L’argument « pas cher » ne marche pas toujours …

24. avril 2008
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Les médicaments chers sont seulement bénéfiques à l'industrie ? Eh bien non ! Une étude de chercheurs américains travaillant sur les placebos vient de démontrer que les patients évaluent l'efficacité d'un médicament également en fonction de son prix. De manière inconsciente, qu'ils le veuillent ou non...

L’économiste comportemental, Dan Ariely de l’université américaine Duke, a depuis longtemps perdu ses illusions concernant la médecine : « Les médecins pensent souvent que ce sont les composants d’un médicament qui le rendent efficace mais nous devrions plutôt nous concentrer sur l’interaction entre le médecin et son patient », nous dit Ariely. L’exemple le plus récent de ces phénomènes complexes d’interactions entre les hommes nous a été livré par Ariely lui-même dans une étude au cours de laquelle il a examiné l’effet placebo d’anti-inflammatoires sur 82 candidats. Un rapport à ce sujet est paru dans le « Journal of the American Medical Association« .

Économiser sur le prix d’un médicament n’est pas au goût du jour

L’analyse de cette étude placebo était classique : les participants devaient subir un stimulus douloureux; dans ce cas un léger électrochoc au poignet. Ils devaient alors quantifier l’intensité de la douleur à l’aide d’échelles standards. Les candidats reçurent ensuite un comprimé placebo et une brochure décrivant le soi-disant médicament. Une partie des candidats obtint une brochure où le comprimé était qualifié de nouveau, récemment autorisé sur le marché, contenant un principe actif moderne et coûtant 2 dollars 50. La brochure des autres candidats décrivait le médicament comme étant ancien et ne coûtant que 10 centimes.

Résultat : tous les candidats à qui on avait suggéré que le médicament était nouveau et cher déclarèrent à 85% avoir moins de douleurs après la prise du comprimé. Par contre, les candidats qui pensaient avaler un vieux médicament à 10 centimes déclarèrent à 61% que la douleur s’était affaiblie. « Ce résultat correspond aux données existantes sur la manière dont les gens perçoivent la qualité et comment ils anticipent les effets thérapeutiques », souligne Ariely.

Le scientifique a lui-même largement contribué à alimenter ces informations à l’aide d’analyses à l’Institute of Technology dans le Massachusett. Il y a 2 ans, il avait déjà parlé de plusieurs de ses expérimentations dans le « Journal of Markerting Research » et a pu démontrer que, au delà de la médecine, l’estimation des clients concernant la qualité d’un produit était influencée dans une certaine mesure par la fixation du prix. Par ailleurs, il inventa une boisson nommée « SoBe Adrenaline Rush », un genre de Red Bull permettant soi-disant d’augmenter la performance cérébrale. Les candidats – ici des étudiants – devaient ensuite faire différents puzzles de logique : « on a ainsi pu démontrer qu’une réduction fictive du prix du produit prétendant augmenter la performance mentale avait des répercutions négatives sur le nombre des puzzles faits correctement », nous dit Ariely.

Dire la vérité ?

Il est évident que de tels résultats intéressent aussi bien les médecins que l’industrie pharmaceutique. L’effet placebo devrait certes s’estomper dans le meilleur des cas dans les études contrôlées et randomisées. Mais, au moins en post-marketing, l’efficacité ressentie devrait s’intensifier grâce à un prix convenable et la commercialisation d’un produit vendu comme étant moderne et innovant. Inversement, les médecins ont bien entendu un levier entre les mains : une bonne pâte qui explique à ses patients les avantages d’un médicament ancien, qui a fait ses preuves et qui est économique, peut compromettre la réussite de la thérapie dans une certaine mesure.

Une autre étude publiée dans le « Journal of General Internal Medicine » montre que les médecins ne sont pas seulement prêts à utiliser l’effet placebo dans le domaine du suggestif. Il s’agissait d’une enquête menée auprès de 466 médecins internes de la région de Chicago à laquelle 231 ont répondu. 45% de ces médecins avouèrent prescrire sciemment un placebo de temps à autre. C’est qui est intéressant, c’est ce que racontent les médecins à leurs patients. Un tiers des pseudos pilules « vendues » le sont avec ces mots : « voici un médicament qui pourrait vous soulager et qui, en tout cas, ne vous fera pas de mal ». Pour un autre tiers, c’est « voici un comprimé qui soulage mais ne sait pas exactement s’il est efficace. » Toujours est-il que 4% choisirent l’attaque frontale et racontèrent à leurs patients qu’ils allaient prendre un placebo. On peut dans ce cas se demander si cela a vraiment aidé le patient ….

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