Thérapie cancéreuse : une aide de l’Extrême-Orient

28. mai 2008
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Pendant longtemps, la médecine chinoise traditionnelle n'a pas été prise au sérieux ou a été ignorée en matière de thérapie cancéreuse classique. En Allemagne, l'élite des chercheurs sur le cancer découvre aujourd'hui les potentiels d'une culture vieille de plus de 5 000 ans - le DKFZ, le centre de recherche sur le cancer allemand, a utilisé des plantes médicinales chinoises et publie les incroyables résultats pour la première fois.

Le diagnostic fait déjà prendre conscience aux patients qu’ils ont pratiquement leur vie derrière eux : les patients ayant un mélanome de la choroïde ont en général encore seulement 3 à 5 mois à vivre après que ce cancer agressif ait été diagnostiqué chez eux. L’utilisation de substances de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) engendra une nette amélioration pour 2 patients : l’un vécut 24 mois et l’autre surmonta la maladie 4 ans après avoir été traité avec "thérapie spéciale aux herbes".

Il serait déplacé de classer cette nouvelle dans la catégorie des informations non sérieuses – elle provient précisément de l’olympe des oncologues, le centre de recherche sur le cancer allemand (DKFZ) à Heidelberg.

Le biologiste moléculaire de la DKFZ, Thomas Efferth, a en effet utilisé avec ses collègues de l’université Friedrich Alexander d’Erlangen la substance artésunate sur 2 patients atteints d’un mélanome de la choroïde. Le dérivé de l’artémisinine utilisé dans la MTC possède une propriété toute particulière : il tue les cellules cancéreuses isolées dans les cultures de cellules. Ce qui à première vue ressemble à la promesse d’un guérisseur a cependant un fondement solide en biologie moléculaire.

Un explosif pour la tumeur

La substance artémisinine contenue dans l’armoise réagit dans un premier temps avec le fer qui s’accumule dans les cellules cancéreuses proliférantes. Cette étape n’a aucun effet sur la prolongation de vie des patients traités. C’est la conséquence de cette réaction qui s’avère être une arme redoutable contre le cancer, comme nous le rapporte le biologiste moléculaire Efferth dans le magazine du DKFZ "Einblick" : "Quand l’artémisinine rencontre le fer, il se produit une réaction chimique par laquelle des radicaux libres actifs se forment". Ces particules d’oxygène se fixent apparemment aux membranes cellulaires de la tumeur et les percent de cette manière. Artémisinine agit "comme un explosif pour la tumeur", poursuit Efferth.

La substance n’est pas un cas unique. La médecine chinoise compte à son répertoire plus de 6 000 plantes médicinales et de manière globale, les médecins auraient à leur disposition plus de 250 000 sortes de plantes efficaces thérapeutiquement parlant – si seulement on savait quel composant agit sur quoi.

C’est ce que cherchent à savoir les chercheurs tels qu’Efferth en Europe ou les scientifiques dans la patrie de la MCT. Les chinois démarrent leurs recherches à la base du savoir de leurs ancêtres datant de plusieurs siècles.

Au début de notre millénaire, les biotechnologistes chinois ont ainsi créé une base de données, qui une fois complète, sera en mesure de lier la MTC avec les méthodes de la technologie génétique moderne. Lors d’une présentation de la base de données à Shanghai, le directeur du centre chinois du génome humain, Chen Zhu, montra comment la pensée de l’ancienne culture peut être transposée aux procédés de notre monde de haute technologie. On pourrait également utiliser le décodage du génome humain et la technologie génétique correspondante pour comprendre les "mystérieux" effets de la médecine traditionnelle chinoise.

Sexy d’un point de vue oncologique

Comme par le passé, les institutions scientifiques majeures de Chine se réjouissent des faveurs du pouvoir en place. L’État soutient massivement ces projets comptant parmi les offensives techniques de la République populaire. Environ 180 millions de dollars américains provenant des caisses publiques ont été investis seulement entre 1996 et 2002 dans des projets chinois de biotech, parmi lesquels des projets consacrés à l’étude de substances de la MTC. Encore plus importante est la tendance dont ont convenu les experts de l’Ouest entre-temps. Selon les estimations, la somme des subventions pour le secteur d’avenir des sciences de la vie – qui outre la médecine et la technologie génétique comprend la biotechnologie – serait quadruplé.

Les médecins-chercheurs allemands ne peuvent que rêver d’un tel coup de pouce financier. Toujours est-il que des moyens financiers sont aussi débloqués aujourd’hui en Allemagne pour l’étude des énormes potentiels de la MTC. C’est ainsi qu’un groupe de chercheurs du DKFZ a pu identifier des substances issues de plantes médicinales chinoises grâce auxquelles on pourrait combattre la chimiorésistance des cellules cancéreuses. L’apothéose : les substances végétales Wogonine et Rocaglamide agissent différemment des chimiothérapeutiques traditionnels et semblent détruire également les tumeurs sur lesquelles la chimiothérapie classique échoue. Un autre avantage de ces médicaments potentiels : selon les résultats établis jusqu’à présent, les cellules saines ne sont pas ou très peu endommagées. L’organisation allemande d’aide contre le cancer, Deutsche Krebshilfe, subventionne le projet de recherche avec quand même 418 000 euros. "Les substances issues de plantes médicinales chinoises pourraient donner un nouvel espoir dans de tels cas : elles rendent les cellules cancéreuses à nouveau sensible au signal de mort de la cellule", explique le Professeur Peter Krammer, Directeur de projet et porte-parole de la recherche axée sur l’immunologie cancéreuse au DKFZ.

Le groupe de travail veut maintenant examiner à la loupe les cellules dégénérées du système de défense immunitaire qui provoquent des leucémies et des cancers du système lymphatique. Mais la Deutsche Krebshilfe résume très bien en une phrase ce qui rend l’affaire vraiment sexy du point de vue de la recherche oncologique : "les substances pourraient en principe être également utilisées pour lutter contre d’autres tumeurs".

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