Le dopage légal : sur le podium grâce à un placebo

23. janvier 2008
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Si des patients sont convaincus de l'efficacité d'un médicament, un placebo suffit parfois pour obtenir les résultats thérapeutiques escomptés. Les sportifs également ne sont pas immunisés contre les effets de ces pseudo-préparations. Elles peuvent être utilisées pour des compétitions quand l'entraineur souhaite augmenter la performance de son protégé - en toute légalité.

Le Tour de France est l'un des rares événements sportifs qui, aux yeux du public, sollicite un tel dépassement de soi et une telle endurance à l'effort. À part le cyclisme, il y a peu d'autres sports à avoir autant fait les titres des journaux à propos d'affaires de dopage dans les dernières années.

Les antidouleurs tels que la morphine figurent sur la liste des médicaments interdits pour les compétitions. Un groupe de chercheurs de l'université de Turin a découvert une substance ayant même effet que l'opiacé dans le corps mais qui n'apparaîtra jamais sur la liste rouge de l'agence mondiale anti-dopage WADA : du sérum physiologique par injection en intramusculaire. Il ne s'agit pas ici d'homéopathie mais de préconditionnement. Fabrizio Benedetti et son équipe se penchent depuis de nombreuses années sur le secret des pilules sucrées et des solutions salines. Leur centre d'intérêt : l'effet des placebos. Dans le Journal of Neuroscience, il se demande si l'on peut considérer la suppression de la douleur et l'accroissement de la performance grâce aux placebos comme du dopage.

Entraîner à supporter la douleur avec des opiacés

Fabrizo Benedetti recruta 40 sportifs amateurs d'environ 25 ans et les répartis dans 4 équipes concurrentes les unes des autres. L'objectif était de résister à la douleur aussi longtemps que possible. De plus, il coupa la circulation sanguine du bras du patient à l'aide d'un tourniquet. Le sportif devait activer des altères à ressort aussi longtemps que possible. La douleur induite par l'ischémie s'accrue considérablement et devint insupportable au bout de 14 minutes environ. La compétition fut précédée de 3 semaines d'entraînement avec ce test une fois par semaine. Dans la phase de préparation, de la morphine fut assimilée à deux équipes et leur permit de supporter la douleur pendant 23 minutes au lieu de 14. Benetti changea le traitement au moment d'aborder la compétition. Seul un groupe devait disputer la compétition sans piqûre pendant la préparation et la compétition. Les autres équipes reçurent une injection. On leur fit croire que c'était de la morphine permettant d'accroître la tolérance. En réalité, on administra du naloxone, un antidote des opiacés, à l'un des deux groupes ayant eu de la morphine pendant le test. On injecta un placebo, une solution saline à 0,9%, aux deux autres groupes.

Tous les groupes résistèrent mieux à la douleur grâce à l'entraînement. L'effet placebo se fit notamment ressentir dans le groupe qui avait reçu l'antidouleur pendant l'entraînement. Sa performance fut augmentée d'environ 6 minutes par rapport au début de l'entraînement. Les participants ne s'étant pas vu administrer de morphine les semaines précédentes accrurent eux aussi leur performance d'environ 2 minutes par rapport à la phase de préparation avec le prétendu antidouleur. Par contre, le groupe avec l'antidote supporta la douleur pendant à peu près la même durée que le groupe n'ayant reçu ni morphine, ni placebo.

Le dopage placebo : légal et sans preuve

Benetti avait découvert lors de tests précédents que les candidats se laissaient influencer par la prise répétitive d'opiacés en cas de douleur à tel point qu'un placebo pouvaient en produire l'effet en cas critique. Dans ce test, il pouvait susciter l'effet placebo à partir de deux injections en l'espace d'une semaine.

Un tel dopage placebo pourrait être utilisé de manière légale lors de la préparation aux compétitions de cyclisme ou autres sports de compétition pour lesquels le dépassement de la douleur corporelle est essentiel. Cependant, il ne pourrait pas être prouvé étant donné que la morphine n'est présente dans le corps que pendant une courte durée. Même l'agence mondiale anti-dopage WADA s'intéresse maintenant au sujet. Son médecin chef Alain Garnier commentait dans New Scientist : "Ce n'est pas un problème simple." Il est possible qu'à l'avenir, lors des tests de dopage, un test avec le détecteur de mensonge s'ajoute aux tests urinaires pour savoir si le courreur cycliste n'a pas obtenu son maillot jaune en utilisant des pillules sucrées ou des solutions salines.

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