Hypertension : une discussion sans fin

19. octobre 2015
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Les patients souffrant d’hypertension systolique perdent plusieurs années de vie en bonne santé et meurent plus tôt. C’est ce que les chercheurs ont pu montrer de manière impressionnante. Mais quelle est la valeur correcte à atteindre pour l’éviter : 140 mmHg ou plutôt 120 mmHg ? Sur cette question, les avis divergent.

Périodiquement, les chercheurs examinent les facteurs de risque qui mènent à la mort. Récemment, certains ont publié une nouvelle analyse de l’étude « Global Burden of Disease ». Et voici la conclusion la moins surprenante : l’hypertension artérielle est toujours à la pointe de la liste négative mondiale.

79 paramètres de santé sous la loupe

Voici quelques détails : Christopher J. Murray de l’Université de Washington a étudié avec ses collègues, l’influence des 79 paramètres sur notre santé. Comme paramètre ultime, il a choisi les années de vie corrigées de l’incapacité (AVCI/Disability-Adujsted Life Years, DALY). Ce concept comprend non seulement le temps perdu lors d’un décès précoce, mais aussi la dépréciation de la vie normale lors d’une maladie. Murray a évalué, comme lors de travaux antérieurs, l’hypertension systolique comme le plus important facteur de risque individuel de décès prématuré. Il a pu mettre sur son compte 10,4 millions de décès et 208,1 millions d’AVCI. Suivant de près, il a trouvé la consommation de tabac (6,1 millions de décès prématurés, 143,5 millions de DALY) et un IMC trop élevé (4,4 millions de décès prématurés, 134 millions de DALY). Compte tenu de ces chiffres, l’importance d’un traitement antihypertenseur est très claire.

Masculin et en voie de disparition

Lors du dernier Congrès de la Société Européenne de Cardiologie (ESC) à Londres, les experts se sont demandé sur quels groupes à risque devraient être mis un accent particulier. Chaque année en Europe, environ 77 000 femmes et 253 000 hommes de moins de 65 ans meurent de maladie coronarienne (CHD) – une énorme différence entre les sexes. Pour étudier l’effet de divers facteurs, la base de données de de recherches sur la santé de Vorarlberg, avec 117 264, personnes a été utilisée. Tous les participants ont été recrutés à un âge inférieur à 50 ans et sans maladie. Sur une période de 14,6 ans, les cardiologues ont enregistré 3 892 décès par maladie coronarienne. La co-auteure, le Professeur Dr Gabriele Nagel de l’Université de Ulm, indique ainsi que la pression artérielle systolique explique pour 21,7 pour cent l’effet du sexe. Vient ensuite avec dix pour cent le cholestérol. L’hypertension est donc le facteur le plus important pour expliquer les maladies cardiovasculaires chez les hommes de moins de 50 ans. Par conséquent, l’hypertension systolique doit être diagnostiquée et traitée à temps par une modification appropriée du style de vie ou un traitement médicamenteux, complète Nagel.

Lignes directrices à travailler ?

Les scientifiques se divisent une fois de plus sur les valeurs cibles. Les lignes directrices actuelles indiquent que l’objectif est une pression artérielle systolique de moins de 140 mm Hg chez les patients ayant un risque total cardiovasculaire peu ou très élevé. Mais actuellement, des résultats intermédiaires de l’étude SPRINT (Systolic Blood Pressure Intervention Trial) suscitent des discussions controversées. Comme sponsors, on peut voir les National Institutes of Health (NIH), ce qui rend de trop fortes influences industrielles peu probables. Un total de 9 361 patients y a participé. Leur histoire médicale comportait une maladie cardio-vasculaire (1 877 personnes) ou une maladie rénale (2 648) et une pression artérielle systolique supérieure à 130 mmHg. Le but de SPRINT était d’étudier différents schémas thérapeutiques : 140 mmHg, tels que recommandés dans les lignes directrices actuelles, ou 120 mmHg.

Comme paramètres ultimes, les cardiologues choisirent l’infarctus du myocarde, l’insuffisance cardiaque, les accidents vasculaires cérébraux et les décès d’origine cardiovasculaire. Si les médecins abaissent la pression artérielle systolique en dessous de 120 mm Hg, des effets drastiques apparaissent. La mortalité diminue d’environ 25 pour cent, et le taux d’événements cardiovasculaires d’environ 30 pour cent – dans chaque cas par rapport aux cibles thérapeutiques classiques. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que le Data Safety Monitoring Board utilise le frein d’urgence. A l’origine, toutes les études devaient être achevées en 2018. La différence entre les groupes de traitement devait alors être assez importante, écrivent les experts. Gary H. Gibbons, directeur du National Heart, Lung, and Blood Institute (NHLBI), détecte ainsi des « renseignements qui peuvent potentiellement sauver la vie » pour les professionnels de santé dans le but de donner de meilleurs soins aux patients. Il a qualifié ces résultats comme une « contribution à l’élaboration de directives cliniques fondées sur des preuves ». A juste titre ?

Pharmacothérapie risquée

L’analyse intermédiaire récemment publiée a atteint au moins son objectif en opération de relations publiques : les cardiologues discutent dans le monde entier au sujet du sens et du non-sens des nouvelles limites, alors que toutes les données n’ont pas encore été publiées. Chez les personnes âgées en particulier, une forte médication par antihypertenseurs provoque rapidement étourdissements et somnolence. Les chutes entraînant la mort n’auraient pas été prises en compte dans les critères d’évaluation actuellement sélectionnés. Si les patients âgés prennent déjà d’autres médicaments, ils risquent fortement de se retrouver en situation de polymédication. Une diminution des fonctions hépatique et rénale n’améliorent pas la situation. Beaucoup de questions restent sans réponse – nous attendons avec impatience la publication en fin 2015.

8 note(s) (4.13 ø)
Cardiologie, Médecine

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