Mutants entre eux

28. janvier 2008
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Nous associons le terme d'évolution aux temps ancestraux : hommes préhistoriques, âge de pierre et vie primitive. L'homme moderne n'est-il pas à la fin de cette évolution ? Au contraire, nous dit une équipe internationale de chercheurs qui quantifia l'ampleur des modifications génétiques. L'évolution humaine n'a même jamais été aussi vite.

L'évolution détermine notre condition humaine depuis les premiers êtres vivants unicellulaires jusqu'à l'homme. Alors que, après la période glaciaire il y a près de 10 000 années, quelques millions d'hommes se répartissaient sur le globe, nous sommes aujourd'hui plus de 6,5 milliards. Même les biologistes partaient jusqu'à présent du principe que l'évolution humaine s'accomplissait tranquillement depuis des millénaires.
L'évolution est par définition un processus : l'évolution biologique s'entend comme phylogénèse dépendant de facteurs d'évolution tels que la mutation, la recombinaison et la sélection.

Toujours plus vite vers l'avenir

Le Professeur d'Anthropologie de l'Université d'Utah, Henry Harpending, et ses collègues ont calculé que nos gènes se modifient aujourd'hui 100 fois plus vite qu'à l'âge de pierre. Leur étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences montre que les théories qui prévalaient jusqu'à présent et qui affirment que la différenciation humaine se produit lentement sont fausses. Par conséquent, nous nous modifions non seulement plus vite mais nous nous développons aussi de manière de plus en plus différenciée malgré la globalisation. Les résultats de ces recherches se basent sur l'analyse des données du projet international HapMap qui a catalogué depuis 5 ans les caractères génétiques de personnes d'origines différentes. Le but premier de HapMap est l'identification de gènes associés à des maladies.

Une modification de 7 % des gènes est récente

Le point central était les études de modifications de paires de base de l'ADN, le SNP (Single Nucleotide Polymorphism). Elles mettent en évidence les différences génétiques individuelles. Les chercheurs examinèrent à la loupe près de 4 millions de SNP provenant de 270 personnes d'Asie, Afrique et Europe et mirent en évidence environ 1 800 gènes qui s'étaient modifiés récemment, ce qui correspond à 7 % du génome humain. Les conditions environnementales auxquelles l'homme est exposé sont pour une grande partie responsables des modifications génétiques rapides. Le climat, les agents pathogènes et la nourriture font que les humains qui se sont adaptés génétiquement transmettent ces gènes qui se stabilisent de façon fondamentale.

Tu es ce que tu manges

Une caractéristique évidente d'une modification génétique récente est l'intolérance au lactose ou plutôt la tolérance. La digestion du lactose dépend de l'activité de l'enzyme lactase que nous, Européens du Nord, produisons en général mais pas les populations d'Extrême-Orient ou d'Afrique. Le gène produisant l'enzyme utile à la digestion perd sa fonction à partir de l'enfance chez les peuples qui ne consomment pas de lait. En conséquence de leur sédentarité, du développement de l'agriculture en Europe du Nord et de la pression de sélection engendrée il y a près de 5 000 ans, les hommes développèrent ici le gène de la lactase qui leur permet de digérer le lait aussi à l'âge adulte.

Un autre exemple de différenciation génétique chez les populations terrestres est le développement de résistances aux maladies infectieuses telles que le paludisme et le choléra. Dans les zones paludiques, on observe ainsi beaucoup plus de drépanocytoses – une maladie génétique qui assure aussi la meilleure protection contre le paludisme pour les hétérozygotes. Dans certaines régions d'Afrique, on estime qu'un tiers de la population est touché par cette variante de la maladie, la protégeant en cas d'éventuelle épidémie. Dans d'autres régions du monde, l'allèle drépanocytaire n'est pratiquement pas présent.

L'homme comme mutant

Selon les scientifiques, les conditions environnementales et l'accroissement des différentes populations sont responsables des modifications génétiques toujours plus rapides. Ils supposent que les hommes vont continuer de se modifier – probablement encore plus vite demain qu'aujourd'hui en fonction des conditions de vie. On peut penser que des mutations liées aux changements climatiques et à de nouvelles maladies sont possibles en très peu de temps, nous dit Harpending et ses collègues. La survie et la croissance rapide de l'humanité pourraient nous conduire à cette conclusion : l'homme est un mutant – par le passé, le présent et le futur.

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