Cancer du sein : la stratégie sans sucre

8. mars 2016
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Le sucre augmente le risque de cancer du sein et de ses métastases dans les poumons. La raison de ceci pourrait être la formation accrue d’un acide gras qui augmente la réponse inflammatoire dans le corps selon une équipe de chercheurs américains. Alors, bas les pattes sur le sucre ?

L’acide arachidonique est le point de départ. Les organismes animaux peuvent soit le synthétiser eux-mêmes à partir d’un acide gras oméga-6 essentiel, l’acide linoléique, ou l’obtenir à partir de l’alimentation. Puis, une enzyme appelée cyclooxygénase (COX) métabolise l’acide arachidonique en diverses prostaglandines et thromboxanes. Mentionnons ici, par exemple, la prostaglandine E2 (PGE2), qui est impliquée entre autres dans le processus inflammatoire. Mais la lipoxygénase (LOX) peut aussi métaboliser l’acide arachidonique en une gamme de produits qui favorisent l’inflammation et l’entretiennent. Les LOX sont une famille d’enzymes cytosoliques, dont la classification s’effectue en fonction de la position du groupe hydroperoxy (groupe HOO). Chez les mammifères, on distingue une 5-lipoxygénase (5-LOX), un 12-lipoxygénase (12-LOX) et une 15-lipoxygénase (15-LOX).

La concentration des différents isoformes de LOX est dépendante du tissu. Les plaquettes, par exemple, ne contiennent que la 12-LOX et ne peuvent donc produire que de l’acide 12-hydroxyperoxyeicosatétraénoïque (12-HPETE). Etant donné qu’il existe à la fois la 12-LOX et la 5-LOX dans les leucocytes, ils peuvent former aussi bien du 5-HPETE que du 12-HPETE. Les HPETE sont instables et sont convertis, entre autres, par les peroxydases en hydroxy-acide gras correspondants (HETE). Les isoformes les plus courantes de la 12-LOX sont, selon les auteurs, du type plaquettes (12-LOX-P), du type leucocyte (12-LOX-L) et du type épiderme (12-LOX-E). Cette dernière, cependant, n’a été observée que chez les souris.

Le sucre et le cancer du sein

L’étude [Paywall] du groupe du professeur adjoint Peiying Yang est parue début Janvier dans la revue Cancer Research. Pour leurs recherches, ils ont utilisé des souris avec un risque génétique accru de cancer du sein. Celles-ci ont été séparées en quatre groupes aléatoires à l’âge de cinq semaines, et alimentées avec différentes quantités de saccharose (0 g/kg, 125 g/kg, 250 g/kg, 500 g/kg). Fait intéressant, la quantité de sucre consommée n’a pas affecté le poids corporel des petits rongeurs. À l’âge de six mois, 30 pour cent des animaux du groupe contrôle avaient des tumeurs mesurables. Si la consommation de sucre augmentait dans le régime alimentaire, cela ne conduisait pas automatiquement à des taux de maladie plus élevés.

Alors que chez les souris des groupes de saccharose 125 g/kg et 250 g/kg, 50 pour cent et 58 pour cent étaient malades, les scientifiques ne purent détecter des tumeurs mesurables chez les animaux qui avaient reçu le plus de saccharose par kilogramme « que » dans 50 pour cent des cas. D’autres tests ont montré que les rongeurs du groupe saccharose 250 g/kg comparés aux souris témoins étaient non seulement plus susceptibles de souffrir d’un cancer du sein, mais aussi que le tissu tumoral étaient également en moyenne plus lourd de 50 mg. Les auteurs ont interprété cela comme un signe que la consommation de sucre promeut à la fois l’origine du cancer mais augmente également la prolifération des cellules du cancer du sein. En outre, les chercheurs ont constaté que par rapport au groupe de contrôle, la concentration de 12-LOX a été augmentée et plus de deux fois (2,6 fois) plus de 12-HETE était présent. Les scientifiques ont ensuite examiné les tissus des souris qui avaient été nourries avec 500 g/kg de saccharose. Dès l’âge de trois mois, les petits rongeurs avaient des adénomes dans leurs glandes mammaires. Chez les souris-contrôle, cependant, les chercheurs ont constaté une légère hyperplasie.

Fructose dangereux ?

Récemment, les scientifiques américains se sont posé la question de savoir quelle est exactement la source de tous ces maux : le fructose ou le glucose, étant donné que le disaccharide saccharose est composé d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose ? Il est séparé en éléments individuels par des glucosidases spécifiques. Dans une autre étude sur animal, les rongeurs ont par conséquent reçu un régime alimentaire, soit enrichi en saccharose (250g/kg), en glucose (125 g/kg), en fructose (125 g/kg), ou en glucose et en fructose (125 g/kg + 125 g/kg). Le résultat : en comparaison avec les souris qui n’avaient pas consommé de sucre, les animaux qui avaient reçu le fructose avaient à la fois des tumeurs plus grosses et plus de métastases dans les poumons (1,9 ± 0,4 par souris du groupe saccharose, 2,2 ± 0,4 par souris du groupe de fructose, 2,6 ± 0,8 par souris du groupe fructose et glucose vs 0,4 ± 0,2 par souris dans le groupe témoin). Une augmentation significative de la concentration en 12-HETE a été observée par les chercheurs, mais uniquement chez les animaux du groupe fructose et du groupe fructose et glucose.

Une petite rétrospective

Les scientifiques américains avec le professeur adjoint Yang Peiying ne sont pas les premiers à supposer une corrélation entre les sucres comme le fructose, les concentrations de 12-LOX et 12-HETE et l’origine du cancer (du sein). Il y a 20 ans, une équipe de recherche de la Fondation américaine de la santé [Paywall] observa que les taux de prostaglandine E2, de 12-HETE et de 15-HETE ainsi que l’invasion cellulaire augmentaient lorsque les cellules cancéreuses de sein humaines étaient cultivées en présence de l’acide gras oméga-6 appelé acide linoléique. L’invasion cellulaire pouvait être bloquée par l’addition d’esculétine, un inhibiteur de la12-lipoxygénase, mais pas par le piroxicam, un inhibiteur sélectif de la cyclo-oxygénase.

En outre, dans la culture de cellules de cancer du sein en présence de 12-HETE, les chercheurs avaient découvert une invasion cellulaire accrue, ce qui n’était pas le cas avec le 5-HETE ou la prostaglandine E2. L’invasion était accompagnée d’une plus forte activité enzymatique de la métalloprotéase-9, une collagénase. Dans les années suivantes, plusieurs études ont été publiées qui traitaient de la concentration de 12-LOX dans le cancer du sein et de ses effets. Donc, selon une équipe de recherche égyptienne, il serait possible de se baser sur l’expression de la 12-LOX pour évaluer l’état d’avancement de la tumeur.

En 2010, des chercheurs américains ont découvert que le fructose provoque la prolifération des cellules du cancer du pancréas [Paywall]. Cela provient du fait que le métabolisme du fructose et du glucose sont différents. En plus, le fructose et son transporteur GLUT5 ont un effet direct sur la croissance tumorale, par exemple, des cellules du cancer du sein.

Et maintenant ?

« Nos résultats suggèrent que chez la souris, la production de 12-LOX / 12-HETE qui est stimulée par le sucre ou le fructose dans l’alimentation est une voie potentielle de signal dans les cellules cancéreuses du sein in vivo, notamment pour aider à la croissance des tumeurs grâce au sucre », ont déclaré les auteurs. Cette étude apporte, selon les scientifiques, pour la première fois une corrélation entre le sucre de l’alimentation et le développement du cancer du sein et des métastases. Notez toutefois que ni la taille de l’échantillon, ni les données brutes ne sont disponibles. En outre, on ne sait pas comment le saccharose ou le fructose stimule la production de 12-HETE et si cette augmentation est due à des effets directs ou indirects. Et enfin, les résultats obtenus ne sont présentés qu’aux associations de scientifiques. La preuve que la production accrue de 12-HETE et la croissance tumorale diminuent en même temps que la consommation de sucre doit encore être fournie. Sur la base de cette étude, il n’est donc pas possible de faire une déclaration indiquant si les patients atteints de cancer du sein ou les femmes vulnérables devraient plutôt éviter le sucre ou non.

Publication originale :

A Sucrose-Enriched Diet Promotes Tumorigenesis in Mammary Gland in Part through the 12-Lipoxygenase Pathway
Peiying Yang et al.; Cancer Research, doi: 10.1158/0008-5472.CAN-14-3432; 2016

7 note(s) (4.14 ø)
Gynécologie, Médecine, Oncologie

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3 commentaires:

Collaborateur d'industrie

Très bel article !
Je préfère le sucre brun non raffiné, même s’il est plus cher !
Le sucre est une addiction plus forte que la cocaïne…

En complément il faut tenir en compte des agressions effectuées par les Perturbateurs Endocriniens qui endommagent vos cellules tous les jours de votre vie.

Voir sur le sujet : http://www.homeogum.fr/developpement-durable/ & http://www.homeogum.fr/innovation/

#3 |
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Faut-il faire une différence entre sucre naturel et le sucre industriel? . Le sucre naturel ne se trouve pas isolé dans la nature. Je pense que les souris ont été probablement nourries avec du sucre industriel purifié.

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Dr. med. Wolfgang Kressin
Dr. med. Wolfgang Kressin

Peut-on vraiment éviter complètement le sucre? Puis on sera intoxiqué par glyphosphate, NO, CO2, rayons nucléaires, benzpyrène etc…

#1 |
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