Les cellules adipeuses ne donnent-elles que des poignées d’amour ?

24. juin 2008
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La principale fonction des cellules adipeuses est uniquement de constituer les petits bourrelets si mal-aimés. C'est la théorie la plus usuelle. Mais on sait aujourd'hui démontrer que les cellules adipeuses sont capables d'en faire plus. Les dépôts importuns ont même une influence sur le système immunitaire.

De gros bourrelets autour des hanches ou aux fesses. Pour le chirurgien, une horreur, pour l’interniste, un risque pour le cœur et le système cardio-vasculaire et pour l’orthopédiste, un facteur d’arthrose. N’oublions cependant pas que nous devons aussi aux cellules adipeuses nos formes rondes ou carrées, notre silhouette reconnaissable et nos traits du visage. Les bourrelets amortissent les chocs et sont en même temps des stocks d’énergie à long terme pour les mauvais jours. Ils apparaissent en général au fur et à mesure des années et ne disparaissent que très rarement.

Leptine – lien avec le système immunitaire

Ces dernières années, la recherche nous a surprit, non seulement avec ses nouvelles connaissances sur l’héritabilité de l’index de corpulence et de la stature mais aussi sur de nouvelles fonctions dont on aurait pas cru capable cet organe de stockage. Le stock d’énergie envoie des signaux de commande importants avec toute une série de facteurs produits par lui-même. En 1993, le groupe de travail de Bruce Spiegelman de l’Institut Dana Farber à Boston pu démontrer sur des rongeurs que les cellules adipeuses des animaux en surcharge pondérale produisent le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF alpha), un facteur inflammatoire important. Le TNF contribue aussi à augmenter l’insulino-résistance.

Déjà l’année d’après, Jeffrey Friedman et ses collaborateurs de l’institut Howard-Hughes-Medical découvrirent un des messagers les plus connus des cellules adipeuses, la leptine. Le taux de leptine délivre des informations concernant le stock d’énergie et commande le sentiment de faim. Mais la leptine peut apparemment faire beaucoup plus. Des souris obèses ayant une déficience en leptine possèdent ainsi une protection contre l’encéphalite auto-immune ou les réactions allergiques. Comme le découvrit le groupe de Britta Siegmund de la Charité à Berlin, la leptine stimule aussi les cellules T naïves du système immunitaire lors de réactions inflammatoires. Toutes les cellules du système immunitaire portent le récepteur de la leptine sur leur surface, un signe du lien étroit entre les stocks d’énergie et les défenses contre les infections.

Les cellules du système immunitaire dans le tissu adipeux

La longue liste des "adipocytokines" nous montre que les cellules adipeuses mettent non seulement du combustible à disposition mais fonctionnent aussi comme entrepôt de cytokines. Andreas Schäffler de Regensburg nous montra ainsi que l’adiponectine des tissus adipeux des articulations active le processus inflammatoire en cas de polyarthrite rhumatoïde. Cette hormone semble en revanche atténuer la réponse immunitaire dans d’autres tissus. Autres facteurs des tissus adipeux : la visfatine se fixe au récepteur de l’insuline et contribue ainsi à l’insulino-résistance. Notamment de forts taux génèrent des entérites comme la maladie de Crohn. La résistine ou la protéine de liaison du rétinol 4 font également partie des adipocytokines les plus importantes.

Personne ne fut donc surprit lorsque les chercheurs de l’université Columbia à New York trouvèrent en 2003 des macrophages au sein des cellules adipeuses d’enfants et d’adultes en surpoids. Cela précise que les dépôts de graisse surchargés engendrent une inflammation à proximité et au loin. Le syndrome métabolique en tant que stade préliminaire de l’insulino-résistance est dès lors une conséquence du déséquilibre des adipocytokines. Dans un article de l’édition actuelle de "Molecular Medicine", Carl Nathan écrit que la suralimentation provoque une surproduction de radicaux libres intermédiaires réactifs provenant de l’oxygène (ROI) ou de l’azote (RNI), qui sont normalement contre l’ennemi microbien dans le corps mais qui maintenant engendrent un stress continuel pour lui.

Du combustible sur mesure

Les résultats de Caroline Pond de Milton Keynes en Angleterre montrent aussi à quel point les relations entre le système immunitaire et les cellules adipeuses sont étroites. Des signaux de cellules dentritiques dans les cellules adipeuses commandent précisément la transformation sur mesure de la graisse déposée en acides gras pour ces cellules de défense spécialisées. On trouve également toujours dans les foyers inflammatoires locaux des foyers d’adipocytes qui veillent à ce que l’énergie vienne de leur dépôt et non des dépôts des cellules musculaires importantes.

Un enfant potelé accumulant des cellules de graisse bien remplies semble révéler un marché de l’énergie et une centrale de commande pour le système immunitaire. La relation entre une alimentation saine et des défenses effectives contre les intrus devient toujours plus claire, mais aussi les processus auto-immuns et cancéreux. De ce point de vue, les bourrelets manquants du fait d’une alimentation insuffisante sont tout aussi dangereux que les poignées d’amour.

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