Un soutien-gorge révolutionnaire

18. décembre 2007
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Le T-shirt capable de surveiller l'électro-cardiogramme n'a pas été un grand succès. Mais des chercheurs ingénieux s'aventurent aujourd'hui un peu plus loin : un soutien-gorge devrait à l'avenir donner l'alarme aux femmes développant un cancer du sein. À quand la biopsie mobile ?

C'est tout de même difficile à imaginer : un chercheur d'une université renommée prépare un soutien-gorge à sa table de travail. C'est pourtant ce qui s'est passé au Centre for Materials Research and Innovation de l'université de Bolton en Angleterre. Un groupe de scientifiques autour du Professeur Elias Siores y a mis au point ces derniers mois une invention permettant de combattre le cancer du sein et qui utilise des micro-ondes plutôt que des rayons X. Il s'agit d'un vrai wonder-bra, un soutien-gorge intelligent qui tire la sonnette d'alarme quand celle qui le porte développe un cancer du sein.

Le cancer communique par micro-ondes

Ceux qui s'imaginent maintenant que les inventeurs ont fabriqué un mini-mammographe ou un mini-IRM n'ont ni tort ni raison. Le soutien-gorge de Siores ne marche ni avec des rayons X, ni avec de la résonance magnétique mais avec des micro-ondes. Celles-ci ne sont toutefois pas émises mais sont captées par une antenne enfouie dans le tissu du soutien-gorge. Ces informations sont transmises par des polymères conducteurs et arrivent finalement à une unité de contrôle qui analyse les données.
Le principe est celui de la détection de chaleur : les tumeurs peuvent être identifiées " par thermomètre " car la température dans le tissu cancéreux est différente de celle dans le tissu sain. Ce n'est cependant pas une simple prise de température. Ce qui compte, c'est le "delta" et donc les variations de température au sein même du tissu. Imaginez sinon le problème qui se poserait avec des femmes en train de faire du sport et à qui on diagnostiquerait un cancer du sein ! Siores explique : " L'activité métabolique et la circulation sanguine sont presque toujours plus élevées autour de lésions précancéreuses que dans les tissus normaux. L'antenne à micro-ondes peut détecter ces différences de température avec une forte sensibilité ".

Prochainement dans votre magasin de lingerie …

La technique est tellement simple, explique Siores, que ce soutien-gorge pourra être prochainement commercialisé, même si ce n'est pas pour Noël 2007. " Nous pensons que le soutien-gorge sera produit dans les prochaines années ", dit l'inventeur qui précise que ce vêtement pourrait aussi être utilisé pour surveiller l'efficacité d'une thérapie anti-cancéreuse. " Il n'y a aucun risque pour la santé et nous ne pensons pas qu'un tel soutien-gorge coûtera plus qu'un soutien-gorge traditionnel ".
Ce soutien-gorge préventif ne serait cependant pas la première invention de ce genre à être un flop commercial. Il y a quelques années, des chercheurs australiens ont conçu un soutien-gorge de sport avec des capteurs limitant activement les mouvements des seins lors de séances de sport. On en a plus jamais entendu parler. Or, le soutien-gorge révolutionnaire d'Angleterre pose des tas de questions qui laissent à penser qu'une utilisation de masse sera difficile. Les femmes portant des textiles thermosensibles pourraient recevoir de fausses alarmes. Un soutien-gorge qui commence tout à coup à donner l'alarme pendant une interprétation du Lac des Cygnes de Tschaikovsky alors que la spectatrice " bouillonne " tout juste d'émotion ne devrait pas avoir un grand succès. Et même si le tout fonctionne sans bruit, que devrait faire une femme qui apprend le soir que son soutien-gorge a soupçonné 3 fois le jour même qu'elle a un cancer du sein ? Aller calmement au lit ? Ou bien courir passer une mammographie ?

Les caisses d'assurance maladie doivent donner leur avis

Ce soutien-gorge pourrait cependant trouver un débouché dans certains cas : si certaines femmes prennent au sérieux les programmes de dépistage – et ne profiteraient pas vraiment de cette alarme supplémentaire -, d'autres cependant ne les suivent pas et pourraient en bénéficier. La question est de savoir si une femme hostile aux programmes de dépistage serait prête à porter un soutien-gorge médical préventif. Mais peut-être que l'on pourrait suivre l'exemple des Pays-Bas pour le cancer du col de l'utérus : celles qui ne participent pas aux programmes de dépistage reçoivent spontanément un test rapide de détection du virus humain papilloma. On pourrait alors imaginer qu'une française, qui boycotte les programmes de dépistage, se voit attribuer ce soutien-gorge de nouvelle génération dans l'espoir qu'elle passera une mammographie après avoir eu plusieurs (fausses) alarmes. Resterait à éclaircir la question de la taille du bonnet …. La carte vitale pourrait cependant y donner une réponse.

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