EDCs : les perturbateurs des hormones

16. novembre 2015
Share article

Les experts de l’Endocrine Society avertissent contre les dangers sur la santé que présentent les produits chimiques qui ont des effets sur le système endocrinien. Ceux-ci ne sont pas uniquement coupables de nombreuses maladies communes. Une exposition au cours du développement prénatal et postnatal précoce serait également dangereuse.

La Société internationale d’endocrinologie (Endocrine Society) a publié en fin Septembre l’Executive Summary de son deuxième rapport sur les perturbateurs endocriniens EDC (endocrine disrupting chemicals). Les experts y ont expliqué qu’il existe de plus en plus de preuves de risques pour la santé dus aux perturbateurs endocriniens. En particulier concernant le diabète sucré et l’obésité, il y a eu beaucoup de nouvelles études depuis la publication du premier rapport en 2009 qui indiquait que l’exposition aux EDC va de pair avec un risque accru de ces maladies. En outre, les soupçons ont confirmé que les EDC ont également une influence sur la fertilité des hommes et des femmes, les cancers hormono-sensibles, comme les cancers du sein, de l’ovaire et de la prostate, ainsi que sur les maladies de la thyroïde et sur certains troubles dans le développement du système nerveux.

« La preuve est plus claire que jamais », a déclaré Andrea C. Gore, professeur à l’Université du Texas (Etats-Unis) et président du groupe de travail qui a rédigé le rapport. « Les EDC perturbent le système hormonal d’une manière qui nuit à la santé humaine. Des centaines d’études pointent vers la même conclusion, qu’il s’agisse d’études épidémiologiques chez l’homme, de recherche fondamentale sur des animaux ou de recherches sur des groupes de personnes qui sont professionnellement exposées à des produits chimiques spécifiques ».

Dans le monde, chaque année, environ 1,5 millions de personnes meurent des conséquences directes du diabète. La prévalence de l’obésité et du diabète augmente aussi régulièrement : depuis 1980, le nombre d’obèses a plus que doublé, tout comme le nombre de diabétiques estimé qui est passé de 151 millions (2000) à 387 millions (2014). Compte tenu de ces chiffres, il n’est pas étonnant que les organismes de santé et les scientifiques parlent maintenant dans les deux cas d’épidémies. Selon une estimation, publiée en Mars de cette année, les diabètes et l’obésité liés aux EDC coûteraient à l’UE plus de 18 milliards d’euros par an.

Risque sous-estimé

Les EDC se définissent comme des substances exogènes qui affectent les niveaux d’hormones et nuisent ainsi à la santé. Des exemples bien connus sont le bisphénol A (BPA), le DDT, les biphényles polychlorés (BPC), les dioxines et les phtalates, mais on parle aussi d’un effet endocrinien pour d’autres substances comme les parabènes et le triclosan. Bien que de nombreuses substances telles que les BPC sont maintenant interdites, ces composés peuvent encore être rencontrés dans l’environnement. À cause de leur grande persistance, nous continuons à être exposés à ces substances dans l’eau, l’air et la nourriture.

D’autres perturbateurs endocriniens tels que le BPA sont (pour le moment encore) considérés comme relativement inoffensifs et donc existent dans de nombreux objets du quotidien. Comme le BPA est utilisé pour la fabrication du plastique polycarbonate, il peut être par exemple trouvé dans plats et les bouteilles en plastique, mais les papiers thermiques pour factures, tickets et billets de stationnement sont aussi une source de BPA. En outre, le BPA est utilisé dans de nombreux dispositifs médicaux. Une étude sur les nouveau-nés dans les unités de soins intensifs a montré que la concentration de BPA dans l’urine des nourrissons dépend du nombre d’équipements médicaux dont ils dépendent. Chez les nourrissons qui nécessitaient par exemple de recevoir de l’oxygène, une ventilation à pression positive ou une sonde naso-gastrique, la concentration BPA était significativement plus importante dans les urines.

Des effets pour toute la vie

Selon l’Endocrine Society, les conséquences de l’exposition aux EDC au cours de période temporelles critiques du développement, de la période prénatale et postnatale précoce sont dangereuses. Par exemple, les études animales ont montré qu’il est suffisant d’être exposé au cours du développement prénatal à de minuscules quantités de perturbateurs endocriniens pour déclencher plus tard une obésité. « Une exposition aux EDC au cours du développement précoce peut avoir des conséquences sur de longues durées et même permanentes», prévient Jean-Pierre Bourguignon, professeur de pédiatrie à l’Université de Liège en Belgique. Il est donc particulièrement important que les médecins clarifient auprès des femmes enceintes comment elles peuvent protéger l’enfant à naître.

Dans le monde, environ 42 millions d’enfants de moins de 5 ans sont en surpoids. Nous ne savons pas encore dans quelle mesure les perturbateurs endocriniens sont à blâmer, mais en raison de la surcharge pondérale chez ces enfants le risque de maladie cardio-vasculaire, mais aussi de diabète sucré de type 2, est plus important. Certains EDC semblent agir de manière spécifiquement diabétogène, tandis que d’autres perturbateurs endocriniens favorisent l’obésité (propriétés obésitogènes).

Mais les EDC ont des effets encore plus indésirables sur le développement des enfants : ils peuvent par exemple, également affecter la thyroïde et donc les niveaux sériques de l’hormone et / ou la fonction hormonale. Comme les hormones thyroïdiennes effectuent diverses tâches à différents moments du développement, les effets sur la santé dépendent fortement du moment où les EDC agissent. Pour certains produits chimiques qui affectent la glande thyroïde, une association avec des déficits cognitifs a pu être détectée. En outre, l’exposition de la mère aux EDC est corrélée négativement avec le QI de l’enfant.

Pas d’enfants à cause des bouteilles en plastique ?

Les EDC n’affectent apparemment pas uniquement le développement intellectuel, mais aussi le développement physique : beaucoup de perturbateurs endocriniens conduisent à une puberté prématurée et une thélarche prématurée accompagnée d’une petite taille. Chez la progéniture masculine, il semble également exister une corrélation entre l’exposition parentale aux EDC et hypospadias et cryptorchidie.

À cause de ces effets, il est n’est pas étonnant que les EDC ont également longtemps été soupçonnés de réduire la fertilité masculine et féminine. Il pourrait par exemple être démontré que les perturbateurs endocriniens ont un impact sur la gamétogenèse et donc la qualité du sperme / ovocyte. Pour les couples qui veulent des enfants, il pourrait donc être également utile d’éclaircir au cours de la consultation des effets potentiellement toxiques des EDC sur la reproduction.

Des cancers à cause des tickets de caisse ?

Que cela soit chez les hommes ou chez les femmes, une association entre l’exposition aux EDC et l’incidence des cancers hormono-sensibles a pu être détectée. Chez les femmes, il existe des preuves pour suggérer qu’une exposition précoce aux EDC peut altérer le développement de la poitrine de manière durable et est donc associée à un risque accru de cancer du sein. Le risque de cancer du col de l’utérus et de l’ovaire ainsi que les troubles bénins de la prolifération cellulaire tels que endométriose et léiomyomes semblent aussi augmenter avec les EDC ayant une activité oestrogénique / anti-oestrogénique.

Mais il n’y a pas uniquement les organes sexuels de la femme qui peuvent être influencés par les hormones et les substances à activité hormonale, les hommes non plus ne sont pas à l’abri des effets des EDC. L’incidence, la progression et la mortalité du cancer de la prostate sont influencées par exemple par les EDC. Le mécanisme exact n’est pas clair, mais les récepteurs stéroïdes, les enzymes stéroïdogènes, la reprogrammation épigénétique et les cellules souches et progénitrices de la prostate en développement et des adultes semblent jouer un rôle. Un bon exemple que les EDC n’agissent pas seulement sur une voie d’un système, mais ont des effets multimodaux.

L’union fait la force

À l’heure actuelle, personne ne peut dire à quelle concentration hormonale les substances actives sont nocives pour la santé, mais l’Endocrine Society a indiqué dans son rapport que les effets additifs et synergiques entre les EDC ou des EDC et des hormones endogènes sont la norme. Les effets des mélanges d’EDC sont cependant bien pires que les effets de substances individuelles selon les études. Les limites pour les EDC individuels ne peuvent donc s’appliquer que dans un premier temps. The Endocrine Society appelle donc à réaliser plus d’analyses sur les relations de cause à effet entre les EDC et les maladies, en particulier lors de tests plus stricts pour l’activité des produits chimiques sur leur activité endocrinienne, en combinaison en faible dose avec des EDC connus. Mais une chose semble claire : mieux vaut être le moins possible exposé aux EDC.

8 note(s) (4.13 ø)

Comments are exhausted yet.

1 commentaire:

Merci
C’est la prise de conscience de plus en plus large qui permettra des contre pouvoirs actifs au sein de notre société.

#1 |
  0
Langue:
Suivre DocCheck: