Pédiatrie : échange abaisse-langue contre webcam

22. juillet 2008
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Les parents ne doivent plus tout laisser en plan lorsque leur enfant ne va pas bien à l'école. Les maladies bénignes peuvent être dans un premier temps soignées par ordinateur avec caméra reliée à Internet. Le système convient non seulement aux gorges enflammées mais également aux petits budgets de santé publique.

Coup de téléphone de la garderie : « votre enfant a une inflammation de la gorge. Souhaitez-vous venir le chercher ? Ou bien doit-on télé-consulter notre médecin pour lui ? » Des appels comme ceux-ci ne sont pas le fruit d’une vision d’un technologue médical mais font bien partie du quotidien à Rochester dans l’état américain de New York. C’est un programme appelé « Health-e-Access », qui a été fondé en 2001 par le service pédiatrie de la clinique universitaire de Rochester, et auquel participent aujourd’hui plus de 20 garderies, écoles primaires et cabinets de pédiatres des environs.

1 urgence sur 4 n’en est pas une

Le patient se trouve en Afrique, le médecin à Zurich, Paris ou Berlin. Il est aujourd’hui possible d’établir des diagnostics, des bilans pathologiques ou donner des instructions à plus de 100 km. Une étude de Kenneth McConnochie de l’université de Rochester montre qu’un réseau de télé-médecine est rentable, même s’il est proche d’une ville moyenne en occident. Le professeur en pédiatrie et ses collaborateurs analysèrent les dossiers d’admission en urgence de leur clinique et constatèrent « une disparité coûteuse et inefficace entre les besoins et les ressources », nous dit McConnochie. Le pédiatre local aurait pu examiner l’enfant par « consultation virtuelle » dans 28 % des cas où les parents se sont rendus à la clinique à cause de lui. Rochester pourrait ainsi éviter 12 000 consultations aux urgences inutiles. Une consultation physique n’est en effet pas indispensable dans le cas d’une gorge légèrement enflammée ou bien d’un petit rhume et si des médicaments sont rapidement disponibles à la pharmacie. Le coût d’une consultation, personnelle ou virtuelle, par le médecin de famille, coûte en moyenne 50 dollars, soit 7 fois moins qu’une consultation aux urgences, ce qui représente un montant considérable pour le budget de la santé publique.

Des avantages pour les parents, enfants et assurances

Le professeur en pédiatrie présenta d’autres informations sur son réseau au Congrès de la Pediatric Academy Society à Honolulu – Hawaii – il y a quelques semaines : lorsque les parents avaient accès aux télé-consultations, ils recouraient certes plus souvent à l’aide médicale dans 23 % des cas mais allaient moins souvent aux urgences dans 24% des cas que les parents sans accès numérique. Un gain de près de 14 dollars par enfant et par an a fini par convaincre aussi les caisses d’assurance maladie des avantages du « Health-e-Access« . Le modèle de Rochester présente de nombreux atouts notamment en pédiatrie. Après qu’on lui ait montré comment fonctionne l’appareil, l’instituteur peut filmer l’oreille, la gorge, l’œil ou la peau du jeune patient grâce à une caméra à haute résolution et envoyer le clip vidéo au médecin de l’autre côté de l’écran. Grâce à un stéthoscope électronique, les bruits du cœur et des poumons peuvent aussi être transmis. C’est normalement le pédiatre habituel du patient qui fait passer la télé-consultation pendant ses heures de consultation normales et prend contact avec la maternelle ou l’école par chat vidéo en cas de besoin. Les parents ne sont dérangés pendant leurs heures de travail que s’il y a urgence. Le total des heures d’absence de l’enfant à la maternelle ou à l’école a ainsi été réduit de près de 2/3 depuis que la télé-médecine y a fait son entrée. Le temps d’absence des parents est également limité. Une raison qui explique pourquoi ils choisissent la plupart du temps le pédiatre de l’écran d’ordinateur lorsqu’ils sont appelés.

Avantages pour le modèle suisse

Moins de stress pour les enfants dans la salle d’attente du cabinet ou de l’hôpital, moins de stress pour les parents et moins de coûts. En tant que directeur du développement de son entreprise « Tel-e-Atrics« , McConnochie aimerait faire avancer la télé-médecine, et pas seulement à Rochester. Des établissements hospitaliers et des administrations d’autres États fédéraux américains s’intéressent entre temps aussi aux consultations rapides dans d’autres situations que la salle de classe ou la salle de jeu. La télé-médecine essaie de prendre pied en Allemagne avant tout pour l’assistance des patients souffrants de maladies chroniques du cœur ou des voies respiratoires. En revanche en Suisse, les appels et les conseils via l’ordinateur et le téléphone font partie de la routine dans beaucoup d’endroits. Si le patient s’engage à contacter un centre d’appel avant une visite chez le médecin, il obtient un bonus. C’est encore aujourd’hui une vision mais peut-être que dans quelques années, quand nous serons malades, nous nous dirigerons vers l’ordinateur équipé d’un e-stéthoscope plutôt que vers la salle d’attente remplie des cabinets.

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