnés et éprouvés dans des expériences animales ont finalement des effets secondaires importants. La rapamycine affecte la vue et conduit à une dégénérescence des testicules.

Approches multimodales nécessaires

Le vieillissement n’est, contrairement aux maladies oncologiques ou neurologiques bien décrites, pas un processus défini, qui peut être étudié clairement basé sur des symptômes typiques. Même avec l’utilisation de souris consanguines et des aliments standardisés, les résultats des études montrent une énorme variabilité qui se reflète dans une certaine mesure chez certains animaux par une durée de vie raccourcie. L’absence de biomarqueurs appropriés dans les processus de vieillissement pathologique a empêché que l’anti-vieillissement n’avance dans la clinique. Une recherche qui se concentre sur une étape métabolique unique a peu de chance de conduire à un agent retardateur du vieillissement universel.

Cependant, s’il est possible d’obtenir des opérations de réparation et de pièces de rechange pour le corps aussi longtemps que possible, si nous pouvons faire que la vigilance du système immunitaire ne baisse pas au-delà de 70 ans, alors nous avons une bonne stratégie anti-vieillissement. De nombreux troubles ne surviennent que dans la seconde moitié de la vie. S’il était possible de les reconnaître et de les traiter avant même leur déclenchement, cela permettrait probablement non seulement de prolonger la vie, mais aussi de vieillir selon nos désirs.

6 note(s) (5 ø)

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: