Attention : lire peut vous faire grossir

11. janvier 2016
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En plus de la vue du chocolat, lire le mot peut amener à ingérer plus de calories. L’importance de l’effet dépend du stress du moment et des gènes. Des stratégies appropriées pourraient aider à résister.

Un énorme sundae avec des morceaux de biscuits sur l’écran de ciné, l’odeur de frites ou la vue d’un hamburger brillant de gras : ces représentations de nourriture, les odeurs et surtout les images donnent souvent spontanément envie d’acheter les aliments respectifs, même si on n’a pas faim ou si on sait que cela n’est pas bon pour sa santé.

Mais même les noms d’aliments riches en calories ont cet effet. Ceci est un problème, en particulier pour le nombre croissant de personnes en surpoids et obèses, et pour les patients souffrant de troubles alimentaires tels que l’hyperphagie incontrôlée. Pour ces personnes, il est important de développer des contre-stratégies pour résister aux « tentations » de la publicité et l’offre omniprésente de nourriture faisant grossir.

« Ailes de poulet », à peine lu, déjà dévoré ?

L’influence de tels mots a été récemment examinée par une équipe de recherche dirigée par Susan Carnell du Global Obesity Prevention Center à l’Université Johns Hopkins à Baltimore (USA). Les chercheurs ont présenté leurs conclusions en Novembre durant la « Semaine de l’obésité » à Los Angeles.

Dans leur première étude, Carnell et son équipe ont montré à 12 sujets minces et 17 sujets obèses des mots d’aliments avec une forte et une faible quantité de calories et ont examiné l’activité du cerveau par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Dans le même temps, les participants ont été invités à indiquer combien ils voulaient manger de la nourriture respective. Suite à l’examen, différents aliments qu’ils pouvaient manger autant qu’ils voulaient leur ont été proposés.

Les participants obèses ont montré ainsi une réponse du cerveau plus forte pour les mots d’aliments riches en calories, tels que « ailes de poulet » ou « pâte à tartiner au chocolat » que les sujets minces. Le cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC) et le cortex cingulaire, régions qui ont à voir avec le traitement des émotions et du contrôle des impulsions, ont notamment été plus fortement activés. Si les participants ont expérimenté un stress social dans les conditions expérimentales, les deux groupes ont répondu aux mots « sucrés et gras » avec une activation plus forte dans le cerveau. Toutefois, seuls les sujets obèses ingérèrent finalement plus de calories que s’ils n’avaient subi aucun stress.

« La réponse plus forte du cerveau aux stimuli alimentaires, à la fois en situation de stress ou sans stress, pourrait expliquer comment cela conduit à l’augmentation de la prise alimentaire et au gain de poids », écrivent les chercheurs. La connaissance d’un tel modèle d’activation pourrait aider à développer de nouveaux médicaments ou évaluer le succès des thérapies.

Tout n’est qu’une question de gènes ?

35 adolescents âgés de 14 à 19 ans ont pris part à une deuxième étude réalisée par les mêmes auteurs. Ici, une relation entre la réponse aux mots concernant la nourriture et le risque génétique de l’obésité, défini par le nombre d’allèles à risque dans les quatre variantes génétiques étudiées, put être observée. Les sujets présentant un risque accru d’obésité ressentaient plus d’envie après avoir visionné les mots correspondant à la nourriture. En outre, une variante d’un gène spécifique (FTO) a été associée à un faible sentiment de maîtrise de soi en mangeant. Et les sujets avec un allèle à risque dans une autre variante de gène (MC4R) avaient tendance à manger plus de nourriture calorique après avoir observé le mot.

« Les résultats suggèrent que les facteurs de risque génétiques de l’obésité affectent le poids corporel par différents mécanismes », écrivent les chercheurs. Un de ces facteurs est un désir accru pour la nourriture, qui peut être déclenché par des mots, des images ou des odeurs de nourriture. Dans l’ensemble, les études suggèrent que le stress et les influences environnementales telles que la publicité pour certains aliments modifient l’activité du cerveau et peuvent ainsi affecter le comportement alimentaire. « Cela rend donc difficile pour certaines personnes de réguler leur consommation de nourriture, en particulier pour les personnes souffrant d’obésité ou d’un risque génétiquement accru pour cela », a expliqué Carnell.

Déchiré par des conflits internes

Même en cas de troubles de l’alimentation, le cerveau semble réagir différemment à des stimuli alimentaires. Ainsi, les patients souffrant d’hyperphagie incontrôlée ont des crises de boulimie, durant lesquelles ils ingèrent de manières incontrôlées de grandes quantités. Dans une étude [Paywall] de l’École de médecine Mount Sinai à New York et de l’Université Johns Hopkins, 10 femmes avec hyperphagie incontrôlée et 10 femmes sans ont regardé des images de nourriture à fort contenu calorique ou faible contenu calorique, ou entendu les termes respectifs. Dans le même temps leur activité cérébrale et la force de la connexion entre différentes régions du cerveau (connectivité fonctionnelle) ont été mesurées. Les femmes souffrant de trouble d’hyperphagie incontrôlée ont montré une activité accrue dans le cortex cingulaire antérieur pour les aliments riches en calories, et le renforcement des liens entre cette région et d’autres régions du cerveau telles que le cortex insulaire et le cervelet. Ceci suggère que les personnes touchées, lorsqu’elles voient de la nourriture, vivent un conflit interne, par exemple entre le désir de manger et le désir de contrôler leur alimentation. Toutefois, d’autres études sont nécessaires pour vérifier les résultats.

Vers un auto-contrôle renforcé

Mais ces études et d’autres semblables pourraient également mettre en évidence comment les personnes concernées pourraient mieux résister aux tentations de leur environnement. Ainsi, une étude [Paywall] réalisée par des chercheurs de l’Université de Cape Town (Afrique du Sud) a montré que les personnes en surpoids peuvent apprendre à mieux contrôler leurs impulsions. Les scientifiques dirigés par David John Hume ont étudié 51 femmes en surpoids ou obèses qui soit avaient maigri avec succès mais étaient à nouveau en surpoids soit étaient revenues, suite à un régime, à leur poids initial. Les sujets ont regardé des photos de nourriture, tandis que leur activité cérébrale a été mesurée par EEG.

Les femmes qui avaient maigri avec succès ont montré plus de signes de contrôle dans leur activité cérébrale à la vue des images de nourriture. En parallèle, elles étaient moins susceptibles de ressentir l’envie de manger. Ces résultats pourraient aider à comprendre comment on pourrait obtenir plus de contrôle sur l’omniprésence des stimuli alimentaires, écrivent les auteurs. « Cela pourrait aider à développer de nouvelles approches thérapeutiques qui peuvent contribuer à la perte de poids à long terme », dit Hume.

Apprenez à résister aux tentations sucrées

Susan Carnell est convaincue que tant les réactions du cerveau que le comportement face à la nourriture sont définitivement modifiables. « Par conséquent, les gens souffrant d’obésité ou ayant un risque élevé ne doivent pas perdre espoir, ils ne sont pas condamnés à être gros ou à le devenir», dit la psychologue.

Une possibilité est, par exemple, de modifier son environnement immédiat, pour réduire le risque d’ingérer beaucoup de calories. « Au lieu de regarder un menu au restaurant, les personnes concernées pourraient demander au serveur de ne leur mentionner que les plats sains », dit Carnell. « Et ils devraient éviter les endroits où de nombreux plats riches en calories sont offerts, comme les fast-foods ou la cantine ».

Toute personne qui a tendance à trop manger, en particulier en situation de tension psychologique, peut apprendre des stratégies pour réduire le stress ou pour mieux lui faire face. En parallèle, la personne concernée peut s’entraîner à bien reconnaître la tendance à manger en cas de stress, et mettre en place des contre-mesures ciblées en temps opportun – par exemple, à la place, en parler à un ami, méditer, faire une promenade.

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