Le couac de l’autisme

24. juin 2008
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Se faire vacciner contre la rougeole, regarder la télévision, surfer sur le Net : presque toutes les innovations du 20ième siècle semblent favoriser l'autisme. Une nouvelle étude étaie aujourd'hui la thèse que l'autisme ne croît qu'en apparence. Par ailleurs, un nouvel ordinateur de poche peut aider ceux qui en souffrent réellement.

Les statistiques médicales sur la fréquence des maladies sont à prendre avec un peu de recul. Elles sont souvent encouragées et publiées par des organisations qui ont un intérêt à faire continuellement parler de « leurs » maladies. Conséquence : presque toutes les maladies semblent, soit s’être répandues, soit être encore très fortement présentes.

L’épidémie d’autisme et la recherche des responsables

L’autisme infantile fait également partie de cette catégorie, ce qui est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une maladie communément reconnue comme étant fortement déterminée génétiquement. Mais les spécialistes et les non-initiés parlent depuis des années d’une épidémie d’autisme qui doit s’être propagée dans les 20 dernières années. Des scientifiques du Special Needs and Autism Project (SNAP) du Sud de l’Angleterre ont voulu quantifier cette croissance et en ont fait part il y a 2 ans dans une publication très controversée du magazine professionnel The Lancet : la proportion d’autistes fut dès lors multipliée par huit entre le début des années 90 et l’année 2006 ; elle passa de 5 enfants pour mille à 40 enfants pour mille. Depuis, beaucoup jugent adéquat de parler d’une épidémie d’autisme. Le zélotisme qui en est la cause varie selon les cas. Il est plus étendu dans les pays anglo-saxons qu’en Europe centrale et est plus prononcé dans les milieux plus critiques culturellement qu’ailleurs. Par conséquent, les vaccins polyvalents et/ou contre la rougeole, la télévision, l’Internet, les jeux sur ordinateur ainsi que le stress en général font partie des facteurs qu’on met volontiers en relation avec l’augmentation de l’autisme. Pour tout cela, il existe aussi des études épidémiologiques qui soi-disant le démontrent ou l’expliquent.

Des doutes sur la constance des diagnostics

Déjà en 2003, des épidémiologues exprimèrent en premier leurs doutes sur la thèse de l’épidémie d’autisme. Cette année là, la « General Practice Research Database » – une base de données de recherche en Grande-Bretagne avec des données patients pseudonymisées de médecins de famille – fut ainsi évaluée électroniquement. Cette analyse montra en effet une croissance des diagnostics concernant l’autisme mais qui vont toutefois en parallèle avec une décroissance de la fréquence des diagnostics des troubles du langage. De telles corrélations sont intéressantes mais ne prouvent rien. Dans une étude financée par la Wellcome Trust, les médecins autour du Professeur Dorothy Bishop de l’université d’Oxford se sont donnés plus de peine et ont examiné les passés médicaux de 38 adultes pour lesquels un trouble du développement du langage avait été diagnostiqué lorsqu’ils étaient enfants entre 1986 et 2003. Les résultats de l’étude sont à lire dans l’édition d’avril du magazine Developmental Medicine and Child Neurology. Il s’agit sans exception d’hommes qui avaient participé à des études cliniques par le passé et sur lesquels on disposait d’enregistrements détaillés. Les médecins ont examiné de nouveau ces dossiers et ont en plus ré-examiné eux-mêmes les patients concernés. Et que constate-t-on ? Au moins un quart des patients serait considéré comme autiste selon les critères de diagnostic actuels. « Notre étude est une preuve directe que des critères de diagnostic changeants ont pour le moins contribué à l’augmentation de l’autisme », nous dit Bishop. Mais elle n’aimerait pas s’avancer plus pour le moment : « Du fait des petits chiffres, nous ne pouvons pas affirmer qu’il n’existe pas également une augmentation de l’autisme », nous dit la scientifique. Les pessimistes culturels ont donc encore, jusqu’à nouvel ordre, un peu de marge de manoeuvre.

La technique comme partie de la solution ?

La modernité et ses bénédictions techniques ne délaisse pas pour autant les enfants autistes. C’est ce que montrent les bonnes expériences avec des « gadgets » techniques dans ce groupe de patients : la clinique canadienne Bloorview de réhabilitation pour les enfants vient à nouveau de témoigner d’excellentes expériences avec des ordinateurs de poche utilisés par des enfants autistes pour communiquer. La solution développée au Canada se base sur un mélange d’images et de textes où l’enfant se voit proposer des mots courants dès qu’il a saisi quelques lettres afin de lui faciliter la tâche. Le tout est alors relié à une sortie vocale. « Les enfants entament des conversations qu’ils n’auraient jamais faites sans cette aide », a observé l’orthophoniste de Bloorview, Margaret Etorre.

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