Un clic de souris plutôt qu’une souris de laboratoire

18. décembre 2007
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Gène immunisé contre le cancer découvert chez une souris ... La protéine NF-kappa B rend la peau des souris plus jeune ... On entend ce genre d'informations presque tous les jours. Des expérimentations animales anodines ? Les opposants aux expérimentations animales voient cela d'un autre œil. Ils prêchent pour des méthodes alternatives, parmi lesquelles les tests sur ordinateur. Des chercheurs de Bâle ont cependant constaté les limites des expérimentations assistées par ordinateur.

Remplacer, Réduire et Raffiner

Les images abominables d'expérimentations animales, montrant des êtres vivants mutilés, manipulés génétiquement, disséqués et engoncés dans des appareillages d'expérimentation, ont toujours suscité la compassion. Elles ont cependant toujours apporté des résultats au bout du compte. Depuis quelques années, les chercheurs réfléchissent de plus en plus à des méthodes d'expérimentations alternatives ou moins cruelles. Tous les efforts se basent sur la règle des 3R de Russell et Burch qui fut publiée en 1959 sous le titre  » The Principles of Humane Experimental Technique « . Trois R comme Remplacer, Réduire et Raffiner.

La course du lièvre et de la tortue

Dans la plupart des pays européens, la législation sur le contrôle des expérimentations animales repose aujourd'hui sur ces règles de conduite. Depuis des années, des incitations financières pour la recherche sont proposées au niveau national et européen pour le développement d'autres méthodes conformes à la règle des 3R. Des résultats considérables ont ainsi pu être atteints. Mais les progrès réalisés dans la recherche médicale anéantissent les efforts de suppression des expérimentations animales. La situation serait cependant bien pire sans le principe des 3R, comme des tests toxicologiques sur ordinateur menés en Suisse le montrent.

Des tests toxicologiques sur ordinateur

En Suisse, de nombreuses fondations dont celles de la Confédération Suisse et de l'industrie pharmaceutique encouragent financièrement la recherche et le développement des méthodes d'expérimentations alternatives. Le laboratoire Biographics Laboratory 3R situé à Bâle bénéficie de cette aide. L'organisation à but non lucratif a été fondée en 1990 par le Professeur Dr. Angelo Vedani – également professeur enseignant à l'université Bâle – et a pour but d'utiliser des technologies informatiques pour réduire et remplacer les expérimentations animales dans la recherche biomédicale. Les scientifiques autour du Prof. Dr. Vedani se concentrent depuis quelques années sur le développement de logiciels grâce auxquels des tests toxicologiques peuvent être menés sur ordinateur pour des substances médicamenteuses et des produits chimiques – un domaine où la majorité des expérimentations les plus cruelles sont apparemment menées dans le monde entier.

Computer-Aided Drug Discovery

Le cœur de leur trouvaille est un logiciel spécifique par lequel des relations quantitatives de structure activité (QSAR) peuvent être établies par le calcul. Chaque bloc constitutif repose sur la technologie Computer-Aided Drug Discovery (CADD). L'objectif des chercheurs est de réduire voire supprimer le nombre des expérimentations animales aussi bien lors de tests toxicologiques que dans la recherche médicamenteuse. Le système, appelé VirtualToxLab, a été mis à disposition des universités, hôpitaux et des centres de validation en  » test peer  » gratuitement depuis peu, nous informe le Professeur Dr. Vedani. L'industrie pharmaceutique devrait également pouvoir l'utiliser début 2008, mais en payant.  » Le VirtualToxLab fonctionne sur notre propre réseau Unix. L'utilisateur autorisé peut introduire ses substances sur Internet et obtient le potentiel toxicologique, c'est-à-dire qu'il a juste besoin d'un ordinateur relié à Internet « , nous explique Vedani au sujet des pré-requis techniques. Et comment fonctionne le système ?  » Le logiciel calcule la force de liaison entre une substance active et un ou plusieurs récepteurs responsables de la transmission d'un effet toxicologique (par ex. récepteur œstrogène ou dioxine). Si la liaison est forte, il est fort probable qu'il y aura des effets secondaires « .

La toxicologie in silico : une goutte dans l'océan

Le CADD n'est pas une nouveauté à proprement dit. L'élaboration de médicaments par ordinateur est utilisée aujourd'hui dans toutes les entreprises pharmaceutiques, notamment pour l'optimisation de l'effet principal d'une substance médicamenteuse. La nouveauté de VirtualToxLab vient du fait que le logiciel reconnait les effets secondaires et la toxicité d'une substance médicamenteuse et de produits chimiques dans l'environnement. Les tests de toxicité ne pouvaient être menés jusqu'à présent que sur des animaux, explique Vedani. Cette technologie, également connue sous le nom de toxicologie in silico, est un pas de plus vers la suppression des expérimentations animales. Les experts s'entendent cependant pour dire que l'on est encore loin du but. L'organisme humain est trop complexe pour le résumer à des bits et des octets.

Les tests toxicologiques permettent un dépistage sûr

L'ordinateur est-il alors impuissant ? Vedani :  » VirtualToxLab permet de réduire le nombre des expérimentations animales par médicament allant être lancé sur le marché. Il n'est pas envisageable d'utiliser une substance pour en faire un médicament si celle-ci présente un fort potentiel toxicologique. Une telle substance n'est ni fabriquée chimiquement, ni testée sur des animaux. Mais si, en raison de procédés toujours plus performants, l'industrie pharmaceutique fabrique des médicaments de plus en plus vite et les met sur le marché, le nombre total des expérimentations animales ne pourra alors pas vraiment diminuer. On ne peut cependant pas en faire le reproche aux méthodes alternatives. C'est comme pour un catalyseur : il est efficace et réduit le dégagement des substances toxiques mais si chacun utilise deux fois plus sa voiture, l'environnement n'en aura aucun bénéfice. Grâce aux tests toxicologiques, on peut aujourd'hui dépister in silico des substances au potentiel dangereux, c'est-à-dire qu'on a plus besoin de tester de telles substances sur des animaux « .

Le nombre des expérimentations animales a augmenté dans l'Union européenne

Les statistiques européennes confirment les dires de Vedani : les statistiques sur les expérimentations animales publiées récemment et pour la 5ième fois montrent une augmentation de 12 % en 2005 par rapport à 2002. Ce chiffre est cependant trompeur car il comprend pour la 1ère fois les expérimentations animales des 10 nouveaux états de la Communauté européenne. En ne prenant en compte que les anciens états, il y aurait un accroissement de 3,1 % en 2005 par rapport à 2002 selon le communiqué de presse de l'association allemande Médecins contre les expérimentations animales. La répartition par secteur indique que la plupart des expérimentations animales sont menées dans la recherche médicale fondamentale, notamment dans le secteur des biotechnologies.

Une puce plutôt que 100 tests sur les souris de laboratoire

Le centre de recherche Jülich attribue depuis 2001 des fonds du BMBF pour la recherche de méthodes alternatives à l'expérimentation animale dans le secteur des biotechnologies. Dr. Manfred Hansper, responsable du projet, a aussi constaté une augmentation des expérimentations animales dans la génomique fonctionnelle ces dernières années. Les souris notamment transgéniques jouent ici un rôle important dans l'analyse de fonctions génétiques spécifiques. Selon Hansper, le nombre des expérimentations animales ne relève pas uniquement d'un problème éthique mais aussi d'un problème économique. Car la méthode in vivo est chère et incertaine. C'est pourquoi on aurait besoin de plus de projets comme celui de l'institut Max Planck dans le domaine de la génétique moléculaire. Les chercheurs travaillent sur une méthodologie in vitro pour la transfection s'effectuant par des robots sur une puce de verre. Une telle puce peut permettre d'économiser jusqu'à 100 expérimentations animales. Hansper affirme que le résultat est meilleur dans le contrôle produit, par ex. dans le contrôle des lots de vaccins.

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