Cancer du sein : les multiples visages du cancer

31. octobre 2012
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Une étude conclut que la plupart des cancers du sein sont causés par des mutations localisées dans 30 à 50 gènes. L’une des principales conséquences de ce fait est que la plupart des mutations nouvellement découvertes dans les carcinomes mammaires se retrouvent dans une des quatre sous-classes spécifiques et déjà bien établies de cancer du sein.

L’étude intitulée « Comprehensive molecular portraits of human breast tumours » a été publiée dans la revue « Nature ». Les auteurs de l’étude du « Cancer Genome Atlas Networks », un grand consortium constitué en particulier de groupes de recherche aux États-Unis, ont étudié les cellules tumorales et, comme contrôle, les cellules germinales de 825 patients avec un grand nombre de méthodes moléculaires à haut débit. Entre autres données, les données d’expression des ARNm, les informations sur la méthylation de l’ADN et les mutations ponctuelles de l’ADN ont été recueillies. Par ailleurs, les microARN et le séquençage complet de l’exome ainsi que l’expression de certaines protéines ont été mesurés. Enfin, pour 348 tumeurs, les données de toutes ces techniques ont été rendues disponibles. Les résultats indiquent une maladie très hétérogène, seuls trois gènes (TP53, PIK3CA et GATA3) ont été mutés dans dix pour cent ou plus de l’ensemble des tumeurs.

D’un point de vue clinique, les cancers du sein peuvent être divisés en trois groupes thérapeutiques : les tumeurs ER-positives répondent aux antagonistes hormonaux. Des cellules de cancer du sein, dans lesquelles de multiples copies du gène HER2 sont trouvées, peuvent être traitées avec des anticorps. Une troisième classe, dans laquelle il n’y a aucun de ces marqueurs, est tributaire de la chimiothérapie. Ces dernières années, cette classification a pu être élargie en quatre sous-types grâce à l’analyse de l’expression des gènes. Ces quatre types diffèrent principalement par leur pronostic et le traitement auquel ils répondent. Les quatre classes moléculaires ont été confirmées par l’étude actuelle et raffinées.

Les sous-groupes de cancer du sein en détail

  • Les tumeurs luminal-A correspondaient à une part de 44 pour cent dans l’étude, c’est donc le cancer du sein le plus commun. Ces cellules cancéreuses ont un nombre de récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone sur leur surface supérieur à la moyenne. Par conséquent, ces tumeurs répondent très bien à la thérapie anti-hormonale. On suppose qu’il s’agit d’une tumeur luminal-A en cas de faible prolifération.
  • Les tumeurs luminal-B ont été représentées dans l’étude, avec une part de 24 pour cent, comme le second cancer le plus fréquent. Elles sont caractérisées par une forte prolifération. Par conséquent, en plus de l’hormonothérapie on recommande dans ce type de cancer de la chimiothérapie.
  • Les tumeurs « basal-like » suivent en troisième place avec une part de 19 pour cent. Elles ne répondent ni aux thérapies anti-hormonales ni à celles établies contre HER2. Par conséquent, elles sont également connues comme « triple négatives ». La nouvelle étude montre que les changements génétiques dans ces tumeurs ressemblent à un cystadénocarcinome papillaire séreux, une forme particulière de cancer de l’ovaire. L’analyse a montré que les deux formes de cancer peuvent être traitées avec des médicaments qui empêchent la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins.
  • Les tumeurs enrichies en Her2 ont été identifiées dans onze pour cent des cas. Ce cancer correspond à des cellules cancéreuses qui ont de nombreux récepteurs pour un facteur de croissance spécifique. L’analyse génétique a montré qu’il peut y avoir entre les tumeurs HER2-positives des différences importantes et, par conséquent, elles sont classées par les chercheurs en deux groupes : certaines dépendraient du groupe Her2 enrichies, l’autre partie appartiendraient en fait au groupe luminal. Cela signifie que les premières réagiront aux thérapies contre le Her2, mais pas les secondes.
  • Enfin, un cinquième type de cancer du sein considéré comme « normal-like » a été identifié (2 pour cent). Comme dans l’étude actuelle, seuls huit des tumeurs examinées étaient de ce type, les chercheurs n’ont pas réussi à obtenir des détails plus précis.

« Grâce à notre étude, nous venons de franchir une étape majeure dans la compréhension des bases génétiques des quatre principales formes de cancer du sein », a déclaré Matthew Ellis, responsable de l’étude, de la Washington University School of Medicine à St. Louis. Ainsi, le catalogage de presque toutes les mutations génétiques dans le cancer du sein serait achevé. « Nous pouvons maintenant examiner, sur la base du profil génétique de la tumeur, quels médicaments sont les plus efficaces pour les patients atteints de cancer du sein », dit Ellis. « Peut-être que dans l’avenir nous pourrons l’utiliser pour prédire quelles femmes pourront éviter la chimiothérapie », ajoute le professeur Matthias W. Beckmann, directeur de l’hôpital des femmes à l’Université d’Erlangen. Cependant d’ici à ce que ces résultats puissent être utilisés dans la pratique clinique, il est nécessaire que d’autres études soient menées à terme dans les prochaines années.

Le traitement actuel

Actuellement, les médecins décident en fonction de la taille de la tumeur, du type de cellules et du nombre de ganglions positifs quel sera le traitement. Les marqueurs de tissu tumoral jouent un rôle important pour faire les prévisions sur la vitesse à laquelle le cancer se développe, et à quel médicament ou chimiothérapie on doit recourir. Il est également vérifié si les cellules cancéreuses ont des sites de liaison aux œstrogènes et à la progestérone, et les récepteurs HER2 qui se lient à des facteurs de croissance sont recherchés. La présence du marqueur Ki-67 est aussi étudiée. Plus il est présent dans un grand nombre de cellules, plus celles-ci se divisent. Le traitement individuel est déterminé en fonction de ces facteurs. Actuellement, le carcinome mammaire est souvent opéré, même si dans 80 pour cent une ablation totale du sein n’est pas nécessaire, seule la tumeur est ôtée. L’opération est suivie par l’utilisation de rayonnements, puis de chimiothérapie. Si des récepteurs hormonaux sont retrouvés dans les cellules cancéreuses, en outre, une thérapie anti-hormonale est recommandée.

Selon l’OMS, chaque année, dans le monde, environ 1,3 million de personnes ayant un cancer du sein sont diagnostiquées, 450 000 d’entre elles meurent ; en Allemagne, chaque année 72 000 nouveaux cas sont diagnostiqués et 17 000 personnes meurent d’un cancer du sein. Bien que les hommes puissent avoir un cancer du sein, plus de 99 pour cent des personnes atteintes sont des femmes.

Le Cancer Genome Atlas (TCGA)

En 2006, dans les centres américains du génome et le Sanger Institute britannique, des généticiens du cancer commencèrent un projet de 100 millions de dollars qui vise à décoder les gènes défectueux dans les tumeurs. Le « Cancer Genome Atlas » (TCGA) devrait inclure tous les gènes défectueux de tous les types de cancers connus. Fin 2008, l’International Genome Consortium fut créé avec la participation de 22 pays industrialisés. Tout d’abord, les fonctions cellulaires des 50 principaux types de tumeurs doivent être complètement déchiffrées. L’objectif est d’apprendre à connaître les protéines que l’organisme produit à base de gènes pathologiques modifiés pour pouvoir les bloquer de manière ciblée. Puis, des prévisions sur l’évolution de la maladie chez les malades atteints de cancer seront réalisées. Troisièmement, on souhaite pouvoir déterminer si un patient peut répondre à une forme particulière de traitement en fonction de son code génétique individuel.

Pour atteindre cet objectif, dans les dix prochaines années, 500 échantillons de tissus malades et sains doivent être analysés pour chacun des 230 types connus de cancer. Les premiers résultats de ces efforts de recherche ont déjà été publiés : le génome d’un patient atteint de cancer du sein et d’un patient atteint de leucémie, avec à chaque fois une comparaison entre les cellules cancéreuses et les cellules saines dans le corps, sont déjà disponibles.

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Médecine, Oncologie

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