Nouveau gel de coagulation : un bassin d’algues trouble

2. novembre 2015
Share article

Le Vetigel®, un nouveau produit, est censé arrêter les saignements en une minute. Les médecins ont recherché en vain des données cliniques. Il reste donc actuellement confiné à des applications vétérinaires. Les laboratoires de l’armée poursuivent en parallèle leurs propres cheminements, et en sont déjà beaucoup plus loin.

Que ce soit au travail, dans la circulation ou au combat, en cas de saignement majeur, il y a un risque important de choc hémorragique en raison de la perte en volume sanguin. Pour les blessures graves des extrémités, les bandages de compression ou les moulages existent. Mais un traumatisme interne peut difficilement être maîtrisé localement. En salle d’opération, les médecins utilisent des hémostatiques, de la colle de fibrine ou l’électrocoagulation. Cependant, plus il est difficile de rejoindre l’hôpital le plus proche, plus la mortalité est importante. Par conséquent, les chercheurs essaient de trouver des moyens de s’occuper des patients directement dans la rue.

Un miracle avec un extrait d’algues

Voici la dernière réalisation sur le sujet : les médias parlent avec une grande euphorie de Joe Landolina (22). Il avait déjà, á l’âge de 17 ans, dans le laboratoire de son grand-père, réalisé des expériences avec des extraits d’algues et obtenu un total de 5 000 dollars américains dans deux compétitions d’innovation : une base relativement faible pour des projets de recherche. Néanmoins, il a réussi à développer le Vetigel®. Sa préparation imite la cicatrisation naturelle, écrit Landolina, le nouveau PDG de Suneris. Si le gel visqueux est pulvérisé sur les lésions, un réseau dense de polysaccharides d’origine végétale se forme immédiatement sur la plaie. Le saignement est arrêté. Plus tard, cette structure devrait permettre aux fibrinoblastes de réaliser des travaux de construction supplémentaires, comme cela est connu lors de la cicatrisation classique d’une plaie classique. Et ce processus serait aussi accéléré selon Suneris ; mais les scientifiques attendent toujours une preuve de cette hypothèse. Avec ses collègues, Joe Landolina espère avoir des possibilités d’agir dans les régions en crise ou en cas d’accident, afin de maintenir les patients en vie jusqu’aux soins chirurgicaux.

Steak sauvé de l’hémorragie

L’histoire a toutes les caractéristiques du rêve américain typique. Mais en ce qui concerne les faits prouvables, on en est loin. Dans PubMed ou des bases de données similaires, aucune publication sur le Vetigel® n’apparaît. En outre, le promoteur Joe Landolina n’y est pas mentionné non plus. Mais alors, y-at-il des essais inscrits sur ClinicalTrials.gov ? Eh bien non ! La Food and Drug Administration américaine (FDA) n’a pas non plus d’informations. Et donc, que se passe-t-il actuellement ? Landolina commercialise ses produits exclusivement pour un usage vétérinaire qui est associé à des restrictions beaucoup plus basses. Il faut compter environ 30 USD par prise. Le fait que les patients ne sont pas seulement les chiens et les chats, mais aussi les personnes elles-mêmes, reste à leur entière discrétion.

DocCheck a demandé auprès de Suneris les données cliniques sur les effets thérapeutiques, mais aussi les effets indésirables. Aucune réponse n’a été donnée par l’entreprise au moment de la publication de cet article. Les articles sur les communautés internet sont tout aussi laconiques. Face aux médias américains, Joe Landolina annonce que les membres de de la FDA lui accorderaient dès 2016 l’autorisation pour les essais sur les humains. Mais savoir si ou quand une autorisation sera donnée reste du domaine de la voyance. En attendant, il montre sur Youtube comment sauver des steaks de l’hémorragie.

Minéral sauveur

Le Vetigel® est-il vraiment le fruit d’un bond en avant dans les recherches sur saignements ? Il est difficile de répondre à cette question sans données. D’autres sociétés font de la recherche sur ce sujet depuis des années et ont même des produits sur le marché. En cas de saignements importants, les services médicaux des forces armées fédérales allemandes se reposent sur le QuikClot®. Les troupes américaines ont même les QuikClot Combat Gauze® dans leur équipement. Les compresses contiennent du kaolin pour absorber le sang. Cela se traduit par la formation de caillots sanguins stables, et la perte de sang est réduite au minimum. Entre temps, plusieurs études sur son action ont été publiées. Le matériau inorganique inerte n’est pas absorbé par le corps et peut rester sur les plaies jusqu’à ce que les médecins puissent entrer en action. Le fabricant voit de nouvelles applications aux urgences et dans la police. Le seul point négatif : le QuikClot® ne convient pas pour les morsures profondes ou les plaies par balle.

Protection mousseuse

Les chercheurs de l’Université du Maryland souhaitent combler cette brèche avec une mousse novatrice. Leur préparation est pulvérisée directement sur les lésions, elle double de volume et durcit en un court laps de temps. Le sang ne s’écoule plus de la plaie car les bioplastiques et du chitosane chimiquement modifié conduit à l’agglutination. Au cours des expériences menées sur ce produit, les animaux ont perdu environ 90 pour cent de sang en moins grâce à la mousse. Maintenant, des tests cliniques sont prévus. Et d’autres projets de recherche de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) américaine sont plus avancés.

« L’hémorragie interne est considérée comme la cause la plus fréquente de décès à laquelle on peut potentiellement survivre sur un champ de bataille », écrivent les experts de la DARPA dans un communiqué. Pour améliorer le taux de survie des soldats avec trauma abdominal, les personnels paramédicaux peuvent injecter immédiatement deux fluides dans la cavité abdominale des victimes. Une mousse à durcissement rapide appuie sur les lésions des vaisseaux et arrête le saignement. Dans des études animales, la perte de sang peut être réduite à un sixième par rapport au groupe témoin. Après trois heures, 72 pour cent des animaux étaient encore en vie contre huit pour cent sans mousse.

Guerre et Paix

Une fois de plus, il semble que les institutions de recherche militaires dictent la ligne d’approche dans le domaine de la médecine d’urgence. Peut-être que Joe Landolina a effectivement découvert sans le budget de plusieurs millions de dollars de l’armée un nouveau principe actif. Nous attendons de pouvoir en étudier les données.

5 note(s) (4.8 ø)

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: