Adieu au deuxième printemps

15. mars 2008
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Les hommes de plus de 65 ans prenant de la testostérone sont-ils plus virils ? La thérapie hormonale est appréciée chez les hommes mûrs. Mais une étude des Pays-Bas nous montre que, à la foire des produits anti-âge, tout ce qui brille n'est pas forcément de l'or.

Tous les voeux ne sont pas réalisés : "Si la recherche progresse, les hommes vivront non seulement plus longtemps mais aussi en meilleure santé". On aura au milieu de ce siècle déjà plus de personnes âgées que de jeunes. Richard Faragher, biologiste et chercheur de l’université de Brighton estime que l’on aura plus de femmes et d’hommes de plus de 65 ans que de moins de 15 ans. Depuis des années, les scientifiques et les distributeurs de produits anti-âge rêvent de ralentir le processus de vieillissement par la prise d’hormones sensées renvoyer les hommes de 70 ans à leur meilleures années. Les résultats d’un groupe clinique de chercheurs de l’université d’Utrecht viennent d’anéantir cette illusion. Les données du magazine spécialisé JAMA montrent que la testostérone est loin d’avoir l’effet escompté.

Les spécialistes anti-âge observent les résultats de la prise de testostérone chez les hommes âgés ces dernières années. Jusqu’à présent, il s’agissait plutôt de petites études ne concernant que quelques aspects du processus de vieillissement : masse osseuse, musculaire ou performance intellectuelle. Les différents objectifs et déroulements des expérimentations ne pouvaient conduire à une évaluation fiable des thérapies à base de testostérone sur les hommes.

Mauvaises nouvelles pour les fans d’hormones

L’équipe de recherche autour de Marielle Emmelot-Vonk pratiqua une expérience sur 223 hommes de plus de 60 ans et évalua leur masse corporelle, masse grasse, performance cognitive, masse musculaire et puissance musculaire ainsi que leur mobilité après une prise de 160 mg de testostérone par jour. Tous les participants souffraient d’un hypogonadisme lié à l’âge avec une teneur moyenne en testostérone de 11,0 voire 10,4 dans le groupe placébo. Après 6 mois, le taux d’hormones libres ou liées n’était pas plus élevé qu’au début. La masse corporelle maigre augmenta certes dans la même proportion que la masse grasse se réduisit, mais les expérimentations montrèrent aussi que les variations de proportions corporelles n’entraînent pas forcément une augmentation de puissance dans les bras et les jambes. Même la contenance en minéraux des os n’avait pratiquement pas bougé après 6 mois.
La directrice de l’étude, Yvonne an der Schouw, a encore plus de mauvaises nouvelles pour les médecins qui souhaitent rajeunir leurs patients avec des hormones : "Nous avions espéré que la masse grasse intra-abdominale décroîtrait car c’est là que se trouve la mauvaise graisse du corps. Mais nous n’observâmes aucun changement là aussi." Le cholestérol HDL régressa fortement comparé au LDL et aux triglycérides. C’est pourquoi Emmelot-Vonk et ses collègues ont avant tout observé que les candidats avec la prétendue cure d’hormones tendaient plus à devenir des patients ayant un syndrome métabolique que ceux avec le placébo.

L’andropause – une légende urbaine ?

Les distributeurs de thérapie de remplacement hormonal chez les hommes de plus de 50 ans devraient connaître des difficultés après la parution de ces résultats. Le terme " d’andropause " disparait de plus en plus des textes publicitaires des produits anti-âge. Mais il existe de vives discussions autour de la fréquence de l’hypogonadisme à l’âge vieillissant et une lutte plus ou moins nécessaire avec l’hormone sexuelle. Pour une étude finlandaise sur la testostérone, Antti Perheentupa recherchait des participants avec hypogonadisme à l’aide d’un questionnaire. Sur 16 000 réponses, ils trouvèrent 2 500 candidats possédant les symptômes correspondants. Après des analyses sanguines, il ne resta plus que 37 candidats potentiels – trop peu pour pouvoir établir les statistiques et bien moins que les chiffres que l’on voit circuler et qui rapportent qu’environ 20% des hommes ont un déficit en testostérone.
Le médecin en reproduction Eberhard Nieschlag de l’université Münster confirme les observations de Perheentupa dans Spiegel-Online : "Environ 90 % des personnes de 60 ans et plus de deux tiers des personnes de 80 ans ont encore assez de testostérone dans le sang". Les résultats des Pays-Bas pourraient conduire aussi à une reconsidération des lignes de conduite allemande en matière de traitement avec testostérone de l’année 2001. Le papier consensuel de plusieurs associations d’urologues conseille la prise d’hormones sous 8 nmol/l et au moins l’option d’un tel traitement sous 12 nmol/l.

Les personnes âgées considérées comme des modèles de fin de série

On débattra encore longtemps de l’emploi d’une thérapie anti-âge avec hormones. Manfred Römmler, comité directeur de la société allemande pour la médecine de prévention et anti-âge et auteur d’un livre "La vérité sur les hormones", plaide pour "une thérapie de compensation d’un manque hormonal éventuel par des hormones naturelles" chez les personnes âgées. Manfred Stöhr, ancien directeur de la clinique neurologique d’Augsburg, est d’un autre avis. Dans son livre "La vérité sur l’anti-âge", il écrit : nous devrions apprendre à considérer l’âge comme une étape physiologique de la vie et à ne pas considérer les personnes âgées comme des modèles de fin de série que seul un complet renouvellement dans une fontaine de Jouvence hormonale pourrait aider."

Marielle Emmelot-Vonk conseille au moins aux patient qui espéraient plus de la prise de testostérone d’opter pour une autre méthode permettant de relever aussi le faible taux d’hormones : une alimentation saine et du sport.

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