Cancer dans la zone non-fumeurs

18. décembre 2007
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Le tabac accroit le risque de cancer du poumon comme aucun autre facteur de risque. Le cancer du poumon touche aussi cependant beaucoup de personnes qui n'ont jamais fumé. Certains chercheurs sont entre temps persuadés qu'il existe un cancer du poumon particulier aux non-fumeurs.

Le cancer du poumon continue d'être dangereux pour l'homme : environ un million de morts dans le monde par an, 25 000 en France. Il est la première cause de mortalité chez l'homme ; il est derrière le cancer du sein et du colon chez les femmes. Un patient, qui apprend qu'il a une tumeur cancéreuse au poumon, a une probabilité moyenne de vie de 14 % seulement 5 ans après.

" C'est votre faute ! Vous fumez trop ! ". Souvent, les patients sont confrontés non seulement à une thérapie difficile mais aussi aux commentaires désobligeants de leur entourage. Toutefois, si le tabac fait augmenter de 20 fois le risque d'un cancer du poumon, une personne sur 4 ne fumant pas est également touchée. Donc si la cigarette ne peut pas être considérée comme source de risque numéro 1 chez les non-fumeurs, il doit y avoir d'autres facteurs responsables du cancer. Des études tendent effectivement à démontrer que le cancer se développe de manière différente chez eux par rapport aux dépendants du tabac.

Recherche de traces chez les mutations oncologiques

Le cancer à petite cellule représente environ un cinquième de tous les cas de cancer du poumon et touche presque exclusivement les fumeurs. L'adénocarcinome est le cancer prédominant chez les non-fumeurs et apparait de manière générale aussi souvent que la tumeur épithéliale alors que le cancer non à petites cellules est plus rare. La répartition des cas par sexe laisse place à beaucoup de spéculations : de manière générale, il y a 2,5 fois plus d'hommes que de femmes touchés par le cancer du poumon mais la situation s'inverse en ce qui concerne les non-fumeurs. C'est ce qu'a montré récemment une étude suédoise : 20,8 femmes pour seulement 13,7 hommes. Les auteurs pensent que les femmes non-fumeuses seraient plus souvent exposées à la fumée de leurs partenaires ou collègues de travail que les hommes. Ali Gazdar de l'université Texas à Dallas explique que cela ne suffit cependant pas à expliquer le fort taux de cancers du poumon chez les non-fumeurs.

Cela vaut aussi pour les polluants atmosphériques ou les produits nocifs pour l'environnement. L'exposition accroit aussi le risque de développer un cancer du poumon. Aucun de ces facteurs ne joue un rôle aussi important dans l'apparition du cancer du poumon que la consommation de tabac.

Quelles différences sont donc responsables du diagnostic inattendu de cancer du poumon chez les abstinents ? Les généticiens, plus que les épidémiologistes, semblent être sur une piste. Des mutations au niveau du gène EGFR (Epidermal Growth Factor Receptor) sont les premières transformations de l'ADN associées aux non-fumeurs. Les fumeurs présentent chez cet oncogène de la famille des récepteurs à activité tyrosine kinase beaucoup moins de mutations; c'est ce qu'a découvert un groupe de travail du Sloan-Kettering Center à New York l'année dernière. L'inverse vaut pour l'oncogène K-ras et le gène suppresseur de tumeur p53 qui se trouve modifié plus souvent chez les fumeurs. D'autres différences interviennent également dans la méthylation de l'ADN.

Les non-fumeurs survivent plus longtemps

Les non-fumeurs ont apparemment plus de chance dans le traitement de la tumeur. Indépendamment des progrès de la maladie, de la thérapie et de la co-morbidité, ils vivent plus longtemps leur combat contre le cancer. Des études de Floride et Californie font apparaitre qu'ils peuvent vivre plus de 5 ans. La thérapie avec les inhibiteurs d'EGFR semble notamment avoir du succès chez les non-fumeurs. Par contre, des médecins du Sloan Kettering Centers ont pu constater 4 fois plus de taux de réponse chez un adénocarcinome métastasant. Robert Pirker, oncologue à l'hôpital général de Vienne, a aussi démontré dans une interview récente les opportunités qui ressortent des différentes formes de la tumeur : "Les données montrent clairement que les non-fumeurs réagissent mieux à une thérapie avec le nouvel inhibiteur de tyrosine kinase que les fumeurs".

D'autres thérapies prometteuses augmentent également l'espérance de vie des malades. L'Agence européenne des médicaments a agréé en août l'inhibiteur de l'angiogenèse Bevacizumab. Il eut dans un premier temps une durée de vie moyenne de plus d'un an dans une étude de phase III pour un cancer du poumon non à petites cellules.

La carte du génome du cancer du poumon

" Nature " a publié il y a quelques jours une carte du génome de l'adénocarcinome dans le poumon. 57 gènes présentaient souvent des modifications ou manquaient aux contrôles. Le gène NKX2.1 s'est avéré particulièrement intéressant pour les chercheurs. Il code pour un facteur de transcription qui est modifié spécifiquement dans l'adénocarcinome et qui influence la croissance de la tumeur. Les nouvelles données pourraient peut-être nous aider à expliquer l'apparition du cancer du poumon chez les non-fumeurs.

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