Chimiothérapie palliative : l’agonie de la qualité

21. septembre 2015
Share article

Même en stade terminal, les patients ayant un cancer reçoivent souvent une chimiothérapie palliative. Cela ne leur apporte ni un allongement de la durée de vie ni une meilleure qualité de vie. Les scientifiques demandent donc de traiter avec de la mesure, et par-dessus tout de mieux communiquer.

Malgré un bon pronostic, les médecins et pharmaciens ne réussissent pas toujours à traiter avec succès les maladies malignes. C’est à ce moment que les approches palliatives entrent en jeu dans le but d’améliorer la qualité de vie. Selon les estimations, près d’un patient sur deux en fin de vie en oncologie est concerné, pas toujours pour son propre bien.

Bon traitement – mauvais résultat

Déjà l’année dernière, l’étude « Coping with cancer » édita une note peu édifiante. Le Dr Alexi A. Wright et le Professeur Holly G. Prigerson de Boston ont analysé les données de 386 patients atteints de cancers métastatiques. L’espérance de vie était d’un maximum de six mois. Au début de l’enquête, 56 pour cent étaient en chimiothérapie palliative. Si les chercheurs n’examinaient que les huit dernières semaines de vie, ils étaient alors 62 pour cent. Ceux qui avaient des cytostatiques choisissaient peu un traitement purement symptomatique (26 contre 39 pour cent) et se rendaient moins compte de la gravité de leur propre maladie (35 contre 50 pour cent), à chaque fois la mesure est comparée au groupe sans cytostatiques. Les patients avec une chimiothérapie palliative meurent moins souvent à la maison (47 pour cent contre 66), mais plus souvent en soins intensifs (11 contre 2 pour cent). Même du point de vue médical, les résultats sont mauvais. Les médecins étaient beaucoup plus susceptibles de prendre des mesures de soins intensifs que dans le groupe de comparaison (14 contre 2 pour cent). Aucun gain de temps de survie n’a pas pu être détecté, mais une perte de la qualité de vie semble être possible. Mais Wright ne croit pas que « la chimiothérapie palliative soit inutile à ce stade ».

Pourquoi continuer à traiter ?

Holly G. Prigerson ne s’est pas arrêtée là. Sa question suivante se présentait ainsi : les patients avec un bon état général profitent-ils autant d’une chimiothérapie palliative ? Des indices lui ont été donnés par ses essais cliniques plus anciens. Pour étudier son hypothèse, l’oncologue a recruté 312 patients atteints de carcinome métastatique et dont l’espérance de vie maximum était estimée à six mois. Dès le début, différents paramètres ont été évalués, parmi lesquels le statut de performance de l’OMS/ECOG. Si les valeurs se situaient entre 0 et 1, tous les individus étaient en mesure de prendre soin d’eux et de poursuivre des activités normales. Peu après le décès, des équipes formées pour la qualité de la vie étaient interrogées. Encore une fois, le résultat surprend : les participants à l’étude ne vécurent pas plus longtemps et ils n’avaient pas une meilleure qualité de vie. Au contraire, le traitement avec des médicaments cytostatiques ont conduit à de nombreux effets indésirables. Si le statut OMS / ECOG des patients atteints de cancer au début de l’analyse était de 2 ou 3, aucun changement significatif positif ou négatif n’a été montré.

Pêche en eaux troubles

Charles Blanke et Erik Fromme, Portland, décidèrent de commenter ce travail. Dans leur éditorial, ils écrivent que « la chimiothérapie n’a de sens que pour prolonger la vie des patients en soins palliatifs et/ou l’améliorer ». Jusqu’à présent, cela est clair. Mais à partir de là, ils concluent de ne pas renoncer entièrement aux traitements palliatifs. Prigerson a reconnu que les scores OMS/ECOG sont assez inexacts après des questions rétrospectives de non-spécialistes. En outre, la chercheuse manquait de détails sur le type et le dosage des agents cytostatiques. Les deux auteurs de l’éditorial conseillent par conséquent aux médecins de traiter avec jugement, et d’impliquer davantage les patients dans les décisions. Toutes les personnes atteintes de cancer n’étaient pas conscientes qu’ils allaient suivre une chimiothérapie palliative. Ils avaient de faux espoirs et ont combattu alors qu’il n’y avait plus rien à gagner.

La parole est d’or

Des incompréhensions dans la communication émergent dans d’autres situations. « Des études ont montré que l’évaluation de la qualité de vie exposée par un médecin est différente de celle donnée par les patients », explique le professeur Dr. Dirk Vordermark, Allemagne. Certaines mesures thérapeutiques n’auraient pas toujours l’action positive sur la qualité de vie des patients que le médecin espérait. Par conséquent, l’oncologue a testé un outil spécial. Il utilise chez les patients cancéreux âgés non seulement un questionnaire de base européen standardisé sur la qualité de vie (EORTC-QLQ-C30), mais aussi un nouveau module de questionnaire (QLQ-ELD14). Voici quelques résultats : les conclusions de Vordermark indiquaient que six mois après la thérapie chez les personnes atteintes de cancer, elles étaient en particulier inquiètes pour l’avenir ainsi que le fardeau de la maladie et le soutien de la famille. En outre, l’état physique s’était souvent détérioré. À savoir que le sujet n’était pas spécifiquement la chimiothérapie palliative. Mais ces résultats peuvent être transférés aux gens avec des cancers incurables pour trouver de nouveaux moyens d’intervention.

Publications originales :

Associations between palliative chemotherapy and adult cancer patients’ end of life care and place of death: prospective cohort study
Alexi A Wright et al.; BMJ; 348 doi: 10.1136/bmj.g1219; 2014

Chemotherapy Use, Performance Status, and Quality of Life at the End of Life
Holly G. Prigerson et al.; JAMA Oncol., doi: 10.1001/jamaoncol.2015.2378; 2015

5 note(s) (3.2 ø)

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: