Effet secondaire : la mort

27. mai 2008
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Les médicaments sont sensés freiner les maladies, atténuer les symptômes ou guérir dans le meilleur des cas. Ils sont aussi fiables et efficaces que possible. Ils peuvent cependant provoquer des effets secondaires indésirables. Des scientifiques suédois affirment que le pire des effets secondaires, c'est-à-dire la mort, survient plus souvent qu'on ne le pense.

Le malade qui prend un médicament en attend une amélioration. Les effets secondaires sont certes en grande partie connus et analysés et largement documentés lors d’essais cliniques, mais peu de personnes s’attendent à voir apparaître des effets secondaires graves, voire la mort car les médecins et les patients se fient à l’efficacité et la fiabilité testées des médicaments. Il est cependant difficile de savoir quelle est la proportion d’effets secondaires mortels. Le pharmacologue, Anna Jönsson de l’université de Linköping en Suède et des collaborateurs ont découvert dans le cadre d’une étude de cohorte de la population que les effets secondaires des médicaments représentent la 7ème cause de mortalité la plus fréquente en Suède. Le British Journal of Medical Pharmocology a publié les résultats.

Les effets secondaires sont la cause de plus de 5% des hospitalisations

On sait que les effets secondaires engendrent non seulement des consultations médicales mais aussi des hospitalisations. L’étude Merseyside, publiée dans le British Medical Journal en 2004 et pratiquée sur 18 820 patients, établissait que 6,5% des hospitalisations étaient liées aux effets secondaires indésirables des médicaments et que dans 80% des cas, les effets secondaires avaient conduit directement à l’hospitalisation. Dans seulement 0,15% des cas, ils entrainaient la mort, ce qui peut paraître peu compte tenu des chiffres suédois récents. Les chercheurs suédois évaluent en effet à 5% le taux de mortalité des patients hospitalisés suite à des effets secondaires. Jönsson nous dit qu’il est difficile de savoir exactement quel est le taux de mortalité réel étant donné que ces chiffres reposent sur les informations tirées des certificats de décès et que les effets secondaires n’y sont guère pris en compte.

C’est pourquoi la scientifique décida d’analyser en détail 1 décès sur 7 s’étant produit en 2001 en Suède dans 3 districts différents. Les cas suspects relevés en examinant les dossiers médicaux des patients furent analysés par un pharmacologue clinique et un pathologiste médico-légal.

3% des décès dûs aux effets secondaires

Les scientifiques soupçonnèrent que la mort des patients était dûe aux effets secondaires des médicaments (fatal adverse drug reaction, FADR) dans 49 cas de décès parmi les 1 574 (3,1%). Dans presque 2 tiers des cas, des hémorragies en étaient la cause. Les décès étaient la plupart du temps causés par des hémorragies gastro-intestinales (37%), des hémorragies cérébrales (29%), des maladies cardio-vasculaires (10%), d’autres hémorragies (8%) et un dysfonctionnement rénal (6%). Les médicaments le plus souvent responsables des effets secondaires étaient les anti thrombotiques (63%), les antiphlogistiques non stéroïdes (NSAID; 18%), les antidépresseurs (14%) ainsi que les médicaments cardio-vasculaires (8%). Selon les scientifiques, 41 décès à l’hôpital sur 639 (6,4%) étaient dûs aux effets secondaires mortels des médicaments.

Éviter la prise de médicaments n’est pas une solution

Les résultats de l’étude ne signifient pas forcément que les patients décédés des suites d’effets secondaires de médicaments seraient encore en vie s’ils n’avaient pas pris ces médicaments. Cette considération n’illustre qu’un côté de la médaille, nous dit Simon Thomas, médecin à l’université Newcastle en Grande-Bretagne. Les médicaments fréquemment utilisés qui causent des hémorragies comme les anti thrombotiques ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens présentent de gros avantages et sont indispensables à beaucoup de patients. On devrait mettre en rapport le nombre des morts dûs aux effets secondaires avec celui des patients qui ont prolongé leur vie grâce à la prise de ces médicaments ou avec celui des patients qui ont une meilleure qualité de vie grâce à la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Jönsson et ses collègues en déduisent qu’on sous-estime souvent le risque des effets secondaires mortels et que la responsabilité médicale est lourde à gérer. Ils n’en ont cependant pas étudiés les causes. Ils veulent maintenant passer les dossiers médicaux au peigne fin afin de savoir combien de décès auraient pus être évités. Ce qu’on peut lire actuellement laisse à penser que cela pourrait représenter de 18% à 70% des cas.

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