Open Access : le Paywall doit tomber

16. novembre 2015
Share article

Pratiquement aucun projet de recherche ne serait possible sans fonds publics. Grâce aux résultats, les éditions amassent des fortunes, tandis que les chercheurs et les médecins sans connexion académique perdent l’accès à des œuvres récentes. Mais la résistance se met en place.

Des scientifiques néerlandais ont été les premiers à craquer. Après qu’Elsevier ait déclaré ne pas être prêt à devenir Open Access, à savoir rendre libre la publication des résultats scientifiques, ils ont formulé un appel au boycott. Les collègues souhaitent que l’éditeur ne fonctionne plus en tant que rédacteur en chef ou en tant que reviewer et ont décidé de présenter leurs publications ailleurs. Ce n’est pas un événement unique : au début de 2015, une université allemande a annulé les négociations avec Elsevier. Les représentants des universités ont indiqué comme raison les « des prix clairement exagérés ». Elsevier est mis au pilori à cause de sa politique de prix agressive pendant plusieurs années. L’ETH Zurich (Suisse) en 2014 a dépensé environ 3,5 millions de francs suisses pour les publications de cette maison d’édition, suivie par Wiley (1,5 millions CHF) et Springer (environ un million de francs suisses). Tous les concernés demandent comme solution un accès ouvert (Open Access).

Moderne et intemporel

De telles tendances apparaissent depuis un certain temps. Depuis les années 1990, les budgets des bibliothèques universitaires ont diminué de manière drastique. Les chercheurs publient simultanément de plus en plus d’articles spécialisés. Les possibilités de s’informer sur le travail de leurs collègues ont empiré. Les médecins sans connexion académique ont été particulièrement touchés, s’ils souhaitent en apprendre davantage sur les derniers développements de la recherche. La critique principale est que presque tous les organismes de recherche reçoivent des fonds publics. Les découvertes doivent donc être présentées au grand public, en particulier d’autres laboratoires ou des médecins. Au lieu de cela, les bibliothèques utilisent l’argent des contribuables afin d’acquérir les droits d’utilisation. Plus tard est venue s’ajouter la discussion liée à la demande de partager certaines publications sur les réseaux comme ResearchGate.

Or, Vert, Gris

La Budapest Open Access Initiative (BOAI) est le point de départ de l’Open Access. «Toute la littérature devraient être librement accessible sur Internet, sans demander aux scientifiques de payer pour cela », dit le texte. Un an plus tard, le Bethesda Statement on Open Access Publishing est publié. Pendant ce temps, différentes stratégies se sont dessinées. La voie « dorée » est définie comme toute publication dans les médias Open Access avec un processus de Peer-Review. Un aperçu peut être trouvé dans le Directory of Open Access Journals (DOAJ). Beaucoup de scientifiques attendent toujours la « voie verte ». Il s’agit de publier des prépublications sans review ou faire des post publications sous forme de Postprints avec review. Les dépôts institutionnels remplacent les pages individuelles et offrent les mêmes données primaires pour les articles : selon les experts, il s’agit de la meilleure protection contre la fraude scientifique. La « littérature grise » comme les thèses de licence ou de master, les mémoires ou les actes non disponibles dans les bibliothèques atteindraient internet via des chemins similaires.

Sus à l’argent

Néanmoins, les éditeurs ne veulent pas dire au revoir à la vache à lait scientifique. Ils ont immédiatement développé de nouveaux modèles d’affaires. Deux exemples : BioMed Central (BMC) publie plus de 200 revues en libre accès de médecine ou biologie. Chaque rapport scientifique passe par un vaste processus d’examen par les pairs. Les chercheurs supportent tous les coûts («Author-Pays-Modell »), pas les bibliothèques. De même, la Public Library of Science (PLOS) travaille avec ses revues PLoS Biology, PLoS Medicine, PLoS Computational Biology, PLoS Genetics, PLoS Pathogens PLoS Neglected Tropical Disease et PLoS ONE. À côté, il y a des « modèles hybrides ». Il y a quelques semaines, par exemple, Springer a signé un accord avec le consortium autrichien de bibliothèque. À partir de 2016, les scientifiques pourront publier dans des revues du groupe sans se soucier des coûts possibles. Dans le même temps, ils auront accès à environ 2.000 revues Springer. Un arrangement similaire s’applique aux universités néerlandaises depuis 2014; en Allemagne et au Royaume-Uni, c’est encore au stade de négociations.

Bavure éditoriale

Depuis quelques années, les journaux en Open-Access se sont installés comme des publications sérieuses. Leurs facteurs d’impact diffèrent de moins en moins de la concurrence établie, comme une étude l’a montré. Donc tout va pour le mieux ? Pas du tout – John Bohannon de l’Université Harvard s’intéresse en particulier à ce qu’il reste à combler dans le processus d’examens par les pairs. Fin 2013, il a envoyé une contribution manifestement fausse à 304 revues en Open Access – 157 avaient publié son article. Outre les préoccupations scientifiques, il reste les contraintes économiques. Si un chercheur veut payer selon le modèle « Author-Pays », est-ce que les budgets des institutions ne seront pas trop justes pour tous les collaborateurs ? D’une manière ou d’une autre, l’argent des contribuables va à nouveau aux éditeurs. Mais par rapport à des revues classiques, l’obole est nettement inférieure. Si l’Open Access est considérée comme une stratégie futuriste, la communauté doit encore clarifier un certain nombre de questions.

4 note(s) (4 ø)
Médecine

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: