Hépatite C : les gênes paresseux guérissent mieux

22. juillet 2008
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Les nouveaux résultats de chercheurs de Bâle donnent de l'espoir aux médecins : l'évaluation diagnostique de l'état d'activation du système interféron du corps dans les biopsies du foie permet de prédire les chances de succès de la thérapie et des médicaments antiviraux employés. La découverte des Bâlois : plus les gênes sont actifs, moins bonnes sont les chances.

Les pronostics habituels sont encore peu édifiants : seulement la moitié des patients atteints d’hépatite C chronique peut être aujourd’hui guérie avec la thérapie interféron. Jusqu’à présent, les médecins se sont cassé la tête à essayer de comprendre pourquoi. Les travaux de chercheurs de l’hôpital universitaire de Bâle et de l’institut Friedrich Miescher nous éclairent aujourd’hui. 16 patients se sont soumis à une biopsie du foie 4 heures après une première injection d’interféron pegIFNalpha. « Ce prélèvement de tissus a permis aux chercheurs d’analyser l’effet moléculaire de pegIFNalpha directement dans le foie », informait l’université de Bâle après la publication de l’étude dans « Proceedings of the National Academy of Sciences« . Elle ajoutait : « l’analyse des échantillons d’organes montra que les gènes cibles devant être stimulés par l’interféron sont activés avant la thérapie chez beaucoup de patients ».

Cet effet jusqu’à présent inconnu eu des conséquences indésirables : l’action attendue de pegIFNalpha dans les cellules du foie des patients n’eut pas lieu. La poursuite de la thérapie ne produit également aucun effet sur le virus et les patients ne furent pas guéris.

Ce qui compte, c’est comprendre

Cependant les patients qui ne présentaient aucune activation du système interféron avant le traitement montrèrent « une action forte de pegIFNalpha avec une induction de centaines de gènes cibles », complète Bâle. Autrement dit : les médicaments utilisés n’agissent que sur ce groupe de patients.

On ne sait pas pourquoi le système interféron est activé chez presque la moitié des patients et l’effet des médicaments employés est réduit à néant. Cette question reste également sans réponse : pourquoi le système interféron activé ne peut-il pas éradiquer le virus de l’hépatite C. Ce qui est important, c’est la conclusion inverse et l’observation qu’un système interféron inactif peut apparemment permettre de mener la thérapie avec succès.

La coinfection est un problème mondial

La publication du PNAS va vraisemblablement occuper non seulement les hépatologues mais aussi intéresser les médecins ayant des patients atteints du VIH. Il y a plus de 3 ans, la commission européenne avait en effet autorisé la combinaison de la substance active peginterféron alfa-2a [40 kD] et de la ribavirine dans le traitement de l’hépatite C chronique (infection VHC) chez les patients stables cliniquement ayant simultanément une infection VIH. L’autorisation succéda autrefois avec un mois d’écart à l’avis positif des autorités sur la polythérapie du médicament correspondant, le plaçant au grade de premier médicament contre l’hépatite C qui est depuis référencé en Europe pour les patients coinfectés VIH-VHC.

L’élan des autorités d’agrément n’est cependant pas le fruit du hasard. La coinfection est en effet devenu un grave problème de santé publique. 30 % des patients qui sont atteints dans le monde par le VIH sont aussi infectés par le VHC. L’autorisation de la polythérapie succéda en 2005 à l’autorisation de l’EMEA correspondante pour la thérapie des patients atteints d’hépatite C et ayant des valeurs d’enzyme du foie continuellement « normales » ainsi qu’à plusieurs autorisations du médicament pour l’hépatite B dans les différents pays.

Les chances sont bonnes

Les résultats de Bâle ont de grandes conséquences même sans lien avec la thérapie VIH. L’infection chronique du virus de l’hépatite C est une des maladies du foie les plus fréquentes dans le monde. Seulement en France, 600 000 à 800 000 personnes sont infectées par l’agent. Cette maladie est considérée comme extrêmement dangereuse car elle peut déclencher une hépatite C chronique avec cirrhose avancée et un cancer du foie. Jusqu’à présent, les médecins la traitent avec une combinaison de certaines interférons (forme pégylée de l’interféron alpha,  » peg-IFN alpha ») et d’une substance antivirale. La thérapie dure jusqu’à 12 mois – seulement la moitié des patients sont ensuite considérés guéris.

Mais si, à l’avenir, on adapte les orientations de traitement aux connaissances actuelles de la publication PNAS, le bilan ne devrait pas être le même : déjà après un mois, le traitement de l’équipe baloise conduisait à « une élimination du virus » chez la majorité des patients sans activation du système interféron. C’est ce qui réjouit les médecins car cela signifierait aussi qu’une grande partie de ces patients pourrait être guérie.

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