E-cigarettes : un « Popcorn Lung », s’il vous plaît !

11. janvier 2016
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Les cigarettes électroniques sont encore la cible de critiques négatives : chez les patients, les liquides avec diacétyle conduisent à des complications pulmonaires. Les médecins ne connaissent que trop bien le phénomène chez les travailleurs dans les usines de pop-corn. Ils demandent à nouveau d’interdire la molécule controversée.

La controverse entourant les e-cigarettes gagne du terrain. De manière surprenante, il ne s’agit cette fois-ci pas de la nicotine. Maintenant, ce sont les additifs qui entraîneraient la nécessité de soins médicaux. Les liquides, c’est-à-dire les solutions pour l’évaporation, sont constitués de propylène glycol (un additif alimentaire E 1520), de glycérine (un additif alimentaire E 422) et d’eau. Pour inspirer les jeunes utilisateurs, les fabricants ne mégottent pas. Ils vendent des saveurs « sucrées » comme « barbe à papa », « fruit pressé», « pop-corn », « cupcake », « nougat » ou «liqueur d’œuf ». Cet éventail difficilement descriptible contient environ 7000 saveurs différentes.

Molécules avec défauts

Récemment, Joseph G. Allen, chercheur à la Harvard TH Chan School of Public Health à Boston, a passé les ingrédients sous le microscope. Pour son étude, il a acquis 51 e-cigarettes chez les principaux fabricants des État-Unis. Allen a simulé la situation d’une consommation par flux d’air avec une chambre fermée. L’objectif de son travail était l’étude des composés carbonylés tels que le diacétyle, l’acétoïne ou le 2,3-pentanedione. Au moins l’une des molécules controversées a pu être détectée dans 47 produits. Ainsi, le diacétyle est apparu dans 39 échantillons ; le niveau maximum était de 239 microgrammes par cigarette. Les chercheurs ont découvert du 2,3-pentanedione ou de l’acétoïne dans 23 des 46 cigarettes électroniques. Dans ce cas, la valeur maximale était de 64 à 529 microgrammes par cigarette. « À cause de la relation entre le diacétyle, la bronchiolite oblitérante et d’autres maladies respiratoires graves chez des travailleurs, des actions urgentes sont recommandées pour évaluer cette exposition potentiellement généralisée aux e-cigarettes aromatisées », dit Joseph G. Allen. Un an plus tôt Konstantinos E. Farsalinos, médecin au Centre de chirurgie cardiaque Onassis grec, Kallithea, a publié des chiffres similaires. Il a parlé de la possibilité d’éliminer le diacétyle, sans affecter la saveur. Les fabricants ne prennent apparemment pas son avis au sérieux. Les consommateurs en paient la facture, comme les premières publications le montrent.

Symptômes étranges

Graham Atkins et Frank Drescher du centre Dartmouth-Hitchcock Medical à Lebanon (État américain du New Hampshire) ont rapporté un cas inhabituel. Leur patient, un homme de 60 ans, s’est présenté avec des frissons, de la toux et des difficultés respiratoires. Les analyses radiologiques n’ont révélé aucune anomalie. Les collègues ont prescrit du ceftriaxone et l’azithromycine, ce qui a arrêté ce cauchemar. Un mois plus tard, la scène s’est répétée. Cette fois, le patient était sévèrement hypoxique. Sur la tomodensitométrie pulmonaire, les médecins ont remarqué des infiltrats d’origine douteuse. Quelque temps plus tard, ils réussirent à trouver une piste encore chaude. L’homme consommait régulièrement des cigarettes dont la fumée contient également du diacétyle. Lors des deux jours précédant son admission, il avait eu trop recours à son e-cigarette aromatisée avec le diacétyle. Atkins et Drescher posèrent comme diagnostic probable une bronchiolite oblitérante et conseillèrent de ne pas utiliser les e-cigarettes. Konstantinos Farsalinos de l’Université de Patras exprime dans son blog un doute sur le diagnostic. Il soupçonne plutôt une alvéolite extrinsèque allergique (pneumopathie d’hypersensibilité). Il convient de souligner que Farsalinos reçoit régulièrement des fonds pour des projets de recherche de l’industrie de l’e-cigarette. Le fait que le diacétyle, à long terme, conduit à des lésions du poumon est incontestable.

Fou de nourriture

Voici un exemple venant des États-Unis. Il y a trois ans, le sort de Wayne Watson a été étalé à travers les médias. Il aimait le pop-corn au four à micro-ondes, il ne passait pas un jour sans sa délicieuse confiserie. Pendant des années, il a respiré la préparation de diacétyle. Cet additif volatile garantit une délicieuse saveur de beurre. La fonction pulmonaire détériorée de Watson est passée inaperçue jusqu’à ce qu’un pneumologue diagnostique une bronchiolite oblitérante. Maintenant, l’homme de 61 ans souffre d’une maladie chronique, mais est plus riche de 7,2 millions de dollars. Cette somme a été déboursée par un fabricant et un supermarché, car leur emballage ne comportait pas les avertissements appropriés. Selon le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH), il y avait déjà il y a 15 ans la preuve que le diacétyle peut causer des problèmes de santé graves.

Protection sur la ligne d’assemblage

A l’origine, les travailleurs dans les usines de maïs ont longtemps été exposés à des arômes de synthèse (« Popcorn Workers Lunge »). Le fait que le diacétyle, comme l’a suggéré une étude antérieure [Paywall], puisse promouvoir l’agrégation de bêta-amyloïde et ait une relation avec la maladie d’Alzheimer, est controversé parmi les scientifiques. Mais l’aspect pneumologique fournit suffisamment de preuves pour les tribunaux. Ils ont condamné les sociétés à un paiement totalisant 100 millions de $ pour les personnes atteintes. En 2007, le « Popcorn Workers Lung Disease Prevention Act » est mis en place. Depuis lors, l’Autorité de sûreté et de santé au travail américaine doit établir et appliquer des normes obligatoires pour faire face au diacétyle. Il reste néanmoins que le diacétyle est autorisé aux États-Unis, non seulement comme un additif pour le pop-corn, mais aussi dans le cadre des liquides pour les e-cigarettes. L’Europe ne fait pas exception. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) se limite actuellement à « wait and see ».

14 note(s) (4.86 ø)

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2 commentaires:

Dr. Yen Bui
Dr. Yen Bui

Merci, très bon article

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Konaté
Konaté

Merci pour ces informations. Il n’y a que la cupidité de nos gouvernements qui fait encore des produits du tabac des biens de consommations. Les depenses en santé inhérentes à la prise en charge des problèmes de santé dus aux produits du tabac sont de loin supérieures aux taxes encaissées par les fisc de nos pays. Pourquoi autoriser le tabac? Une drogue un poison. A quand l’interdiction pure et simple des produits du tabac ?

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