Expérimentation animale : dans une souricière

22. février 2016
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Depuis des décennies, les chercheurs ont dépensé beaucoup de temps et d’argent sur les expérimentations animales. Mais les résultats ne peuvent pas toujours être extrapolés à l’homme, et dans certains cas, ils ne peuvent même pas être reproduits par d’autres laboratoires. Actuellement, la résistance se développe.

Beaucoup de travail pour rien : l’expérimentation animale est controversée dans son rôle. Déjà en 2006 Daniel Hackam de l’University of Western Ontario étudia plus de 70 études sur les animaux [Paywall]. Tous les documents avaient un dénominateur commun. Ils rapportèrent des traitements efficaces, par exemple contre la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson.

Seul un tiers des innovations purent être transférées plus tard à l’homme. De nombreuses approches ne fonctionnèrent pas sur l’Homo sapiens ou ne furent même pas testées, souvent pour des raisons de sécurité. Derrière cela se cachent non seulement des différences dans le génome souvent citées, mais aussi des erreurs méthodologiques. Les modèles animaux reproduisent quelques aspects principaux de la forme de la maladie humaine, mais jamais l’ensemble du tableau. Par ailleurs, de manière concomitante, des chercheurs améliorent leurs travaux en « oubliant » certains animaux.

Souris disparues

Cet aspect est actuellement traité par le Professeur Dr. Ulrich Dirnagl de la Charité – Universitätsmedizin Berlin. Il a réalisé un examen critique de 100 publications dans les domaines de l’accident vasculaire cérébral et du cancer, en collaboration avec des collègues. En même temps, les chercheurs ont trouvé 316 expériences sur les animaux concernant le volume d’un infarctus et 206 travaux sur le retrait thérapeutique des tumeurs. Dans plusieurs cas, il manquait les informations sur le nombre exact d’animaux dans les articles. Avec une moyenne de huit créatures, la taille du groupe était également statistiquement trop faible pour obtenir des informations pertinentes. En parallèle, des organismes ont « disparu » de manière douteuse, ce qui a des implications énormes pour la validité des résultats. Les collègues ont-ils trié les animaux de manière consciente en raison de graves effets secondaires du traitement ?

Ulrich Dirnagl ne trouva pas de réponse, mais il arriva avec avec des simulations informatiques à un résultat accablant. Il arrive que des animaux soient exclus en cours de travail, mais les scientifiques doivent le documenter. Si les chercheurs sélectionnent des organismes qui ne confirment pas leur hypothèse, cela conduit à des résultats faussement positifs. Habituellement, la cause de cela n’est pas le résultat d’une fraude, mais un « biais », en d’autres termes l’influence inconsciente de chercheurs pour vérifier leurs hypothèses, complète Dirnagl.

Pris dans un cercle vicieux

Des groupes de travail récemment créés récupèrent méthodiquement les mauvaises publications comme base de leur projet, ce phénomène créé un cercle vicieux, même pour les fabricants. Le personnel de l’entreprise pharmaceutique américaine Amgen ne put reproduire que six des 53 travaux sur la thérapie du cancer. Cette évaluation pessimiste a récemment été confirmée par John P. A. Ioannidis de Stanford. Il a révisé 441 publications qui ont été ajoutées à PubMed entre 2000 et 2014. Cette analyse porte essentiellement sur des questions de transparence et de reproductibilité.

Ioannidis s’est buté dans la plupart des articles à des protocoles expérimentaux incomplets et à un manque de données brutes, à l’âge du « on line » où les ressources Web pourraient fournir des informations supplémentaires. Les informations sur les conflits d’intérêts possibles, en particulier financiers, n’apparaissent que dans quelques cas. Ulrich Dirnagl parle d’un gaspillage considérable de ressources dans l’entreprise scientifique, dont tous les contribuables ne seraient pas les derniers à souffrir. Maintenant, de nouvelles solutions sont demandées.

Êtres humains on Chip

Les chercheures réclament depuis longtemps que des normes claires et strictes, comme celles utilisées actuellement dans les essais clinque, soient appliquées à la recherche fondamentale. Celles-ci comprennent des descriptions précises des méthodes, ainsi que des critères pour l’exclusion des animaux de laboratoire. Afin d’obtenir de meilleurs résultats pour la médecine humaine, la conception des expériences devrait être reconsidérée. Quelques exemples : en laboratoire, il est possible d’obtenir de la peau humaine par culture cellulaire. L’espoir réside en le fait qu’avec de telles cellules, les médicaments ou produits chimiques seraient testés de manière plus fiable que sur des animaux de laboratoire. En outre, les scientifiques tentent de simuler des processus physiologiques par modèle informatique, avec des limitations, comme dans tout système virtuel.

Les systèmes Organ-on-a-chip simulent les opérations dans des conditions réelles et reproductibles. Avec les modèles Lung-on-a-chip [Paywall], les chercheurs n’ont pas seulement testé les médicaments, mais aussi analysé les inflammations ou les infections. Le système Heart-on-a-chip [Paywall] mise sur les cardiomyocytes. D’autres groupes de recherche se concentrent sur les néphrons (Kidney-on-a-chip) ou les petits vaisseaux sanguins explantés (Artery-on-a-chip [Paywall]).

Patrick Guye et Ron Weiss, du Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont récemment découvert que les tissus complexes se forment par auto-organisation de cellules souches pluripotentes induites sur des puces. La vision actuelle est un « Human-on-a-Chip » [Paywall] pour simuler différents processus en parallèle. Malgré toute l’euphorie autour de ces projets, il y a un point négatif. Il est connu que les nouvelles technologies ne compensent pas les faiblesses méthodologiques. Les exigences de qualité comme celles demandées par les experts à du Consort-Statement (Consolidated Standards of Reporting Trials) vont plutôt dans la bonne direction.

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