Pression sur l’hypertonie

13. octobre 2008
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Adieu les pilules contre l'hypertonie ? À entendre l'école supérieure de médecine de Hanovre (Medizinische Hochschule Hannover), le concert des traitements antihypertenseur promet d'être pour le moins polyphonique. Les experts sur place testent aujourd'hui le premier dispositif implantable contre l'hypertension. Une grande étude sur la vaccination se déroule en parallèle.

Depuis l’arrivée des inhibiteurs du système rénine-angiotensine, la communauté des hypertensiologues manque un peu d’idées en matière d’innovations thérapeutiques – exception faite de l’inhibition directe de la rénine, discutée depuis des dizaines d’années, et dont l’importance thérapeutique n’est pas encore prouvée. Mais une nouvelle avancée s’annonce : les fabricants de matériel médical et de vaccins veulent se réserver une part du gâteau en matière de traitement de l’hypertension, là où la pharmacothérapie médicamenteuse a épuisé ses ressources. En Allemagne, plus de 16 millions de personnes sont concernées. Les ligues contre l’hypertension estiment à 1 milliard le nombre de personnes touchées dans le monde entier. Au mieux 1 personne sur 4 bénéficie d’une thérapie convenable.

Le dispositif fait semblant de masser le sinus carotidien

Le nouveau dispositif pourrait changer les choses car il fait baisser la pression artérielle en stimulant les barorécepteurs de la carotide. Le cerveau se laisse ainsi merveilleusement bercer : il pense que la pression artérielle est beaucoup trop forte et lance des mécanismes de rééquilibrage qui la font baisser. Le dispositif est par conséquent une variante un peu plus douce de n’importe quelle prise K.-O. aux artères carotides que les étudiants en médecine apprennent en cours de physiologie, s’ils ne la connaissent pas déjà du cours d’autodéfense. À l’école supérieure de médecine de Hanovre (MHH), huit patients furent équipés d’un tel dispositif pour la première fois en Allemagne. Le Dr. Andreas Pichlmaier de la clinique de chirurgie cardio-vasculaire et thoracique explique le procédé : « Nous implantons l’appareil sous la clavicule et connectons alors les câbles aux deux artères carotides ». L’intervention est plus compliquée que l’implantation habituelle d’un stimulateur : elle nécessite 2 à 4 heures car la position des électrodes doit être testée peropératoire, nous dit Pichlmaier. La configuration finale se fait alors de l’extérieur par radio. Selon des données internationales, les dispositifs peuvent faire baisser la pression artérielle jusqu’à 100 mmHg chez certains patients. Dans une étude européenne, on a atteint 30 mmHg en moyenne avec 35 patients. « Nous avons pu réduire à 60-70 mmHg et de manière durable la pression artérielle d’une patiente qui ne pouvait pas supporter une thérapie avec 5 médicaments », souligne le Dr. Jan Menne de la MHH. Le dispositif n’est cependant pas encore autorisé sur le marché. Le fabricant, l’entreprise américaine CVRx, est en train de mettre sur pied une étude d’accréditation avec 300 patients pour le Rheos Baroflex Hypertension Therapy System. Les chercheurs veulent ici avant tout savoir si la thérapie reste durable car il est toutefois pensable que le corps s’adapte rapidement à la stimulation et remarque qu’elle n’a rien à voir avec la réalité.

L’inhibition de l’angiotensine autrement

Si le dispositif s’avérerait non praticable, une seconde voie thérapeutique pourrait prendre le relais : le vaccin contre l’hypertension. Ce vaccin banalement nommé AngQb a été développé par le fabricant biotech suisse Cytos et appartient à la classe de vaccins « Immunodrug » pour laquelle Cytos a signé récemment un accord de coopération avec l’entreprise Pfizer. Le vaccin dénommé AngQb agit contre l’angiotensine II, un peptide qui induit la constriction des vaisseaux sanguins et de ce fait accroît la tension artérielle. Le vaccin est constitué de particules virales auxquelles on a greffé l’angiotensine II. Le corps forme des anticorps spécifiques contre ce complexe revêtant la forme d’un virus; ils neutralisent l’angiotensine II dans le corps et font baisser la tension. Le vaccin va maintenant être testé sur 80 patients dans toute l’Allemagne. La MHH va là aussi prendre en charge le pilotage et suivre elle-même 20 patients.

Beaucoup de questions attendent encore une réponse

Le Professeur Hermann Haller, Chef de la clinique MHH de Nephrologie et d’Hypertensiologie, fonde de grands espoirs sur le vaccin : « Notre but est de remplacer les médicaments par le vaccin. Nous aurions alors une toute autre forme de traitement. Les patients n’auraient plus besoin de prendre régulièrement leurs médicaments mais pourraient être traités sur une longue période avec un seul vaccin. » Ce serait bien sûr le cas idéal mais il ne va pas forcément se produire. Le Professeur Manfred Schubert-Zsilavecz, chimiste pharmaceutique à l’université de Frankfort met cependant en garde contre tant d’euphorie. Dans un entretien avec la Newsletter DocCheck, il explique : « Nous n’avons pas encore beaucoup de données. Beaucoup de questions sont sans réponse, notamment concernant le dosage optimum et les conséquences sur le métabolisme de l’eau et du sel. De plus, nous ne savons pas encore quelle est la durée d’efficacité du vaccin. »

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