Botox : le tueur de rides en vadrouille

14. août 2008
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On a pensé pendant des années que l'utilisation du Botox était sûre et presque sans effets secondaires car ce poison sécrété par une bactérie n'agit que localement s'il est bien dosé. Cependant, les résultats de neurologues italiens remettent ce fait en question.

Lors d’une virée shopping en ville, vous pouvez vous arrêter quelques instants à la boutique Botox et faire traiter vos rides. C’est avec des slogans tels que "Botox-to-go", "Plus de rides en 20 minutes" que les chirurgiens esthétiques attirent leur clientèle de passage – en grande partie féminine – et génèrent un business lucratif. Une étude provenant de la petite ville de Padoue en Italie a cependant fait des frayeurs aux vendeurs de cette "jeunesse en tube" : Matteo Caleo et ses collègues ont en effet retrouvé ce puissant neurotoxique non seulement à l’endroit de l’injection mais aussi "là où il ne devrait pas être", nous explique Caleo dans une parution en ligne du journal scientifique "Science".

Des bloqueurs de synapses puissants

Les neurologues savent qu’il suffit de quelques molécules seulement de la toxine clostridium botulinum pour pouvoir paralyser une synapse pendant quelques jours. La conviction que l’utilisation du Botox est sûre et qui vaut depuis des années semble être ébranlée d’un coup car seulement quelques semaines avant la parution de l’article de Caleo dans le Journal of Neuroscience, l’agence américaine du médicament, la FDA, avait mis en garde contre les effets secondaires systématiques de l’utilisation locale de la toxine botulique, notamment chez les enfants. Pour le moment, les résultats des chercheurs italiens se basent sur des expérimentations réalisées sur des souris et des rats. Pour des études sur les effets de la toxine de Clostridium chez les épileptiques, les scientifiques n’analysèrent cette fois pas la toxine marquée radioactivement comme dans des études précédentes mais suivirent les traces de son activité dans le cerveau avec des anticorps contre le partenaire réactionnel SNAP-25. La protéine intacte joue un rôle important dans la fusion des vésicules synaptiques. Injecté dans l’hippocampe, du SNAP-25 clivé apparut, à la surprise de Caleo, dans les régions correspondantes de l’hémisphère contralatéral et y bloquèrent la fonction de l’hippocampe non traité. Si les chercheurs administraient la toxine dans les muscles de la moustache des rongeurs, ils pouvaient démontrer la présence de SNAP-25 en l’espace de 3 jours dans le tronc cérébral. Conformément aux résultats des neurologues italiens, des neurones centrales transportent la toxine de manière rétrograde par dessus la prochaine synapse dans la moelle épinière ou le système nerveux central.

Des effets cliniques ?

Les résultats de l’équipe de Padoue ne semblent pourtant pas tout à fait nouveaux. Dans une conversation avec DocCheck, Reiner Benecke, de l’université de Rostock et président du groupe de travail sur la toxine botulinique de la société allemande de neurologie, rapportait qu’il était déjà arrivé à des résultats semblables il y a quelques années. Lors des études sur les rongeurs, il aurait été utilisé au moins 10 fois plus de toxine que ce que les neurologues administrent dans le traitement des spasmes ou des dystonies. De plus, le dépistage des anticorps du produit de réaction n’aurait pas encore été validé de manière fiable. C’est pourquoi le neurologue ne croit pas que les résultats auront un effet sur la pratique clinique. C’est ce que pensent aussi ses collègues américains comme par exemple Jankovic, Professeur de neurologie au Baylor College of Medicine au Texas. "Même après avoir traité des milliers de patients, il n’aurait jamais observé d’effet secondaire de la toxine dans le cerveau ou la moelle épinière", rapportait le magazine spécialisé "Neurology today" en le citant.

Un certificat pour l’usage de toxine

Néanmoins, le groupe de travail prend au sérieux la discussion autour des nouveaux résultats et notamment les doutes du FDA. La toxine se répand dans le corps en cas de mauvaise utilisation. Des problèmes respiratoires pouvant conduire à la mort font partie des effets secondaires, notamment chez les enfants et dans le cas d’une utilisation hors RCP dans le domaine cosmétique. Selon l’avis du groupe de travail sur la toxine botulinique, seuls des experts devraient pouvoir mener une thérapie avec la toxine bactérienne. Celui qui a suivi une formation spéciale et a une expérience pratique devrait pouvoir obtenir un certificat correspondant. Depuis les années 80 du siècle dernier, des millions de patients ont profité des effets guérisseurs de la neurotoxine, notamment pour traiter des troubles neurologiques. Les résultats du groupe de travail de Padoue ont cependant fait beaucoup de bruit et agité beaucoup d’opposants au Botox. Si les branches nerveuses transportent vraiment la toxine vers d’autres régions de son réseau, d’autres possibilités d’utilisation du principe actif pourraient être envisagées mais les thérapeutes perdraient en même temps une partie du contrôle sur le poison. Beaucoup de médecins ont déjà prédit au Botox & Co. et ses champs d’action variés une carrière semblable à celle de l’aspirine. Mais comme pour l’acide acétylsalicylique, on ne sait toujours pas clairement comment il est assimilé dans le corps.

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