Une thérapie très épicée contre la douleur

22. juillet 2008
Share article

Le pharmacologue hongrois Nikolaus Jancso fut un des premiers à isoler la capsaïcine, le composé responsable de la saveur piquante du piment, pour mener des expérimentations. Il posa ainsi la première pierre de la recherche sur la capsaïcine en médecine, notamment à l'université de Graz. La thérapie contre la douleur avec l'extrait du piment a cependant récemment subit un coup du sort.

La capsaïcine, système d’alarme de la muqueuse gastrique

Jancso a aussi découvert que seuls les nocicepteurs, des fibres nerveuses médiatrices de la douleur, sont stimulées par la capsaïcine. C’était au début des années 80. Depuis, les chercheurs attendent beaucoup des possibilités d’utilisation de la substance dans la thérapie contre la douleur. Le Professeur Dr. Peter Holzer, directeur de l’unité de recherche pour la neurogastroentérologie à l’institut de pharmacologie expérimentale et clinique de l’université de médecine de Graz, s’intéresse à la capsaïcine de très près depuis près de 3 décennies. Dans les années 80, lui et son équipe purent identifier des fibres nerveuses sensibles, voire des nocicepteurs, comme système d’alarme important de la muqueuse gastrique. Cette découverte fut rendue possible par la capsaïcine. DocCheck interrogea le professeur de Graz.

La capsaïcine défend l’estomac contre des substances nocives

Selon Holzer, il est important de s’intéresser au système d’alarme car un dysfonctionnement, notamment avec l’âge, peut entraîner une gastrite et un ulcère. Le pharmacologue mise sur un renforcement médicamenteux du mécanisme de protection. Les études expérimentales menées à l’institut de Graz ont montré que la capsaïcine renforce la résistance, voire le mécanisme de défense, de la muqueuse gastrique vis-à-vis de l’aspirine, l’alcool ou l’acide. Une étude, réalisée à Singapour et dans laquelle des personnes furent traitées avec l’extrait de piment, donna les mêmes résultats. L’effet protecteur intervient lorsque les récepteurs à la douleur et à l’acide dans la muqueuse gastrique sont stimulés par la capsaïcine. L’irrigation sanguine de l’estomac augmente ainsi et les mécanismes de protection locaux sont activés.

Le récepteur de la capsaïcine comme arme contre la douleur

Lors de l’une des premières grandes vagues mondiales de recherche, on découvrit que les nerfs sensibles à la capsaïcine jouent un rôle central dans la douleur inflammatoire. Les gastrites et les ulcères provoquent souvent inconfort et douleur. Les mêmes symptômes peuvent aussi apparaître lors de brûlures d’estomac, d’une dyspepsie fonctionnelle. On ne sait pas comment la douleur gastrique apparaît. Mais lorsqu’à la fin des années 90, le récepteur de la capsaïcine, appelé TRPV1, a été appréhendé, tous parlèrent d’une avancée importante dans la thérapie contre la douleur. Ce récepteur est présent là où les douleurs peuvent apparaître, comme par exemple dans la peau, le muscle, le cœur ou l’estomac et l’intestin. C’est un capteur très important qui véhicule la douleur produite par la chaleur ou l’acide, nous dit Holzer. Mais il est beaucoup plus complexe que ce que l’on pensait jusqu’à présent, comme nous le confirment des résultats de recherche récents.

Des problèmes avec les récepteurs à la douleur inactifs

Dans une seconde vague de recherche, beaucoup d’antagonistes permettant de paralyser les fonctions des récepteurs TRPV1 furent développés. La douleur inflammatoire chronique peut être atténuée de cette manière, explique Holzer. On avait déjà pu observer auparavant que les maladies de peau douloureuses telles que le prurit ou le zona s’amélioraient après une inactivation provisoire des nerfs sensibles à la capsaïcine. Mais il s’agit ici toujours d’un traitement symptomatique, déclare le pharmacologue. Cela signifie que la source continue d’exister, seulement la perception de la douleur est supprimée. Étant donné que le mécanisme de protection, qui active par exemple la circulation sanguine dans l’estomac, est aussi paralysé, on peut se demander si cette thérapie est souhaitable.

Il y a un an, on a découvert un autre problème qui n’est pas résolu jusqu’à présent. Dans des études de phase I, la température corporelle de certaines personnes tests s’éleva à près de 40 degrés. Le Professeur de Graz explique que les réactions sont individuellement très différentes. « Le défi chez tous les antagonistes TRPV1 est de trouver un moyen de désactiver les fonctions indésirables du récepteur à la capsaïcine (douleur) tout en conservant les fonctions souhaitées (protection de la muqueuse, régulation de la température). Certes, les résultats ont jusqu’à présent aidé à comprendre les connexions dans la transmission de la douleur. On doit cependant procéder de manière beaucoup plus subtile et différenciée dans la recherche de thérapies contre la douleur ». Il pense qu’il se passera encore au moins 5 ans avant que des antagonistes sans effets secondaires graves ne soient disponibles.

La sélectivité de la capsaïcine remise en question

Une autre sourdine dans la recherche sur la douleur vient tout juste d’arriver de l’université de Brown de Rhode-Island aux États-Unis. Les chercheurs autour d’Helen Gibson et de Julie Kauer ont découvert que le récepteur TRPV1 enregistre non seulement la douleur mais participe aussi à la mémorisation des souvenirs. Des essais sur des rongeurs ont montré que la paralysie du récepteur influence la constitution de la mémoire. Les besoins en recherche sur le sujet sont considérables. Malgré tout, les fans de piment s’entendent dire que manger épicé est sain et que, selon Holzer, cela améliore le mécanisme de défense de la muqueuse gastrique.

0 note(s) (0 ø)
Non classé

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: