Délinquants violents : la fréquence cardiaque au repos avant la tempête

2. novembre 2015
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Les jeunes adultes ayant une fréquence cardiaque au repos basse ont, selon une étude, un risque significativement plus élevé de devenir des délinquants violents ou victimes de la criminalité plus tard au cours de leur vie. La mesure de la fréquence cardiaque se révélera-t-elle être un nouvel outil pour prévenir la violence ?

Dans l’étude [Paywall] publiée dans JAMA Psychiatry, le Dr Antti Latvala et ses collègues du département d’épidémiologie et de biostatistiques à l’Institut Karolinska de Stockholm, en Suède, analysèrent les données de 710 264 hommes suédois. Ceux-ci ont passé à l’âge de 18 ans des tests d’aptitude obligatoires pour le service militaire suédois, incluant entre autres choses la fréquence cardiaque au repos. Alors que les chercheurs ont comparé ces données avec d’autres registres officiels de criminalité, de traitements médicaux et décès dus à des agressions et des accidents, ils ont pu établir une relation entre la fréquence cardiaque au repos et un risque accru de criminalité et d’accidents. Dans ces calculs, de nombreux facteurs physiques, cardiovasculaires, psychiatriques, cognitifs et socio-économiques ont été pris en compte.

La fréquence cardiaque moyenne au repos était de 72,2 battements par minute. En comparaison avec les hommes ayant une fréquence cardiaque au repos dans le quartile supérieur (≥ 83 battements par minute), les hommes avec une fréquence cardiaque au repos dans le quartile inférieur (≤60 battements par minute) ont un risque plus élevé de 39% d’être condamnés pour des crimes violents. En outre, il sera 25% plus probable qu’ils soient condamnés pour des infractions non violentes. Les hommes avec une faible fréquence cardiaque au repos sont 39% plus susceptibles d’avoir des blessures, qu’elles soient causées par une agression violente ou accidentelles. Chez certains hommes de ce panel, les données sur leur capacité cardiorespiratoire avaient aussi été recueillies, mais leur examen n’a eu aucun impact significatif sur les résultats.

Criminels et victimes : deux faces de la même médaille

L’étude de JAMA n’est pas la première à établir une relation entre la fréquence cardiaque au repos et un comportement agressif, mais elle est, de loin, la plus complète en son genre : le nombre de cas est environ 100 fois supérieure à celui de toutes les études antérieures. En outre, il avait été précédemment découvert qu’une fréquence cardiaque au repos inférieure chez les enfants et les adolescents [Paywall] est associée à un comportement anti-social et agressif prononcé. En revanche, le fait que le rythme cardiaque chez les jeunes soit un moyen de prévoir la violence plus de 30 ans plus tard est une nouvelle découverte.

Les auteurs avec leur étude longitudinale ne purent cependant pas livrer une explication de la raison pour laquelle la fréquence cardiaque au repos des jeunes est un facteur de risque de violence et d’accidents à l’âge adulte. Fondamentalement, deux modèles sont envisageables : en accord avec la théorie dite de « l’absence de peur » [Paywall], une fréquence cardiaque au repos basse est un signe que la personne ressent moins d’anxiété. « Certaines personnes peuvent commettre des crimes parce qu’elles ne craignent pas les conséquences d’une arrestation. Un niveau normal d’anxiété d’anticipation évite à beaucoup d’entre nous de commettre un crime », explique le Dr Adrian Raine, professeur de criminologie, psychiatrie et psychologie à l’Université de Pennsylvanie, USA.

Cependant l’autre hypothèse suppose que la fréquence cardiaque au repos est une expression de l’état d’excitation : les individus avec une faible fréquence cardiaque au repos sont donc à la recherche de stimuli [Paywall] pour élever leur niveau anormalement bas d’excitation à un niveau normal. « Les personnes qui cherchent impulsivement une stimulation pourraient préférer un environnement social à haut risque et prendre des décisions imprudentes, ce qui les rend idéales pour subir des agressions qui les rendent aussi vulnérables », dit la Dr Raine. « Pour certains jeunes, le chemin vers une excitation plus importante peut conduire à se joindre à un gang ou engager un combat. »

La prévention avec du cœur

Dans le monde entier, il y a chaque année, selon les données de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), plus de 4 millions de cas documentés de blessures et plus de 300 000 meurtres. Il est donc urgent de trouver des moyens efficaces pour la prévention des comportements agressifs. Mais fondamentalement, tous les enfants et adolescents devraient-ils avoir leur fréquence cardiaque au repos analysée pour identifier les auteurs et les victimes potentiels de violence à un stade précoce et de prendre des mesures préventives en temps utile ? Le Selftracker pourrait devenir involontairement un instrument de contrôle de l’ordre dans l’Etat.

Circonstances atténuantes grâce à des tests génétiques ?

Il y a des indications selon laquelle la fréquence cardiaque au repos a une proportion importante déterminée génétiquement. En outre, il a été montré que l’association entre une fréquence cardiaque au repos faible et les comportements antisociaux chez les enfants et les adolescents peut être entièrement expliquée par la covariance génétique. Cependant, les déterminants génétiques de la fréquence cardiaque sont juste une partie des nombreuses pièces du puzzle sur la question des facteurs de risque génétiques dans les états psychopathologiques. De nombreux gènes ont déjà été indiqués comme ayant un impact sur le comportement antisocial et l’agressivité, en particulier des gènes ayant une influence sur le système sérotoninergique et catécholaminergique sont depuis un certain temps dans le viseur des chercheurs. La conscience des limites est obtenue, par exemple, par le «gène du guerrier », lié à l’X et codant pour la monoamine-oxydase A (MAO-A) et qui joue un rôle important dans la dégradation de la sérotonine et de noradrénaline dans le système nerveux central. Une faible activité MAO-A a été liée dans plusieurs [Paywall] études à de l’impulsivité et un comportement violent.

Cela soulève la question fondamentale de savoir si la prédisposition génétique d’un délinquant devrait être prise en compte comme une circonstance atténuante lors de la détermination de la peine [Paywall], ou si un délinquant avec une prédisposition devrait être soumis à des mesures de précaution correspondantes pour protéger la société. Cependant, une méta-analyse publiée en 2014 conclut qu’aucune des variantes des gènes précédemment étudiées n’est un prédicteur fiable de comportement agressif. Il semble, par conséquent, qu’un ou quelques gènes ne peuvent être tenus pour responsables de la violence et de la criminalité. Au lieu de cela, ce sont probablement des comportements complexes dans lesquels des centaines ou des milliers de gènes et l’environnement interagissent les uns avec les autres. Les auteurs de la méta-analyse concluent donc : « Toute approche qui pourrait utiliser des marqueurs génétiques pour faire une prédiction du risque, pour atténuer la responsabilité pour un crime ou pour traiter ou définir la façon de traiter avec certaines personnes est discutable. »

Publication originale:

A Longitudinal Study of Resting Heart Rate and Violent Criminality in More Than 700 000 Men [Paywall]
Antti Latvala et al.; JAMA Psychiatry, doi: 10.1001/jamapsychiatry.2015.1165; 2015

6 note(s) (4.17 ø)
Médecine, Pédiatrie, Psychiatrie

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