Cicatrisation : une peau de bébé plutôt qu’une peau balafrée

15. mars 2008
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Une balafre au coup due à un accident d'épée ? Une cicatrice laide suite à une opération chirurgicale ? On peut y remédier aujourd'hui. Avec l'aide de la génétique, les scientifiques veulent s'attaquer à un vieux problème de la vulnérabilité humaine et pénétrer un marché florissant.

Le " sans cicatrice " ne relève pas de la sorcellerie

Les cicatrices sont affaire de goût. Elles peuvent être décoratives si elles sont placées au bon endroit et de la bonne taille; elles peuvent même servir d’atout de séduction dans certains cas. Mais de manière générale, les cicatrices sont plutôt considérées comme dérangeantes. Pas étonnant que les scientifiques veuillent traiter ce problème non seulement sur un plan cosmétique mais aussi en envisageant d’autres stratégies.

Les scientifiques autour du Professeur Paul Martin de l’université de Bristol en Angleterre veulent maintenant s’aider des gènes pour pouvoir résoudre les problèmes esthétiques des cicatrices. Celui qui s’est souvent coupé au doigt sait que le corps est capable de guérir des plaies sans laisser de cicatrice. Les rhagades profondes dans le derme peuvent également cicatriser sans résidu visible. Avec un peu de génie génétique, la régénération tissulaire pourrait aller dans la bonne direction.

Le frein aux cicatrices est disponible en tube

Dans leurs expériences, les anglais se sont focalisés sur un gène occupant une place importante dans l’amorçage des processus de cicatrisation : le gène de l’ostéopontine. Ils purent montrer que les macrophages et les mastocytes libèrent dans une plaie des médiateurs incitant les cellules du tissu conjonctif (fibroblastes) à exprimer une plus grande quantité d’ostéopontine. Ce processus favorise la formation de tissus de granulation et la restructuration des tissus conjonctifs de la plaie. L’astuce qu’utilisèrent les scientifiques consistait à réprimer le gène de l’ostéopontine. Avec succès : une fois le gène stoppé, les vaisseaux sanguins se multiplièrent dans la plaie récente, ce qui accéléra le processus de guérison, réduisit la quantité des tissus de granulation et laissa au corps moins de temps pour former des cicatrices du tissu conjonctif.

C’est impressionnant, mais comment un gène dans une plaie peut-il être réprimé ? La réponse des scientifiques est toute simple : avec un gel. Mais bien sûr pas avec n’importe quel gel. À Bristol, la préparation étalée sur la plaie contenait une très grande quantité de brins d’ADN antisens s’attaquant à chaque gène de l’ostéopontine en inactivant sa transcription.

Licence et brevet sont déjà délivrés

Il existe encore une autre méthode : les anglais ont par ailleurs découvert qu’un des facteurs avec lesquels les mastocytes et les macrophages stimulent l’expression de l’ostéopontine dans les fibroblastes est une vieille connaissance : le facteur de croissance dérivé des plaquettes (PDGF). Il se laisse cependant freiner par exemple par des inhibiteurs de la tyrosine kinase, nommément par l’Imatinib (Glivec®), " l’arme miraculeuse " dans la thérapie des leucémies myélomonocytaires chroniques et des tumeurs du stroma gastro-intestinal. Le résultat : appliqué localement, l’Imatinib entraîne aussi une diminution de la formation de cicatrices. Les scientifiques l’expliquèrent dans le " Journal of Experimental Medicine ".

Celui qui croit à une dictature de la beauté est persuadé que l’on peut gagner beaucoup d’argent avec les produits anti-cicatrice. Martin voit les choses de la manière suivante : "Nous espérons que de telles thérapies seront prochainement utilisées à l’hôpital". "PDGF et l’ostéopontine sont maintenant des cibles claires pour développer des médicaments améliorant la cicatrisation ou pouvant inhiber la tendance à la fibrose à d’autres endroits du corps". Glivec est cependant déjà sous brevet si bien que les espoirs commerciaux des anglais reposent plutôt sur une stratégie avec l’ADN antisens. "Cette technique a déjà été licenciée et brevetée par une entreprise de biotechnologie spécialisée dans le traitement de la cicatrisation", se réjouit Martin. Il ne reste plus qu’à acheter des actions !

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