Avec un bistouri et de la salive

24. juin 2008
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Une étude publiée récemment dans PLoS montre que le test rapide VIH salivaire peut, juste avant la naissance, faire diminuer le risque de transmission au nouveau-né, car les résultats rapides permettent de prendre à temps une décision concernant une césarienne. On pourrait ainsi éviter une propagation de l'épidémie, avant tout dans les pays où le dépistage du SIDA ne fait pas partie de la routine.

C’est un jour ordinaire dans un hôpital typique de campagne en Inde : les tests traditionnels de dépistage du VIH sont faits par prise de sang et les résultats prennent des jours. Pour les médecins, c’est une catastrophe car, dans le cas où une mère s’avère positive, chaque heure perdue peut signifier une espérance de vie plus courte pour l’enfant. Un test de dépistage rapide salivaire livra des résultats en 20 minutes – et fut plus précis que ce qu’escomptaient beaucoup de médecins. Dans le cadre de l’étude, 1.200 femmes bénéficièrent du nouveau procédé et 15 patientes s’avérèrent positives. Certes, le test salivaire donna tout d’abord 14 résultats positifs mais un nouvel examen ultérieur permit finalement d’établir le diagnostic correct.

Cela représente un franc succès du point de vue du diagnostic moléculaire car les résultats de la prise de sang et du dépistage salivaire sont les mêmes à 100 %. La conséquence est aussi simple qu’effective : si le médecin sait qu’une parturiente ou une mère qui allaite est infectée, il peut prendre des mesures d’urgence : une césarienne ou une thérapie préventive antirétrovirale. On a ainsi pu réduire le taux de contamination à moins de 2 % dans les nations occidentales. Dans les pays en voie de développement, le taux est nettement plus élevé, et pas seulement pour cause du manque de moyens thérapeutiques. La raison aussi simple qu’effrayante : l’ignorance de la plupart des mères au sujet de l’infection.

C’est le tout pour le tout

Plus de 1 000 enfants sont contaminés par le VIH tous les jours dans le monde et selon les données de l’UNICEF, ce sont en tout 2,5 millions de garçons et filles qui en souffrent. On peut aussi interpréter les chiffres ainsi : les préservatifs seuls sont peu efficaces dans le tiers monde car ils n’y sont pas vraiment utilisés.

Face à une telle ampleur, les spécialistes mettent en place une nouvelle stratégie : la coopération directe avec les pays touchés et de l’argent frais pour mettre en place des mesures de prévention innovantes qui devraient permettre d’enrayer la propagation rapide du virus. Les projets semblent bénéficier de bons augures. En novembre dernier, le ministère public pour la formation et la recherche (Bundesministerium für Bildung und Forschung (BMBF)) annonçait en effet qu’il allait soutenir l’initiative européenne EDCTP (European and Developing Countries Clinical Trials Partnership) encourageant les études cliniques pour le développement de médicaments et vaccins contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Son but principal serait « le renforcement de la science en Afrique », comme le soulignait le Ministère.

Il ne s’agit pas par là de soigner son image mais de l’avenir des enfants touchés et par ce fait même, du tout pour le tout. Le programme EDCTP prévoit un investissement total de 600 millions d’euros provenant pour une part égale de la Commission Européenne, des pays participants et d’autres moyens privés et publics. Contrairement à ce qui se faisait par le passé, il ne s’agit pas en premier lieu de trouver de nouveaux vaccins ou des pilules miraculeuses mais de « meilleures possibilités de traiter le SIDA dans les pays en voie de développement ».

Des microbiocides contre le VIH

Stopper la vague de propagation est aussi une préoccupation de l’union Européenne. Elle a versé une subvention de 4,2 millions d’euros pour la recherche « d’un microbiocide plus sûr et plus effectif pour empêcher la transmission du VIH chez les femmes ». Les médecins espèrent que les substances vaginales appliquées puissent contribuer à réduire la transmission du VIH lors des rapports sexuels. Les microbiocides peuvent être utilisés sous forme de gel, crème, film, suppositoire, éponge ou anneau vaginal qui libèrent lentement la substance active – et qui s’emploient avant tout en Afrique.

Car là-bas, 74% des jeunes adultes entre 15 et 24 ans infectés par le VIH sont des femmes. Selon un rapport publié en novembre 2006 par l’ONUSIDA, il n’y a jamais eu, dans le monde, autant de femmes de plus de 15 ans infectées par le VIH. Les 4,2 millions d’euros de l’Union Européenne seront dépensés jusqu’en 2009 et 8 sites d’essais cliniques – au Kénia, au Ruanda, en Afrique du Sud et au Zimbabwe -aideront la nouvelle stratégie à s’implanter. L’Institut de médecine tropicale situé en Belgique conduit par ailleurs des formations dans le cadre du projet en Afrique et dans le domaine des essais cliniques. Le message dit que la prévention peut sauver des vies – mais il s’agit cette fois de l’établissement de mesures de prévention clinique. La réussite en Inde prend ainsi une toute autre lumière : les stations hospitalières africaines pourraient aussi bénéficier du test de dépistage rapide.

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