NoFap : la petite mort de la masturbation

7. septembre 2015
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Plus de virilité pour une meilleure qualité de vie : c’est ainsi que de plus en plus d’hommes jeunes renonceraient volontairement à la masturbation. NoFap, une communauté Internet, pense même traiter des maladies telles que la dysfonction érectile. Jetons un regard critique sur ce nouveau phénomène aux États-Unis.

Même à notre époque éclairée, bien des mythes gravitent autour de la masturbation. En voici le meilleur exemple : « Un garçon de 16 ans du Brésil meurt après s’être masturbé 42 fois en une nuit ». Ce message prétendument spectaculaire s’est avéré être scientifiquement faux. Pour les profanes, il s’agissait d’une preuve supposée du risque pour la santé d’un travail manuel trop intensif. Sommes-nous donc vraiment éclairés et savons-nous que la masturbation n’est ni une « impudicité contre nature » (Constitutio Criminalis Theresiana ; 1768) ni ne peut conduire à une maladie plus grave telles que la névrose, l’acné, la phtisie ou la tuberculose ? Et des pamphlets tels que « Onania or the heinous sin of self-pollution » (Onania ou le péché odieux de sa propre souillure) (1712) sont-ils bien à l’état de reliques ?

NoFap : la main inactive

Les doutes à ce sujet s’accumulent, puisque sur le Web, une communauté d’un genre spécial a du succès : les « Fapstronautes ». « Fapping » signifie masturbation, et « no fap » signifie un renoncement strict. Les utilisateurs sont poussés sans interruption dans des systèmes de pensées par des « experts » médiévaux et modernes avec des phrases comme : « Get a new grip of life » – « Reprenez votre vie en main ». On estime que 150 000 hommes – auxquels cela se rapporte exclusivement – ont trois maximes : pas de porno, pas de masturbation, pas d’orgasme. Grâce à tout cela, ces disciples auto-proclamés n’ont pas seulement l’espoir d’avoir « plus d’énergie » et « plus de confiance en eux », selon les forums. Ils prétendent même être en mesure de traiter les problèmes érectiles efficacement, sans pharmacothérapie. De plus en plus d’hommes se joignent au mouvement. Pourtant, NoFap n’est pas religieusement motivé, comme on pourrait le soupçonner, mais il se cache derrière une structure de pensée théorique.

L’heure du gourou

Les Fapstronautes comptent sur Gary Wilson, un expert auto-proclamé et leader d’opinion concernant les effets sur la santé de la pornographie sur Internet. Sur son site, Wilson n’a pas hésité à exploiter des publications de renom pour ses propres fins. Le point de départ est une étude d’il y a près de 15 ans sur l’abstinence sexuelle des hommes. Après trois semaines sans masturbation, les scientifiques avaient trouvé des niveaux élevés de testostérone chez les sujets. Les adeptes de NoFap, par contre, dissimulent le fait que l’abstinence n’a eu aucun effet sur le métabolisme du cerveau. Wilson poursuit en affirmant que le cerveau masculin a constamment besoin de nouveaux stimuli sexuels. L’excitation ne serait plus obtenue que par d’autres films pornographiques encore plus hard, sinon elle en viendrait à s’émousser. Pour cela, le gourou se réfère à nouveau à une étude. Les chercheurs ont essayé de corréler les activités du cerveau et les images pornographiques par imagerie par résonance magnétique (IRM). Leur conclusion aboutit à une corrélation entre le temps que les sujets passent sur du matériel pornographique et la matière grise. Plus les hommes utilisaient du matériel pornographique, plus le volume de leur striatum diminuait. Les auteurs suggèrent que regarder fréquemment de la pornographie altère notre système de récompense. Ils supposent que la consommation régulière de films ou images excitantes nécessite des incitations plus en plus fortes pour continuer à agir comme stimulant. Toute personne régulièrement assise devant son ordinateur pour profiter des médias appropriés aurait une communication plus faible entre la région de la récompense et le cortex préfrontal. La mise en garde sur le fait de savoir si cela est bien un phénomène de plasticité neuronale ou si les différences existaient avant la consommation de porno ne peut être analysée et confirmée qu’au cours d’études. Les scientifiques ne parlent certainement pas de maladies. Wilson, lui, voit des connexions avec les handicaps relationnels, la dépression, la solitude, mais aussi avec la dysfonction érectile. Au sujet d’une autre étude, le gourou écrit sur son site web qu’un patient sur deux aurait des difficultés à obtenir une érection avec leur partenaire, alors que cela fonctionne avec le porno. Aucun média érotique, pas d’autosatisfaction, mais par contre plus de puissance virile pour la partenaire?

Un Fapstronaute déballe

Dans la pratique, la chose semble assez peu claire. DocCheck a trouvé un ancien Fapstronaute qui a expliqué très franchement son expérience. Il veut être appelé par son pseudonyme : Martin089. Son âge: début de la trentaine. Après des problèmes d’érection persistants, il a cherché, comme tant de patients, sur le Web une solution, et il est rapidement arrivé aux vidéos de Gary Wilson. Plus d’énergie, une meilleure qualité de vie et, bien sûr, plus de femmes, est la promesse de nombreux sites et forums de Fapstronautes. Martin089 fit l’épreuve d’abandonner trois mois durant la pornographie et la masturbation. Cela n’a pas été facile, mais sur les forums, des utilisateurs donnent des conseils soi-disant utiles. En tout cas, Martin089 passa le cap. Quand il rencontra peu de temps après une femme, la déception était d’autant plus grande : ses symptômes étaient inchangés, il n’obtint aucune érection. Finalement, déçu, il tourna le dos à NoFap et continua comme d’habitude. Peut-être même que cela profite à sa santé. Le fait que la masturbation fréquente réduise le risque de développer un cancer de la prostate est scientifiquement controversé, mais pas exclu.

31 note(s) (2.23 ø)
Médecine, Urologie

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