Animal hoarding : un de plus ?

31. octobre 2012
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L’amassement compulsif est largement connu, mais ce n’est pas le cas de l’ « animal hoarding ». Les personnes qui en sont atteintes détiennent une grande variété d’animaux dans un espace confiné et ne peuvent souvent pas satisfaire aux normes sanitaires.

En Allemagne, un cabinet vétérinaire sur deux a déjà été confronté à au moins un cas d’ « animal hoarding ». La prise en charge dure en moyenne trois ans. La moitié des 500 associations de protection des animaux ayant un refuge fermé a déjà dû prendre en charge des animaux trouvés dans des cas d’ « animal hoarding ».

Accapareurs d’animaux ou disciples de Diogène ?

Dans les publications scientifiques le terme de « compulsive hoarding » est utilisé. Cette désignation, « amassement compulsif », décrit ainsi le mieux ce dysfonctionnement. Certaines personnes concernées collectionnent les squames de peau, la cire des oreilles, les ongles coupés, et d’autres choses encore. Elles les mettent soigneusement dans des sacs et les cataloguent comme des timbres. Dans la littérature allemande, le terme d’amassement compulsif n’est pas souvent utilisé. Au lieu de cela, le terme le plus utilisé est celui de « Messie-Syndrom » (mess en anglais : désordre, pagaille).

Dans les pays anglophones, cependant, ce terme est inconnu. Le syndrome d’amassement est très similaire au syndrome de Diogène, pour lequel on observe de manière typique une négligence corporelle présentée sans honte et un âge avancé des victimes. La description du syndrome de Diogène, aussi appelé syllogomanie, nous ramène au philosophe Diogène de Sinope (391-323 avant J.-C.). Il était connu pour son peu de besoins primaires et son opposition aux innovations. Il aurait vécu comme un ascète dans une niche pour chien.

Profil : femme dans la cinquantaine

Le hoarder (« personne qui amasse ») – ou mieux la hoarderine – typique est une femme, âgée en moyenne 50 ans et qui rassemble principalement des chats et des chiens. Les lapins et les oiseaux sont aussi sur la liste d’achats réguliers. Ce profil ressort, entre autres, des recherches du groupe de travail scientifique interdisciplinaire Hoarding of Animals Research Consortium (HARC) ; en 1999, la première étude systématique sur le sujet fut publiée aux États-Unis. Le nombre moyen d’animaux possédés était de 39, dans 69% des cas, le sol de l’habitation était couvert d’excréments d’animaux, dans un quart des cas, même le lit des hoarders l’était. Il n’est pas encore très clair si ces données peuvent s’appliquer aux hoarders allemands. Les études menées en Allemagne sont très rares.

Sauveur de chiens ou exploiteur d’animaux ?

La motivation pour avoir de nombreux animaux peut être variée. Certains se considèrent comme des soignants, certains comme de nobles libérateurs des animaux. Et puis, il y a aussi les éleveurs chaotiques et les exploiteurs égoïstes.

Soigneur exagéré :
  • essaie de s’occuper des animaux
  • ne peut pas régler efficacement les problèmes
  • est débordé
  • les animaux se reproduisent (de manière passive, pas de collection active)
  • introverti, isolé socialement
  • amoindrit le problème (mais en général ne le nie pas totalement)
  • les animaux ont pour lui une haute priorité (met les animaux au même niveau que les humains)
Sauveur / libérateur :
  • accueillir des animaux est pour lui une mission
  • a peur de la mort et rejette strictement l’euthanasie pour les animaux
  • pense qu’il est le seul à pouvoir apporter des bienfaits aux animaux
  • forte tendance à la collection active, même si le nombre d’animaux dépasse les possibilités de soins
  • ne peut refuser aucun animal
  • évite les autorités, les instructions données ne sont pas suivies
  • n’est pas nécessairement isolé socialement
Éleveur :
  • achète des animaux dans le but de les reproduire, les exposer et les vendre
  • au cours du temps, perd de plus en plus la vue d’ensemble sur son élevage qu’il augmente uniquement dans un but d’exposition et de vente
  • les animaux se multiplient, les ventes ne se font pas ou sont en nombre trop faible, l’élevage augmente
Exploiteur :
  • les animaux sont achetés à des fins égoïstes
  • l’homme est égoïste, souvent narcissique, n’a aucun sentiment de culpabilité ou d’empathie
  • il apparaît confiant en lui-même
  • peut impressionner les autorités et d’autres personnes et tromper les gens pendant longtemps (bon comédien)

Selon Deininger, E, Akademie für Tierschutz, Neubiberg, kleintier konkret 2010; 13(2): 26-31

Hoarder en fuite

Pour éviter les poursuites, les concernés déménagent dans un autre district pour dépendre d’un autre service vétérinaire. La personne n’est généralement pas consciente du fait que son comportement est anormal. Ce comportement est typique dans de nombreux cas d’addiction et d’obsession. « Dans près de deux tiers des cas, les animaux sont blessés, dans un tiers des cas, ils manquent de nourriture et / ou d’eau », déclara Dr. med vet. Tina Susan Sperling, qui fit sa thèse à l’école vétérinaire de Hanovre sur l’Animal Hoarding. L’amassement compulsif produit chez les personnes concernées et leurs parents une détresse considérable et une altération du fonctionnement social. Le symptôme le plus notable de l’amassement compulsif est le désordre flagrant qui est causé par l’accumulation d’objets.

Selon Frost et Hartl, l’amassement compulsif a les caractéristiques suivantes :

  • acquisition compulsive de choses qui sont inutiles et sans valeur ou de peu de valeur, accompagnée de l’incapacité de jeter/se débarrasser des choses inutiles, inintéressantes
  • l’espace de vie est recouvert, de sorte qu’il ne peut pas être utilisé de façon adéquate
  • les symptômes causent une détresse sévère et un problème social

Causes

Les troubles addictifs, les troubles obsessionnels compulsifs et la gamme complète des névroses peuvent être la cause de l’amassement d’animaux. C’est aussi le cas de troubles de la personnalité comme par exemple les troubles borderline et les psychoses, la schizophrénie ainsi que les troubles maniaco-dépressifs. Il est relativement fréquent de trouver, conjointement à la collection animale, des maladies liées à l’âge telles que la démence et la maladie d’Alzheimer ou même le TDAH.

Dans la plupart des cas, cependant, les symptômes furent décrits et étudiés chez des personnes souffrant de TOC. La proportion de patients atteints de trouble obsessionnel compulsif qui souffrent en même temps d’amassement compulsif est, selon l’étude, comprise entre 18 et 40 pour cent. Saxena et al. publièrent les résultats d’une étude par PET. Dans le cortex cingulaire postérieur du hoarder, une diminution du métabolisme du glucose fut découverte. Par rapport aux patients atteints de TOC sans amassement compulsif (n = 33), les patients avec amassement compulsif ont un métabolisme du glucose plus faible dans le cortex préfrontal dorsolatéral.

Thérapie : la désintoxication (animale)

En utilisant la discussion, les amendes et à travers la limitation du nombre d’animaux ou la confiscation des animaux élevés, les services vétérinaires tentent de persuader les propriétaires d’animaux concernés de réfléchir. Aux États-Unis, Steketee et Frost développèrent un programme de traitement de 26 séances basé sur le modèle cognitivo-comportemental d’amassement compulsif par Frost and Hartl. Le traitement dure environ six mois. Par ailleurs, en plus des rendez-vous de prise en charge en cabinet ou en clinique, la thérapie a aussi lieu dans l’environnement habituel du patient. D’un point de vue pharmacologique, des antidépresseurs du groupe des ISRS n’ont pas été particulièrement efficaces. Dans une étude sur le citalopram, contrôlée par placebo, réalisée durant 12 semaines, comprenant 401 hoarders, le traitement a été peu efficace. Lors d’une étude ouverte sur le traitement par la paroxétine chez 97 patients, il a été observé que la thérapie fut une réussite chez un tiers des patients.

L’Académie allemande de protection des animaux a reconnu le problème et donne les conseils suivant :

  • Les informations sur l’animal hoarding doivent être diffusées de manière plus large parmi les experts (vétérinaires, responsables des services vétérinaires, avocats, psychologues, travailleurs sociaux).
  • Le vétérinaire des services vétérinaires officiels doit, en cas de soupçon d’un cas d’animal hoarding, avoir un droit d’accès aux sites.
  • Un registre central est nécessaire pour tous les cabinets vétérinaires et, dans les informations sur les propriétaires d’animaux, il peut être indiqué si des violations de la loi sur la protection des animaux ont été constatées.
  • L’approfondissement de la recherche en psychologie et en médecine, notamment en termes de traitement et de prévention, est nécessaire.
  • Afin d’aider les personnes et les animaux, des opportunités doivent être mises en place pour traiter les malades de manière professionnelle grâce à des thérapeutes formés.

Dans sa thèse, le Dr Sperling estima à 52 569 le nombre d’animaux amassés en Allemagne. Ceux-ci sont détenus par seulement 501 hoarders. Comme cela fut publié dans le journal Westdeutsche Zeitung : « Celui qui a plus de 100 animaux a vraisemblablement un problème ».

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Médecine, Psychiatrie

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